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22 octobre 2013 2 22 /10 /octobre /2013 14:42

« Dis-moi que tu m’aimes ! »


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


C’est parti pour le festival Péril jeune, qui se déroule comme chaque année à l’espace Confluences dans le vingtième arrondissement de Paris. L’occasion de découvrir une sélection de créations de jeunes compagnies, dont certaines se sont déjà fait remarquer dans divers concours ou festivals [voir « Hôtel Palestine »].

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« My House Is Nowhere » | © Livia Lattanzio

Le spectacle On ne dormira jamais a ainsi été créé au printemps au festival À contresens de l’université Paris‑III. Imaginée par Emma Bernard, cette pièce en forme de diptyque traite des difficultés relationnelles dans le monde d’aujourd’hui. La première partie, « My House Is Nowhere », est le monologue d’une jeune femme délaissée par son amant et livrée à elle-même. Elsa Madeleine prête son corps et sa voix à ce personnage d’écorchée vive privée de certitudes, aux prises avec une sensation de vacuité intérieure, prête à tout pour dissiper son sentiment de solitude. Le spectateur peut y entendre quelque chose comme un mal-être générationnel : la difficulté de vivre une vraie relation amoureuse dans un monde instable et mouvant voué à la superficialité des réseaux sociaux, aux amours interchangeables, au refus de s’engager.

Danser, s’oublier, s’enivrer de musique, se déguiser en star ou en femme fatale pour tenter d’oublier que l’on n’est que soi… C’est clairement la présence de la comédienne qui maintient l’intérêt durant cette première heure de spectacle, qui tient plus de la performance que de la pièce à texte. D’autant que le texte, justement, ne brille pas par son originalité, même s’il sait se faire drôle pour évoquer le diktat de la beauté et les stéréotypes féminins (« Je veux être un cadavre sur talons hauts »). Elsa Madeleine a de l’assurance, le sens du mouvement et le goût de la métamorphose, et même si son strip-tease sur un morceau de Bowie a un parfum de déjà-vu, son jeu dégage une belle intensité.

La rengaine de l’amour

Après un entracte vraiment trop long, changement d’ambiance pour un « Jardin d’hiver » moins rock’n roll, bien qu’encore largement musical. Deux comédiens se partagent cette fois le plateau pour dire les impasses du couple et la rengaine de l’amour. La mise en scène, assez kitsch, lorgne vers les années 1970, tandis que le propos, par l’intermédiaire d’un texte plutôt déstructuré, joue avec tous les clichés sur l’amour. Une série de variations comme autant de passages obligés : entre déclaration passionnée, usure du désir et bonheur bébête. Sans oublier la tentation de l’infidélité, là encore à travers un jeu sur les stéréotypes masculins et féminins.

La bonne idée est d’avoir rendu certains passages chorégraphiques, et de surprendre parfois par un surgissement poétique inattendu (Cortazar, Artaud). Le texte d’Emma Bernard lui-même joue du second degré (« Donne-moi ma tragédie quotidienne, j’ai besoin de ça pour t’aimer encore »), et réussit à montrer des êtres gagnés par l’indifférence dans leur bonheur sous plastique. Mais mettre à distance les lieux communs ne suffit peut-être pas à s’en émanciper… Le spectacle a en tout cas le mérite de souligner en creux l’obsession du discours amoureux dans notre société et la frustration qu’il peut engendrer, tout comme il fait apparaître les figures d’une érotisation du corps féminin à laquelle, là encore, il est bien difficile d’échapper. 

Fabrice Chêne


On ne dormira jamais, d’Emma Bernard

Mise en scène : Emma Bernard

Avec : Elsa Madeleine, Raphaël Slimri, Joséphine Constantin

Espace Confluences • 190, boulevard de Charonne • 75020 Paris

Métro : Philippe-Auguste ou Alexandre-Dumas

Réservations : 01 40 24 16 46

Les 19 et 20 octobre 2013 à 18 heures

Durée : 2 h 30 avec entracte

15 € | 13 € | 7 € | 5 €

Festival Péril jeune : du 29 septembre au 15 décembre 2013

Programme détaillé : www.confluences.net

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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