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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 21:44

« Énamauranés »

 

Quand une grande dame de la chanson interprète un de nos plus talentueux poètes, son ami de surcroît, le public accourt. Il y avait donc foule aux trois concerts que Maurane a donnés à L’Alhambra pour le lancement de son disque-hommage « Nougaro ou l’Espérance en l’homme ».

 

Douce chaleur. Il fait chaud à L’Alhambra, chauffé par l’énergique Carine Erseng, en première partie d’Ô Nougaro. Il fait chaud, pas tant en raison de la foule qui se presse pour écouter Maurane que de la chaleureuse amitié qu’elle évoque sur scène. Maurane a connu Nougaro, comme « groupie attachiante », puis comme amie bonne vivante. Nougaro, qui se refusait à être son mentor, sera le premier à donner un avis sur les premières compositions de l’adolescente et à l’associer à ses concerts. Alors que le grand Claude, décédé en 2004 d’un « cancer du pancréateur », aurait eu 80 ans, Maurane vient de sortir chez Polydor un disque de seize reprises, picorées dans un immense répertoire.

 

Sur scène, sa voix rocailleuse enchante par une interprétation originale de quelques incontournables. Elle révèle aussi des chansons moins connues voire inédites, comme l’Espérance en l’homme (de l’album posthume la Note bleue), que Nougaro aurait voulu chanter avec celle qu’il considérait comme son héritière plus que sa disciple. Malgré plusieurs concerts communs comme à L’Olympia ou au New Morning, leur seul duo aura donc été posthume.

 

Morane, c’est une voix, mais surtout une présence. Terriblement féminine dans ses robes vaporeuses, croqueuse de vie, elle habite les chansons plus qu’elle ne les interprète, roulant des yeux et des hanches : mimant les volatiles de basse-cour pour le Coq et la Pendule, se trémoussant sur les airs de samba de Brésilien, invitant les couples à s’enlacer sur un slow… Elle est entourée de quatre musiciens complices qui swinguent le jazz de rythmes africains ou brésiliens, et colorent Toulouse d’accents hispanisants, dans une ambiance à la lumière soignée, tantôt piano-bar, tantôt boîte de nuit.

 

© Maxime Ruiz

 

Qu’il est loin le temps où Claude reprochait à la jeune Claudine rencontrée à Verviers sa « préciosité », son « afféterie », son « tarabiscotage complaisant » : Maurane rend hommage avec talent à celui à qui elle doit les débuts de sa carrière. Cet révérence est omniprésente. Maurane jette souvent un regard en coin à son « grand lutrin des bois », qui, plus qu’une antisèche, est là pour rappeler que ce ne sont pas ses propres textes qu’elle interprète. Il y a aussi toutes ces anecdotes sur le contexte de telle chanson, telle rencontre, tel trait de caractère de ce lunatique sensible, de cet « homme à fables » que fut Nougaro. Il y a surtout cette chaise vide à laquelle Maurane s’adresse au présent, comme pour nous dire qu’un grand artiste ne disparaît jamais vraiment.

 

Rendre hommage est difficile, et Maurane évite le panégyrique en montrant avec tendresse les rudesses de l’homme, mais surtout en évoquant tous ceux qui l’ont accompagné, sa dernière épouse Hélène qui a eu l’idée du projet comme son producteur, présents dans la salle ce soir-là. Maurane mentionne aussi ses nombreux amis artistes, la Québécoise Diane Dufresne, les Brésiliens Tania Maria et Luiz Antonio, les Belges Toots Thielemans ou Brel…

 

Il y a entre Maurane et Nougaro plus que des ressemblances biographiques, plus qu’une amitié brute de décoffrage parfois fusionnelle… Ils sont comme deux faces d’un même talent, où la voix est, sans complaisance, mise au service des mots et d’un certain regard sur le monde : « Au cours d’une vie qui fut mouvementée, il suffit d’une voix, d’un certain regard pour qu’on voit un espoir toujours recommencer, que l’on croit en l’amour planté sans cesse être planté… ». Quand Maurane replante cette petite lueur d’amour, son public s’en trouve tout « énamaurané ». 

 

Olivier Pradel

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Ô Nougaro, de Maurane

Avec : Maurane

Piano, harmonica : Philippe Decock

Guitare : Patrick Deltenre

Basse, contrebasse : François Garny

Batterie : Yves Baibay

L’Alhambra • 21, rue Yves-Toudic • 75010 Paris

Réservations : 01 40 20 40 25 ou www.alhambra-paris.com

Les 7, 8 et 9 octobre 2009 à 20 heures

Durée : 1 h 30

38,50 € | 33 €

En tournée

• 20 octobre 2009 au Théâtre Roger-Barat d’Herblay (95)

• 23 octobre 2009 au Pasino de Saint-Amand-les-Eaux (59)

• 24 octobre 2009 aux Prairiales d’Épernon (28)

• 25 octobre 2009 au Théâtre Sébastopol de Lille (59)

• 25 février 2010 au Pasino d’Aix-en-Provence (13)

• 26 février 2010 au Palais de la Méditerranée de Nice (06)

• 27 février 2010 à la salle Jules-Verne de Bandol (83)

• 2 mars 2010 à La 2 Deuche de Lempdes (63)

• 5 mars 2010 au Théâtre de Beausobre de Morges (Suisse)

• 12 mars 2010 au Théâtre de Calais (62)

• 23 mars 2010 à la salle André-Malraux de Sarcelles (95)

• 24 mars 2010 au Théâtre Armande-Béjart d’Asnières (92)

• 27 mars 2010 à l’Espace 93 de Clichy-sous-Bois (93)

• 28 mars 2010 à la salle des fêtes de Sevran (93)

• 20 avril 2010 à Schiltigheim (67)

• 23 avril 2010 à la salle Saugona de Mamers (72)

• 25 avril 2010 au Théâtre de Béthune (62)

• 27 avril 2010 au casino de Toulouse (31)

• 12 mai 2010 aux Francomania de Bulle (Suisse)

• 15 mai 2010 à la salle Ravel de Levallois-Perret (92)

• 16 mai 2010 au festival des Rencontres transfrontalières de Hirson (02)

• 21 mai 2010 à l’espace Lino-Ventura de Garges-les-Gonesse (95)

• 22 mai 2010 au casino de Deauville (14)

• 27 mai 2010 au festival Mawazine à Rabat (Maroc)

• 29 mai 2010 à La Terrasse de Gif-sur-Yvette (91)

• 30 mai 2010 au Ponant de Pacé (35)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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