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28 octobre 2011 5 28 /10 /octobre /2011 23:03

Mémoire(s) à quatre voix

 

Regards croisés sur trois récits historiques accompagnés au piano, « On ne peut pas se plaindre » est né d’une compilation du roman homonyme d’Oser Warszawski, du « Journal de Rome » de Marie Warszawski et de la nouvelle « le Dernier Coup de sonnette » de Johannes Urzidil. Sur fond de musique populaire tchèque des années quarante, on assiste au déroulement parallèle de trois destinées sous l’occupation nazie, et la fascination de la langue inconnue aidant, on se laisserait presque embarquer sur le vaisseau du souvenir…

 

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« On ne peut pas se plaindre » | © D.R.

 

Le peintre et écrivain polonais Oser Warszawski vivait à Paris jusqu’à ce que l’occupation allemande le pousse à se réfugier à Grenoble, alors zone libre, où il trouve à se loger à la pension du « Foutez-moi la paix ». Il y retrouve des juifs venus de l’Europe entière, et moyennant un loyer astronomique, quelque temps de répit. Philippe Vincenot joue Oser, le manuscrit à la main – parti pris de mise en scène qui, s’il se justifie, n’en est pas moins déroutant, car rien ne laisse comprendre qu’il est l’auteur du texte qu’il lit.

 

Marie Warszawski, épouse d’Oser, attend son mari à Rome où il a été emmené puis arrêté par les Allemands. Son amour est immense, son espoir de voir revenir son mari inébranlable, à moins qu’il ne soit le seul visage acceptable de son désespoir. Frederika Smetana donne corps à ce journal, perchée, avec la table qui lui sert d’écritoire, au-dessus des autres protagonistes. Le personnage est tragique, mais on peine à compatir tant le jeu est palpable.

 

La jeune Marshka est tchèque. Monsieur et Madame viennent de fuir devant l’avancée du nazisme, lui laissant tous leurs biens. Un cadeau qui lui laisse un goût amer d’insignifiance, comme si cette aisance soudain tombée du ciel lui faisait porter toute la culpabilité de ceux qui, pour n’avoir pas agi à temps, portent à jamais le fardeau de la honte. C’est Marketa Potuzakova qui l’incarne, avec fougue et tendresse.

 

Il est interdit d’oublier

Premysl Rut, le musicien tchèque au piano, chante dans sa langue les airs de cabaret de cette époque, qu’il est interdit d’oublier, nous dit-on en exergue du programme du festival Sens interdits. Bien sûr, sinon, on ne serait pas venu. Pourtant, même si l’on est là pour écouter et voir ce « théâtre de l’urgence, […] qui dit le monde, éclaire le présent et aide à construire l’avenir », comme l’annonce l’édito de Patrick Penot, la polyphonie de ces trois destinées rechigne à faire sens autant qu’à prendre forme.

 

Les voix d’Oser et de Marshka sont bien distinctes, et Marie n’a de lien qu’avec Oser. Mais on ne comprend pas pourquoi Marie raconte l’arrestation d’Oser qui s’est produite à Rome, alors qu’il nous semblait être à Grenoble. Arrestation à laquelle elle a échappé par hasard, parce qu’elle n’était pas sur la liste. Mais quelle liste ? De quelle rafle s’agit-il ? Celle de l’auberge du « Foutez-moi la paix » où Oser paie un double loyer pour pouvoir se cacher dans une deuxième chambre sous les toits au moment des rafles des Allemands ? Une autre ? Manifestement, puisqu’elle à lieu à Rome. Mais rien dans le texte n’indique qu’Oser a dû partir à Rome et s’y est fait arrêter. Et Marie étant absente de son récit à lui, probablement écrit avant leur rencontre, on s’y perd.

 

Des dizaines de formes de yiddish

Le fil rouge serait-il détenu par le musicien ? On l’imagine un instant puisqu’Oser raconte, lors de son arrivée à la pension du « Foutez-moi la paix », son émerveillement devant les dizaines de formes de yiddish que parlent tous ces juifs venus des quatre coins de l’Europe. On s’attend donc au moins à ce que les chansons soient en yiddish. Mais non, c’est du tchèque, nous dit Premysl Rut après la représentation.

 

Bref, tout cela est un peu confus, et c’est dommage, car on aimerait se laisser entraîner, comme le laisse espérer le programme, dans un voyage au cœur de l’inconscient collectif de l’Europe d’hier. Au lieu de cela, on cherche désespérément un lien entre les éléments de la pièce. Quelque chose qui finisse par réunir ces quatre voix aux yeux et aux oreilles du spectateur. Et on en reste là. 

 

Catherine-Lise Dubost

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


On ne peut pas se plaindre, de Michal Laznovsky et Frederika Smetana

Hotel Europa / Golem Théâtre • rue de l’Ancienne-Cure • 38710 Mens

06 89 20 86 17

Site : www.hoteleuropa.fr

Courriel : f.smetanova@free.fr

Administration et diffusion : Mireille Palpacuer | 06 85 24 80 99

Mise en scène : Michal Laznovsky et Frederika Smetana

Avec : Philippe Vincenot, Marketa Potuzakova, Frederika Smetana, et Premysl Rut

Musique : Premysl Rut

Décor : Sandy Leng

Régie : Denis Busseneau

L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon

Site du théâtre : www.lelysee.com

Festival Sens interdits : www.sensinterdits.org

Théâtre des Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

Site du théâtre : www.celestins-lyon.org

Du 23 au 25 octobre 2011

Le dimanche 23 octobre 2011 à 16 heures, les 24 et 25 octobre 2011 à 18 h 30

Durée : 1 h 10

20 € | 17 € | 14 € | 11 € | 8,50€

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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