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13 janvier 2012 5 13 /01 /janvier /2012 17:12

Valse lente


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


Dernière création de Gilles Pastor, « Odette, apportez-moi mes morts ! » s’inscrit dans la lignée de ses spectacles précédents, entre installation, documentaire, poésie et théâtre, avec la même équipe, les mêmes comédiens, le même usage de la vidéo et, plus étrange, de documents autobiographiques.

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« Odette, apportez-moi mes morts ! » | © Thierry Chassepoux

Il y est question en effet de femmes, de morts et de Gilles Pastor, fils d’une des quatre sœurs qui sont à la fois les inspiratrices, les sujets et les personnages de ce spectacle. Tous sont proches de l’auteur. Les vivantes comme les morts, dont son père… Elles sont veuves et sœurs, âgées (entre 75 et plus de 80 ans), sont mises en scène dans le lieu où elles sont nées, un petit village de Savoie dont elles semblent les seules survivantes – il est vrai qu’en montagne, c’est la morte saison. Elles grimpent dans les alpages, dansent sur les routes, se souviennent dans des bars vides et sur des places désertes.

Elles parlent de leur vie au village dont il fut si difficile de s’échapper, de leur mari, chaque fois parti trop tôt, aussi précocement qu’elles semblent, elles, atteintes de longévité. Ces hommes aimés morts presque ensemble par une de ces farces du destin, à quelques mois d’intervalle, vers leurs 50 ans, et que toutes quatre ont enterré… Elles disent en peu de mots, sans émotion apparente, sans pathos, la maladie, les soins, la solitude. Elles disent aussi les larmes, avec des mots : j’ai pleuré, pleuré, pleuré… C’est tout. Des destins de femmes simples, de montagnardes taiseuses.

Les vivantes et les morts

Ces « témoignages » sont médiatisés par la vidéo, nous parviennent par l’intermédiaire de quatre grands écrans qui projettent parfois en simultané, parfois en décalé, les mêmes images. La pudeur est ainsi préservée, on est à dix mille lieues de la télé-réalité ou de tout déballage sentimental. Entre ces portraits s’intercalent des images de la Savoie. Cette montagne sauvage, hostile, battue par les vents et la neige. Images aussi de la station désertée où tournent en boucle inutile les télésièges tandis que sur la scène s’amoncellent les feuilles mortes. L’ensemble est d’une beauté presque surréaliste…

Dans ce décor baroque qui conjugue aujourd’hui et hier, la technologie et la nature intacte, évolue le seul comédien, Jean-Philippe Salerio. Il endosse maints costumes, les quitte, s’insinue dans le paysage filmé, pleure les larmes qu’elles ne versent pas, mais que déversent avec lui et violemment les torrents en surimpression… Il est le curé resté un temps au village, il est la mariée qu’elles ont été et qui est demeurée durablement empreinte dans leur mémoire… Les défroques s’éparpillent au sol, désormais sans vie ni corps…

Le résultat est un très étrange objet, délicat et fragile, qui se dérobe et se dissout à chaque pas, une tentative désespérée pour retenir le temps, garder en vie ces femmes aimées, un geste d’amour aussi pour ces paysages que la modernité condamne à une existence sporadique, éphémère… 

Trina Mounier


Odette, apportez-moi mes morts !, de Gilles Pastor
Écriture de spectacle et mise en scène : Gilles Pastor
Compagnie Kastôragile à Lyon
www.kastoragile.com
Avec : Jean-Philippe Salério
Et en images vidéo : Thérèse Porret épouse Augert, Bernadette Porret épouse Fillet-Coche, Marie-Louise Porret épouse Morand, Geneviève Porret épouse Pastor
Vidéo : Vincent Boujon et Gilles Pastor
Collaboration artistique : Catherine Bouchetal et Vincent Boujon
Scénographie : Pierre David
Musique : Denis Mariotte
Lumière : Yann Tivoli
Montage et régie vidéo : Vincent Boujon
Administration : Pierre Monnet
Diffusion-presse : Isabelle Muraour, assistée de Natacha Perche
Production Kastôragile
Coproductions : Les Subsistances, Lyon ; Théâtre Garonne, Toulouse
Les Subsistances • 8 bis, quai Saint-Vincent • 69001 Lyon
www.les-subs.com
Réservations : 04 78 37 10 02
Du 10 au 12 janvier 2012 à 20 heures, jeudi 12 à 22 heures, vendredi 13 et samedi 14 à 20 heures, jeudi 19 à 19 h 30, samedi 21 à 16 heures, relâche le lundi
Durée : 1 heure
13 € | 10 € | 8 € | 6 €
Tournée :
– Théâtre Garonne, Toulouse, du 18 au 20 janvier 2012

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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