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22 octobre 2011 6 22 /10 /octobre /2011 22:24

C’est pas du billard…

 

La pièce part du propos absurde, ou merveilleux, c’est selon, d’une rencontre entre l’homme et la vache. Loin du préjugé moral que le titre peut laisser supposer, nous voilà donc emmenés dans la rêverie d’un personnage à la démarche de pantin autant que mystérieuse. Un voyage non dénué d’ennui.

 

olga-ma-vache-300Roland Dubillard, né à Paris en 1923, fut tour à tour acteur, auteur et personnage. Son œuvre se caractérise par des personnages en quête identitaire, souvent en proie aux malentendus, à une certaine confusion. Ici, Patrick Coulais se propose de faire l’adaptation d’une de ses nouvelles au théâtre. Le narrateur de Dubillard apparaît comme un héros cérébral que l’idée de l’amour aurait saisi et fait virevolter malgré lui. Il lui cède de façon irrépressible, au risque de perdre tout contact avec la réalité. Pourtant, cette balade le mène à explorer des extrêmes : l’incompréhension de ses amis, la solitude, et les méandres où guette une sorte de folie.

 

La longue silhouette esseulée d’un homme tiré de sa somnolence se redresse. Il s’anime peu à peu à l’évocation d’un lointain souvenir, qui lui est assez cher pour que nous y plongions avec lui. Démarre alors un récit que l’on parcours au gré de sa mémoire, la démarche vacillante, faite autant d’inquiétude que de désir ressuscité. L’espace vide de la scène se peuple peu à peu d’images et de souvenirs. Il se découpe tantôt en tableaux bucoliques, tantôt en scènes d’une solitude où le désespoir pointe son nez.

 

La pièce amène à réfléchir sur les illusions du sentiment amoureux, sur ses égarements possibles, sur ce qu’engendre enfin la difficulté d’entrer véritablement en contact avec l’être aimé. La projection des propres désirs du héros transforme la relation et en fait une relation plus rêvée que réellement vécue, et donc finalement vouée à l’échec. L’objet de ses sentiments ne peut résolument pas être autre chose que sa vraie nature – ici, en l’occurrence, un ruminant ! – et le héros devra se heurter à tous les obstacles avant de s’y résoudre. Reste le rêve…

 

L’ambivalence de sa pensée

Ce texte tendre, mélancolique et profond, trouve dans la mise en scène de Patrick Coulais et Maryvonne Schiltz un terrain à la fois ludique, et plein de résonances. Incarné par un acteur (Patrick Coulais) aussi réfléchi que clownesque parfois, le personnage se dessine dans toute sa complexité, dans toute l’ambivalence de sa pensée. La musique d’Érik Satie, avec son univers connu pour être peuplé d’hommes et d’animaux également, est bien choisie pour un tel sujet. Le violon de Jean Leber, qui sonne souvent très juste, parcourt habilement la pièce, et se fait ponctuation du monologue, lui donnant aussi du relief. Comme un contrepoint à l’isolement du héros.

 

Tout au plus peut-on regretter que n’apparaisse pas davantage cet écho, cette distanciation du monologue, qui demeure parfois clos sur lui-même, en dépit des ruptures et des propositions faites par la mise en scène. Est-ce dû à la position du personnage, à la fois présent et incarnant un passé qu’il tente de faire revivre pour nous ? Ou à la nature même du monologue ? Une impression de dénuement subsiste, qui peine à nous mener entièrement vers les émotions qui se succèdent. 

 

Marie-Laure Paris

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Olga ma vache, de Roland Dubillard

Éditions Gallimard

Compagnie La Canopée

Mise en scène : Maryvonne Schiltz et Patrick Coulais

Avec : Patrick Coulais

Création lumière : Jean-Jacques Lemaistre

Le Lucernaire • 53, rue Notre-Dame-des-Champs • 75006 Paris

Site du théâtre : www.lucernaire.fr

Réservations : 01 45 44 57 34

Du 31 août au 29 octobre 2011, du mardi au samedi à 19 heures

Durée : 1 h 15

25 € | 20 € | 15 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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