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7 avril 2011 4 07 /04 /avril /2011 11:26

De mal en Pi… randello


Par Laure Quenin

Les Trois Coups.com


« On ne sait comment », l’avant-dernière pièce de Pirandello mise en scène par la compagnie La Llevantina, est aux Bernardines jusqu’au 9 avril 2011. Une création désincarnée, cérébrale et monotone, où les comédiens, prisonniers du texte, n’accèdent jamais à l’émotion qui l’aurait pourtant rendu accessible.

on-ne-sait-comment-615 denise-oliverOn ne sait comment aborde la pensée bourgeoise des années 1930 : se libérer de la morale et s’affranchir de la religion. Une façon de mettre en avant la responsabilité de l’homme face à ses actes, et de poser la question : est-il possible d’avoir un rapport authentique à la vérité ? C’est l’interrogation principale de la pièce d’après la metteuse en scène Marie-José Malis.

Les premiers instants du drame relatent un évènement récent : « Roméo est brusquement devenu fou ». Il sème le trouble au sein du quatuor qui évolue sur scène (deux hommes, deux femmes), et inquiète par l’énonciation incessante de délires incompréhensibles. Mais il s’avère que Roméo a deux secrets, deux crimes inavoués qui le rongent.

L’intrigue explore l’âme humaine, sa capacité à dissimuler, tromper, et à admettre les pires vilenies pour conserver une illusion de confort. Le « prérévolutionnaire » Roméo, comme le définit Marie-José Malis, « va courageusement inventer une nouvelle façon de vivre, et assumer la dimension barbare et violente de l’humanité ».

Enquête psychanalytique

Roméo a trompé sa femme avec Ginevra, l’épouse d’un ami qu’il considère comme un frère. Mais aucun des deux n’éprouve de remords. Il ne s’agit que d’un « crime innocent ». C’est arrivé on ne sait comment, sans que l’on puisse expliquer pourquoi. En tout cas, Ginevra décide de ne rien dire, car « il n’y a pas de faute si on ne l’a pas voulu, et la nécessité de mentir est une chose admise dans la vie ». Des arguments que Roméo rejette, d’autant qu’il a déjà commis un délit involontaire. En effet, trente ans plus tôt, il a tué un « petit paysan » lors d’une querelle enfantine. C’en est trop pour ne pas s’interroger. Il commence alors une enquête sur la faiblesse de la volonté et part à la recherche de son châtiment. Obsessionnel, il mène une investigation psychanalytique dont l’issue sera…

On reçoit un tourbillon philosophique qui sonde l’âme humaine, dans une mise en scène beaucoup trop cérébrale. Marie-José Malis s’assure que ses interprètes réfléchissent, qu’ils participent à la dimension politique du théâtre et à une méditation sur la condition humaine. Malheureusement, la perpétuelle présence de la pensée sur scène enferme les comédiens. Les corps sont las et inexpressifs. Les visages, froids et éteints, masquent les émotions. Le phrasé lancinant, parfois murmuré, rend laborieuse et lointaine une écriture pourtant vertigineuse. Ici fade et monocorde, la réelle tension dramatique du texte ne s’élève pas, et reste au même niveau de morosité trois heures durant. 

Laure Quenin


On ne sait comment, de Luigi Pirandello

Compagnie La Llevantina

Site : http://lallevantina.over-blog.com

Mise en scène : Marie-José Malis

Avec : Pascal Batigne, Olivier Horeau, Marie Lamachère, Victor Ponomarev, Sandrine Rommel

Scénographie : Jean-Antoine Telasco, Adrien Mares, Marie-José Malis, Jessy Ducatillon

Lumières : Jessy Ducatillon

Son : Patrick Jammes

Costumes : Zig et Zag

Photo : Denise Oliver

Théâtre des Bernardines • 17, boulevard Garibaldi • 13001 Marseille

Site du théâtre : www.theatre-bernardines.org

Courriel de réservation : reservation@theatre-bernardines.org

Réservations : 04 91 24 30 40

Du 5 au 9 avril 2011, les mardi et vendredi à 20 h 30, les mercredi, jeudi et samedi à 19 h 30

Durée : 3 heures

12 € | 8 € | 3 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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