Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
28 mai 2014 3 28 /05 /mai /2014 17:03

Fusion au charme fou


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


Pour clore sa première soirée, Jazz sous les pommiers 2014 accueillait le contrebassiste israélo-américain Omer Avital. Le public enthousiaste lui a fait un accueil très chaleureux.

omer-avital-300 jf-picaut Omer Avital fait partie de ces musiciens israéliens qui, comme le contrebassiste et chanteur Avishaï Cohen ou le tromboniste Avi Lebovitch, se sont installés à New York au début des années 1990. Là, il s’est frotté aux gloires vieillissantes du bop et aux artistes déjà prometteurs comme Brad Mehldau, faisant l’expérience du métissage fécond entre la tradition et l’expérimentation.

Sa propre tradition, c’est celle de ses ascendants, marocains pour la branche paternelle et yéménites pour la famille maternelle. Ce sont ces racines qu’il a retrouvées à son retour en Israël au milieu des années 2000.

Son dernier album est un mélange tenant de l’alchimie entre sa culture jazz, blues, gospel, soul et ses racines ancrées dans le patrimoine des juifs d’Orient. C’est ce qui lui donne une saveur particulière.

Un sens aigu de la mélodie

New Song (Plus loin music, Abeille musique, 2014) est donc un album paradoxal qui fait entendre une musique pétrie d’influences orientales et plus spécialement arabes, écrite par un juif et interprétée par des juifs. On veut y voir un signe d’espoir pour la paix dans ce Moyen-Orient déchiré.

Une autre singularité d’Omer Avital, c’est qu’il ne se tient pas au milieu de la scène, devant ses compagnons, comme il est d’usage pour les leaders, mais à la place traditionnelle du contrebassiste derrière les soufflants. Il se distingue cependant par le rayonnement qui émane de lui et un air de Pierrot lunaire toujours souriant, accentué par son chèche blanc qui tranche sur sa veste grenat et lui fait comme une collerette ou une fraise sous sa bonne tête barbue. Ses compositions ne le mettent pas non plus systématiquement en valeur mais servent tout son quintette.

Le concert commence avec Hafla, qu’il présente comme une musique de fête arabe. C’est particulièrement net dans le jeu de la batterie qui évoque parfois les grands tambours qui rythment ces festivités, comme dans le duo entre le saxophone ténor (Joël Frahm) et la trompette (Avishaï Cohen, un homonyme du contrebassiste). Le public se laisse immédiatement entraîner à battre des mains. Bedouin Roots est une délicate ballade qui commence lentement avant de prendre de la vitesse. Avishaï Cohen y signe un solo déchirant avec des aigus éclatants. Il est très applaudi, comme Omer Avital lui-même dont le jeu très mélodique s’apparente à un chant.

Dans New Song, le titre éponyme de l’album, ce qui m’a le plus touché est un délicat trio avec Omer Avital, Yonathan Avishaï au piano et Daniel Freedman à la batterie. New Middle East qu’Omer Avital présente comme un chant pour la paix est une pièce plutôt dansante aux forts accents orientaux. Elle constitue un bon exemple du sens aigu de la mélodie qui caractérise Omer Avital. Le chant est assuré par le saxophone, très applaudi, comme un charmant solo de trompette.

C’est le même talent mélodique qui éclate dans Sabah el‑Kheir (Good Morning), Ballad for a Friend et Yemen Suite. La variété des rythmes entendus oblige à tirer son chapeau à David Freedman. Non seulement, il nous surprend avec des trouvailles orientalisantes nouvelles pour nos oreilles, mais dans Tsfadina, il trouve le moyen d’y glisser des allusions à la salsa !

New Song n’est peut-être pas aussi révolutionnaire que le laisse entendre son titre, mais il n’en reste pas moins que cette fusion d’un autre genre a un charme fou. Omer Avital vient confirmer qu’il existe bien un genre, un style (on ne parlera pas d’école) américano-israélien. Son apport personnel est d’y faire entrer le mode arabe. Le public ne s’est pas trompé en réservant une ovation debout à ce musicien subtil, maître de la mélodie et expert en rythmes. 

Jean-François Picaut


Jazz sous les pommiers 2014, à Coutances (Manche)

33e édition

Du 24 au 31 mai 2014

Contact public : Jazz sous les pommiers • Les Unelles • B.P. 524 • 50205 Coutances cedex

Tél. 02 33 76 78 50 | télécopie 02 33 45 48 36

Site : http://www.jazzsouslespommiers.com

Courriel : jslp@jazzsouslespommiers.com

Billetterie : 02 33 76 78 68 (du lundi au samedi, et tous les jours pendant le festival)

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher