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18 juillet 2010 7 18 /07 /juillet /2010 15:29

Un Musset très badin


Par Élise Noiraud

Les Trois Coups.com


Après une résidence au Centquatre à Paris, où le spectacle a été créé, la Cie Le Vilain Petit Théâtre présente à l’espace Roseau sa version d’« On ne badine pas avec l’amour ». « Sa » version, car le texte de Musset a été travaillé par Keti Irubetagoyena et ses comédiens comme une matière propre à l’investigation, à l’expérimentation, à la recherche. Un travail plein d’énergie, souvent juste, toujours audacieux. Parfois, aussi, un peu éparpillé. Mais mieux vaut, après tout, avoir les défauts de ses qualités que de ne pas avoir de qualités du tout. Or, des qualités, il y en a.

on-ne-badine-pas frederic-auclairComme Keti Irubetagoyena le dit dans sa note d’intention, On ne badine pas avec l’amour est souvent considéré comme une pièce mièvre, un peu naïve, sentimentale. La jeune Camille est promise à son cousin Perdican, mais la peur de l’amour et l’orgueil leur feront jouer un jeu dangereux, qui fera une victime, Rosette, une paysanne dont Perdican se sert pour rendre jalouse Camille. La comédie pleine de fraîcheur aboutit finalement à un drame. Musset n’avait que 24 ans lorsqu’il écrivit ce texte et, outre le thème du jeu amoureux et de la passion, la question du passage à l’âge adulte y apparaît centrale.

C’est sur ce dernier thème que Le Vilain Petit Théâtre a choisi d’orienter son travail, mettant en parallèle l’attachement de Musset au monde de l’enfance et de l’adolescence et une certaine liberté théâtrale. L’espace de jeu est ramené à son sens premier, c’est-à-dire un espace dans lequel les acteurs entrent pour faire « comme si », devant les spectateurs, qui sont de connivence. Un rien suffit pour le décor : une branche sera un buisson, les comédiens assureront eux-mêmes les bruitages, un simple vase deviendra la fontaine des rendez-vous nocturnes. Hors de cet espace, les personnages redeviennent comédiens et observent ceux qui, au centre, font avancer l’histoire. Cette belle dynamique apporte sur le plateau une énergie et une densité réjouissantes, et l’on prend souvent plaisir à voir les comédiens multiplier les trouvailles, ne refuser aucun décalage de ton, passer du premier au troisième degré, avec souvent beaucoup d’humour.

Néanmoins, dans cette profusion, le spectateur peut peiner, parfois, à trouver sa place et à comprendre quelle histoire la salle et la scène tentent de partager, ensemble. Si certains refus du réalisme sont parfaitement opérants (par exemple, Dame Pluche est interprétée par Florient Jousse, tout à fait excellent, qui nous donne à entendre le comique du personnage, mais aussi la charge anticléricale que celui-ci représente), d’autres sont plus discutables. Ainsi, le Chœur, sorte de personnage radiophonique tentant d’établir un lien entre les personnages et le public, demeure assez obscur. De la même manière, d’autres moments du spectacle souffrent d’un éparpillement des codes de jeu et finissent par tomber dans l’anecdotique. Et nous parvient alors de la scène une étrange chose, une sensation paradoxale : celle que les comédiens jouent Musset tout en s’en défendant, l’humour qu’ils affirment devenant parfois un pied de nez au texte lui-même.

Pourtant, quand on l’entend enfin, qu’il est bien joué, ce texte ! « La » grande scène de Camille et Perdican est interprétée avec beaucoup de justesse par Quentin Faure et Louise Roux, duo duquel émane un romantisme troublant et une énergie rebelle propre à l’adolescence. Dans le rôle de Rosette, Diana Laszlo est extrêmement touchante, tout en retenue et en générosité. On sent dans toute cette distribution de vrais talents et une envie de plateau qui donnent lieu à de très beaux moments. Et, malgré une certaine inégalité du spectacle, c’est plutôt cette énergie qui demeure lorsque l’on quitte la salle. Avec l’envie de suivre ce Vilain Petit Théâtre, dont l’irrévérence a tout de même des chances de faire pousser de belles plantes. 

Élise Noiraud


On ne badine pas avec l’amour, d’Alfred de Musset

Cie Le Vilain Petit Théâtre • 36, rue d’Aubervilliers • 75019 Paris

Mise en scène : Keti Irubetagoyena

Avec : Jade Herbulot, Florient Jousse, Diana Laszlo, Frédéric Radepont, Louise Roux, Quentin Faure, Christian Waldmann

Photo : © Frédéric Auclair

Espace Roseau • 8, rue Pétramale • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 25 96 05

Du 8 au 31 juillet 2010, à 16 h 30

Durée : 1 h 30

16 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Luna 26/04/2011 08:20




J'aime beaucoup Alfred de Musset, surtout "On ne badine pas avec l'amour" et "Lorenzaccio"...C'est comme écouter du Mozart : c'est "classique" mais avec la liberté en plus, et j'adore ça !


Je viens d'ailleurs tout juste de publier mon avis sur "On ne badine pas avec l'amour".


 


Joli article, je reviendrais ;)


Bonne continuation !!




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