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27 mai 2014 2 27 /05 /mai /2014 16:33

Le concert des découvertes


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Un vent de découverte a soufflé sur la tranquille abbaye de l’Épau ce dimanche : découvertes de compositeurs méconnus, mais aussi d’un jeune ensemble prometteur, le quatuor Arranoa.

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Quatuor Arranoa | © Ludovic Zeller / Flora Chevalier

Jamais entendu parler de Marc Mellits ? Le Last Round pour octuor et contrebasse d’Osvaldo Golijov n’évoque rien pour vous ? Rassurez-vous, vous n’êtes pas le seul. Et ce n’est pas moi, c’est Christophe Collette qui vous le dit ! Or le monsieur n’est rien moins que le premier violon du célèbre quatuor Debussy, qui depuis plus de vingt ans collectionne les récompenses en tout genre dans le domaine de la musique de chambre, tout en explorant de nombreuses pistes de création, notamment aux côtés de danseurs [ici et ici].

Une musique dévorante

Ici, pas de danse, mais un plateau partagé avec un autre quatuor qui n’est pas là par hasard : les quatre jeunes musiciennes du quatuor Arranoa (« aigle », en basque) ont été choisies par les « Debussy » pour intégrer leur classe de quatuor au conservatoire de Lyon (privilège réservé à seulement deux quatuors !), puis à prendre part au dispositif « 1 001 notes ». Le principe ? Un artiste confirmé prend sous son aile un disciple prometteur et les deux enregistrent un disque dans une collection intitulée « Maître et élève ». Outre le quatuor Debussy, les « maîtres » forment en effet une impressionnante galerie d’interprètes : Emmanuel Rossfelder (guitare), Juliette Hurel (flûte) ou encore Raphaël Pidoux (violoncelle).

C’est donc un charme particulier qui opère sur la scène du « dortoir » de l’abbaye de l’Épau. Certains morceaux sont joués par l’un des deux quatuors seul, d’autres les réunissent. Ceci permet d’apprécier le talent des deux ensembles. D’emblée, les Debussy donnent une impression de maîtrise, totalement immergés dans leur interprétation (sans partition, s’il vous plaît) d’une pièce de Chostakovitch. Puis, la tension monte avec les pièces pour octuor à cordes du même compositeur. Ce sont des partitions enflammées, qui jettent les interprètes dans des mouvements furieux. Pour le coup concentrés à l’extrême sur leur partition, les musiciens ont l’air de livrer un véritable combat, comme si cette musique dévorante prenait vie, menaçant à tout moment de les engloutir. Ces sonorités dissonantes, son rythme parfois effréné, la démultiplication vertigineuse des sons de cordes créent une ambiance quasi hallucinatoire – pas du genre planante, plutôt acide tendance cauchemardesque.

Les musiciennes sont vraiment ensemble

Bref, on est un peu plus qu’un spectateur, on vit la musique grâce à l’engagement et à la grande maîtrise des musiciens. Que ce soit en quatuor ou en octuor, le son paraît homogène. Ainsi du Tango ballet de Piazzolla, interprété par le seul quatuor Arranoa : les musiciennes sont vraiment ensemble, et cette cohésion fait plaisir à voir et surtout à entendre. Là encore, on a à peine le temps de se remettre de ses émotions que, au détour d’une aimable mélodie de tango, la partition se resserre, s’accélère, et l’on retient son souffle, haletant.

Quant au Last Round d’Osvaldo Golijov, il s’agit ni plus ni moins d’une bataille rangée entre les deux quatuors. Les quatre « debussistes » font face aux quatre jeunes femmes d’Arranoa. Entre les deux rangées, un contrebassiste fait figure d’arbitre, et il faut dire (on le comprend) qu’il n’a pas toujours l’air très rassuré. Car la bataille n’est pas que visuelle : dans la musique aussi, les deux quatuors se répondent rageusement. Tout le monde s’agite, les archets volent, frénétiques, tendus à l’extrême. On ressort de là tout tourneboulé. On se dit qu’au disque, c’est sûrement très bien, mais que seule l’exécution en concert peut procurer ces sensations. Et comme, en plus, tout ce petit monde, quand il ne se crêpe pas le chignon par violons interposés, échange de larges sourires et fait montre d’une belle complicité, on en redemande. Un peu maso. 

Céline Doukhan


Octuorissimo, par les quatuors Debussy et Arranoa

Chostakovitch : Deux pièces pour octuor à cordes op. 11, Deux pièces pour quatuor à cordes op. 36 ; Piazzolla (arr. José Bragato) : Tango ballet pour quatuor à cordes ; Golijov : Last Round pour octuor à cordes et contrebasse ; Mellits : Octet

http://www.quatuordebussy.com/

http://quatuorarranoa.com

Avec le quatuor Debussy (Christophe Collette, Marc Vieillefon, Vincent Deprecq, Fabrice Bihan) ; et le quatuor Arranoa (Marina Beheretche, Laura Prieu, Aude Fade, Emmanuelle Bacquet)

Abbaye de l’Épau • route de Changé • 72530 Yvré-l’Évêque

http://www.festivaldelepau.com/

Réservations : 02 43 27 43 44 ou 06 48 10 55 52

Le 25 mai 2014 à 18 heures

Durée : 1 h 15

25 € | 20 € | 5 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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