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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
En direct du Festival et du Off d’Avignon 2012
Des grands airs pour les petits
Un spectacle d’opéra pour les tout‑petits, c’est possible avec le « Théâtre pour deux mains » du Nantais Pascal Vergnault.
« Opéra vinyle » | © Tristan Vergnault
Déjà, on aimait bien leur affiche, graphique, moderne, colorée, pas gnangnan, qui annonçait un spectacle intelligent. Et il l’est, en effet. Comment faire découvrir l’opéra à des tout‑petits ? Qu’en dire, que mettre en avant qui soit à la fois fidèle à ce qu’est l’opéra et à la portée de mélomanes en culottes (très) courtes ? C’est que les auteurs partent du principe que les enfants ne sont pas si novices que cela. Et qu’il est possible de remonter à ce dénominateur commun qu’est l’émotion, la capacité de ressentir et d’exprimer des sentiments.
Comment ? C’est simple. Un personnage moustachu et débonnaire (un barbier !) se désole lorsqu’un sinistre maestro enlève la diva qu’il aime. Il se lance alors à sa recherche, au son d’extraits fameux d’œuvres comme le Barbier de Séville ou King Arthur. Et la façon dont le spectacle les utilise nous aide à comprendre pourquoi ils sont si fameux, si populaires. Il s’agit parfois d’airs instrumentaux (comme l’ouverture de l’Italienne à Alger de Rossini) ou chantés. Or, à chaque fois, la force d’évocation de la musique couplée à une gestuelle appropriée suffit à faire sens. Faire sens en parlant aux sens. Par exemple, quand le bonhomme constate, éploré, la disparition de sa bien‑aimée, c’est au son du poignant « Una lagrima furtiva » (extrait de l’Elixir d’amour de Donizetti). Pascal Vergnault donne à sa marionnette des postures outrées très amusantes, sa grande mâchoire en tissu toute tremblante d’un gigantesque trémolo. Du mime musical, en quelque sorte !
Enfants : les meilleurs spectateurs ?
Et cela marche : le jeune public est très attentif et semble bien suivre l’histoire. Il faut dire que les moyens visuels mis au service de la musique sont très soignés. Les figurines sont placées sur des platines 33 tours (un objet démentiel pour qui est né à la fin des années 2000 !) qui tournent et leur font danser une sorte de valse, avec leurs ombres projetées sur un écran. C’est tout simple et très beau. L’impression de valse est vraiment très réussie lorsque tous les personnages « dansent » sur le fameux air de la Traviata « Libiamo », qui a un authentique tempo de valse. Et la séquence pendant laquelle le personnage, cette fois à skis et coiffé d’un touchant petit bonnet, parcourt des steppes enneigées à la recherche de sa copine, atteint à l’épique dans ses modestes proportions.
Un grand soin a aussi été apporté à la bande‑son. Outre le choix des airs d’opéra, Frédéric Di Crasto a trituré les morceaux et même introduit une touche de Barry White. Toutes choses qui contribuent à faire vivre la musique d’opéra, à lui faire raconter des histoires plus efficacement. Avec une conséquence assez cocasse : l’idée que finalement, dans l’opéra, cela ne change pas grand‑chose si on ne comprend pas les paroles… Un message plus décapant qu’il n’y paraît. En revanche, le spectacle envoie un autre signal : au théâtre, à l’opéra, le sens de l’abstraction, du symbole est important. Un grand personnage peut être représenté par un plus petit. Ainsi, un grand « A » cassé symbolise la voix perdue de la chanteuse. Bref, les enfants, par leur capacité d’imagination, leur faculté à s’abstraire facilement de la reproduction systématique du réel, mais aussi leur sensibilité spontanée à la musique, ne seraient‑ils pas potentiellement les meilleurs spectateurs de l’opéra ? ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Opéra vinyle, de François Parmentier
Théâtre pour deux mains • 27, avenue de la Gare‑de‑Saint‑Joseph • 44300 Nantes
02 40 84 07 58
Mise en scène : François Parmentier
Direction artistique, marionnettes et jeu : Pascal Vergnault
Création musicale : Frédéric Di Crasto
Conseil musical : Luc Saint‑Loubert‑Bié
Création lumière : François Poppe
Le Grenier à sel • 2, rue du rempart Saint‑Lazare • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 27 09 11
Du 7 au 28 juillet 2012 à 16 h 35, relâche les 18 et 23 juillet 2012
Durée : 45 minutes
14 € | 10 € | 5 €
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