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23 janvier 2011 7 23 /01 /janvier /2011 14:23

Novecento magnifico


Par Bénédicte Soula

Les Trois Coups.com


Les spectateurs du Sorano connaissaient Jean-Luc Krauss pour des seconds rôles dans les créations Ex-abrupto de Didier Carette… Rôles dont il s’acquittait parfaitement au demeurant. Désormais, ils l’ont découvert seul maître à bord dans « Novecento » d’Alessandro Barrico, un spectacle qu’il met en scène et interprète pour la première fois sur ces planches. Un très joli moment d’émotion.

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« Novecento : pianiste » | © Manon Ona

L’Atlantique à l’aube du xxe siècle. Dans les années novecento, disent les Italiens. Sur l’eau, le Virginian, admirable paquebot gigantesque emporte en un même mouvement émigrants et rupins, les musiciens de l’Atlantic Jazz Band et une tripotée de vieux marins pittoresques. Parmi eux, le vieux Danny Boodman, passionné par les noms qu’on donne aux canassons de course, trouve un beau matin déposé sur le piano des 1res classes, un nouveau-né abandonné.

Ainsi, commence l’histoire légendaire de Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento. Adopté par l'équipage et devenu un pianiste hors pair, Novecento est surtout l’homme qui n’a jamais quitté le navire. Pas une fois en trente ans, il n’a posé le pied à terre. Trouvé sur les eaux comme Moïse, apatride errant sur les mers comme Ulysse, virtuose comme Orphée, Danny Boodmann T.D. Lemon Novecento est prédestiné à la mythification.

Une partition littéraire sublime

Mais, avant tout, le texte de Baricco est magnifique ; d’une charge poétique et philosophique puissante. C’est tout un monde qui est enfermé sur ce bateau, allant et venant entre deux terres, tandis qu’à l’horizon s’écrivent les première pages de l’Amérique expansionniste jusqu’à la Grande Dépression, et l’Histoire déjà bien longue de la Vieille Europe, culturelle et artistique, qu’on entend bruisser, portée par le vent contraire. Tout cela n’est jamais dit, juste évoqué, alors que le récit principal reste fixé sur le destin d’un seul homme. Le texte réussit même la prouesse de nous faire entendre par suggestion la musique de Novecento. C’est d’une intelligence et d’une beauté inouïes. Une pépite d’or pour Jean-Luc Krauss.

Et le comédien le sait. À chaque phrase, il boit du petit lait, goûtant chaque scène de ce monologue avec un plaisir communicatif. Excellant dans l’interprétation des personnages, il nous régale d’une galerie de gueules, aussi comiques les unes que les autres. Tim Tooney, le narrateur, trompettiste du jazz band et meilleur ami de Novecento, Novecento lui-même, sorte de Candide à l’américaine, mais aussi le vieux Boodman, le capitaine du Virginian et bien d’autres.

Jazz et rêve américain

La scène du duel musical qui doit consacrer Novecento comme le meilleur joueur de piano de tous les temps face à l’inventeur du « jaze », le rustique Jelly Roll Morton, laisse éclater tout le talent polymorphe de Jean-Luc Krauss. Et comme il sait nous transporter dans ce début de siècle en noir et blanc aussi précisément qu’un bon film de la Warner Bros ! Un faciès et une silhouette à la Keaton, drôle, léger, émouvant, particulièrement à l’aise dans le registre burlesque, Jean-Luc capte son auditoire durant une heure et demie, aidé il est vrai par une partition jazzy omniprésente ou presque.

Si la pièce a déjà été jouée dans différentes petites salles de la région toulousaine, elle a ici bénéficié de la « machinerie » Sorano. Un jeu d’éclairage subtil signé Grégory Bourut (l’un de ses complices de la compagnie Ex-abrupto), un écran de fumée et un décor modeste mais efficace, auxquels il faut ajouter le soutien d’Alain Régus à la direction d’acteur, et le pari est gagné : Jean-Luc Krauss peut être fier de sa traversée. Sans écueil, ni naufrage. 

Bénédicte Soula


Novecento : pianiste, d’Alessandro Barrico

Gallimard, coll. « Folio bilingue », 2006 (I.S.B.N. 2-07-032766-3)

Mise en scène : Jean-Luc Krauss, Cie La Francesca

Avec : Jean-Luc Krauss

Direction d’acteur : Alain Régus

Arrangements musicaux : Thierry Bedu et Patrice Cartier

Costumes : Karine Fricard et Liliane Capacho

Création lumière : Grégory Bourut

Diffusion : Karine Chapert

Théâtre Daniel-Sorano • 35, allées Jules-Guesde • 31000 Toulouse

Réservations : 05 34 31 67 16

Site : www.theatresorano.com

Du 19 au 21 janvier 2011, mercredi, jeudi à 20 heures, vendredi à 21 heures

Durée : 1 h 30

19 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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