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27 juin 2014 5 27 /06 /juin /2014 16:44

Moments de grâce


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


C’est un spectacle rare que les Nuits de Fourvière, qui accueillent des marionnettes pour la première fois, sont allées dénicher en Argentine.

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« Orsini marionetas » | © D.R.

Ruben Orsini est marionnettiste. Il est aussi, et ce spectacle en témoigne, un acteur, un danseur et surtout un poète. Seul en scène, si l’on excepte les créatures qui font tapisserie en attendant qu’il les décroche l’une après l’autre du portemanteau pour leur donner vie, il va composer huit tableaux, raconter huit histoires, créer huit atmosphères, une pour chacune des marionnettes avec lesquelles il entretient un rapport intime et exclusif. Des marionnettes très différentes les unes des autres : il y en a des grandes, certaines de taille humaine, d’autres toutes petites, la plupart à fils, souvent en bois sculpté recouvert ou non de tissu, avec parmi elles une poupée de porcelaine. Parfois, Ruben Orsini enfile ses bras dans leurs manches, se confondant avec la marionnette, à la manière d’un Charlie Chaplin dans Une vie de chien… Chaque scène, muette, est d’ailleurs accompagnée de morceaux de musique, pour la plupart archiconnus… Faites de bric et de broc (du moins semble-t-il au premier abord) à partir de matériaux recyclés, toutes ces marionnettes sont attachantes, troublantes : elles sont en effet uniques et dignes à ce titre d’inspirer des émotions et des sentiments.

Ce que nous raconte Ruben Orsini qui, loin de se cacher, reste toujours à vue, c’est la qualité particulière de la relation qu’il entretient, lui, avec son personnage, sa chose, cette histoire-là. On sent bien qu’il ne se contente pas de mettre en scène une marionnette. Il lui donne naissance pour évoquer telle situation, inspirer tel univers poétique, et aucune n’est interchangeable.

Le démiurge, ses fantômes et les anges

Aussi est-il bien difficile de raconter ce qu’on a vu, tant tout le spectacle est fait de variations subtiles, de détails minuscules qui, juxtaposés, composent un tableau, un poème. Tant l’auteur laisse de place à l’imaginaire du spectateur qu’il convoque et stimule sans vraiment le guider. Prenons-en le risque tout de même en citant quelques exemples. Il y a le petit singe pianiste virtuose dont chaque doigt est commandé par le marionnettiste (un moment d’une dextérité éblouissante) et qui montre des désirs de liberté, des velléités d’indépendance, tant avec son piano (il est alors d’une drôlerie irrésistible) qu’avec son créateur (c’est alors l’émotion devant une relation presque filiale qui surgit)… Ou la mort donnant la becquée avec une infinie tendresse à la mourante et se muant en pietà… Ainsi, Ruben Orsini nous parle-t-il délicatement de liberté, de mort, d’enfance, d’amour et de joie.

Cette poésie, il faut bien le dire, ne peut naître que d’un travail d’une rigueur absolue. L’exercice auquel notre homme se livre, d’une grande technicité, requiert une parfaite maîtrise de son art. Mais, comme chez les plus grands, ce travail est invisible. Reste la poésie, toute simple, toute nue… 

Trina Mounier


Orsini marionetas, de, par et avec Ruben Orsini (Argentine)

Dans le cadre des Nuits de Fourvière

www.nuitsdefourviere.com

04 72 32 00 00

Du 25 juin au 29 juin, à 20 heures

Durée : 1 heure

18 € | 13 € | Parcours marionnettes, 3 spectacles : 39 €

Musée Gadagne • 1, place du Petit-Collège • 69005 Lyon

Infos : 04 78 42 03 61

Réservations : 04 37 23 60 46

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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