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20 novembre 2009 5 20 /11 /novembre /2009 20:45

L’ironie des compères
du Teatro Praga


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Teatro Praga est un collectif d’acteurs « performeurs » portugais. Leur nouveau spectacle, « Padam Padam », s’inspire des films catastrophes pour raconter une histoire débridée de fin du monde. Menée tambour battant, la pièce laisse cependant comme un goût d’inachevé.

Padam Padam, d’après la chanson d’Édith Piaf, est une commande du centre culturel de Belém (Portugal) dans le cadre du programme Prospero, qui réunit six théâtres européens autour d’objectifs communs. La pièce, créée à Lisbonne en septembre 2009, est la marque de fabrique de la manière décalée, iconoclaste qui caractérise le Teatro Praga sur la scène lusophone. Elle interroge les images et clichés de notre temps sur la catastrophe eschatologique. Les figures du héros et de son antagoniste, du politicien, du scientifique, du couple, de la famille, comme les archétypes du récit (la suite, le « remake », la leçon morale finale) sont passés au crible de l’ironie des compères du Teatro Praga.

L’entrée des cinq acteurs se fait en silence. Ils prennent place au salon typiquement petit-bourgeois, et ce sera l’un des rares instants de calme de la pièce. Une voix off déclame un texte sirupeux sur fond de musique de film grandiloquente, type Technicolor américain façon années cinquante ou soixante.

Et la pièce proprement dite commence. Nous sommes dimanche, dans une famille caricaturale : la mère est particulièrement obèse, son mari, amoureux transi, est un vieux beau, et les grands enfants, de jeunes adultes, sont charmants. La fille est enceinte, l’un des frères, homosexuel et l’autre, toxicomane. Un des trois est également atteint du sida. Le père aimerait que la famille se retrouve un peu et propose un pique-nique pour resserrer les liens et retrouver les réflexes normaux de la civilité.

Le tourbillon de la catastrophe se met alors en route et commence une folle sarabande. Les références se suivent et se bousculent : Bérénice, Pénélope, Phèdre, Dulcinée, Cunégonde, pour les personnages féminins ; la Bible, Platon, Voltaire, Shakespeare, Ossip Mandelstam entre autres auteurs ; Piaf, Chopin et des musiques de film… Le spectateur s’y perd, d’autant qu’il est très occupé à lire les sous-titres (la pièce, prolixe, est jouée en portugais) malencontreusement situés en bas de la scène.

La gaieté anime Padam, Padam, mais c’est la gaieté rageuse de qui détruit et s’y complaît. S’il se produit une accalmie, si on nous présente une scène un peu bucolique comme l’arrivée de ce cheval de bois grandeur nature (un superbe lusitanien), c’est pour mieux nous enfoncer, l’instant d’après dans l’abîme et le maelström des catastrophes atmosphériques, parfois désopilantes dans leurs effets : ouragans, avalanches, neige, inondations.

Cette pièce protéiforme laisse finalement le spectateur pantelant et perplexe. Le talent indéniable des acteurs, l’ingéniosité de la mise en scène, la beauté du texte que l’on devine parfois, tout cela est finalement emporté dans une forme de confusion. Et si l’apocalypse n’était pas dans les éléments, mais au-dedans de chacun de nous et dans notre rapport aux autres comme dans cette pièce un peu folle ? 

Jean-François Picaut


Padam, Padam, de José Maria Vieira Mendes

Teatro Praga

Avec André E. Teodósio, Cláudia Jardim, José Maria Vieira Mendes, Marcello Urgeghen, Patrícia da Silva, Pedro Penim

Lumières et direction technique : Pedro Pires, Joana Gusmão

Photo : © Alvo Susana Neves

Coproduction : centro cultural de Belém, Prospero

Aire libre • 2, place Jules-Vallès • 35 Saint-Jacques-de-la-Lande

Du mercredi 18 novembre 2009 au samedi 21 novembre 2009

Durée : 1 h 30

Renseignements :

Théâtre national de Bretagne, centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier 35000 Rennes

Billetterie : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

17 € | 12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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