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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« Contre l’insupportable absurdité
du monde », allons au théâtre !
Percutant, drôle et poétique, « Nous étions jeunes alors » est un éblouissant mélange qui entrelace texte, musique et images. Les trois arts se déploient avec virtuosité à travers une partition polyphonique composée par l’auteur et metteur en scène Frédéric Sonntag. Cette variété de supports est alliée à une variété de registres – nous voguons de l’épique au lyrique. Nos yeux et nos oreilles en ressortent charmés, notre esprit vivifié.
À partir du leitmotiv « Nous étions jeunes alors », trois personnages nous racontent leur histoire, sorte de plongée dans le passé pour ne pas affronter la réalité. Des questions existentielles les habitent : mécanisme de la mémoire, perte d’identité et ennui jalonnent leur discours. Au début, la narration s’articule autour de monologues déclamés apparemment sans rapport les uns avec les autres.
Mais ceux-ci finissent par se croiser et même se compléter lorsque les récitants tentent d’analyser un passé commun. Leurs histoires se mêlent au récit d’anticipation écrit par l’un de ces protagonistes, auquel il a donné pour titre Nous étions jeunes alors. Nous entendons régulièrement des fragments de ce texte fictif, ce qui brouille la narration et nous questionne sur les rapports entre réalité et fiction.
Les narrations s’entrecoupent, et l’adresse au public est marquée par des positions frontales. En outre, les mises en abyme se multiplient, et nous assistons à une représentation dans laquelle les personnages jouent à inventer des scènes dont ils deviennent les acteurs. Les comédiens, qui s’investissent corps et voix dans leur rôle de récitants, nous transportent avec dynamisme dans leur univers. Leurs récits s’emmêlent et se dissocient soudainement pour mieux se retrouver et s’entremêler à nouveau.
« Nous étions jeunes alors » | © E. Le Viavant
Le texte est successivement parlé, chanté, murmuré, chuchoté, crié : de piano à fortissimo en passant par mezzo forte, toutes les tonalités sont employées. Par ailleurs, le débit des paroles varie sans cesse : les mots peuvent bondir de la bouche des comédiens à une vitesse folle et décélérer progressivement. À ces voix s’ajoutent une bande-son et des musiciens présents sur scène. Trois murs blancs comportant une porte et des fenêtres servent à la fois de décor et d’écrans. Des images fixes ou animées y sont projetées. Un spectacle total, donc.
La correspondance entre les arts participe pleinement à la force du spectacle, qui nous happe dans un univers étrangement familier. Le risque serait de se contenter d’illustrer un art par un autre, sans que l’un ou l’autre n’apporte sa spécificité qui donne sens à l’ensemble. Or ce n’est pas le cas. Ainsi, la vidéo peut évoquer le lieu et le temps de l’action tandis que la musique fait écho aux paroles des personnages, sans redondance aucune. La succession des images est en accord avec le rythme des voix qui scandent le texte. On passe d’images d’archives réalistes à des images abstraites. Les premières vont de pair avec la narration des souvenirs des personnages, les secondes avec les visions oniriques qui s’emparent des protagonistes lorsqu’ils sombrent dans la paranoïa…
De fait, la pièce comporte des moments de tension qui sont associés à cette idée de perte des repères spatiaux et temporels. On peut imaginer que « la métropole » dont les personnages parlent est une société sécuritaire oppressante. Ses maux sont mis en mots par la présentation d’un microcosme qui se désagrège : miroir inquiétant de notre monde ? ¶
Lison Crapanzano
Les Trois Coups
Nous étions jeunes alors, de Frédéric Sonntag
Coproduction Compagnie Asanisimasa-Théâtre Ouvert
Mise en scène : Frédéric Sonntag
Avec : Amandine Dewasmes, Mounir Margoum, Fleur Sulmont
Musiciens : Stéphan Hélouin, Paul Levis, Gonzague Octaville
Création musicale : Paul Levis
Création et régie vidéo : Thomas Rathier
Scénographie : Marc Lainé
Costumes : Mariane Delayre
Création lumières-régie générale : Marine Berthomé
Régie son : Bertrand Faure
Théâtre Les Ateliers • 5, rue du Petit-David • 69002 Lyon
Réservations : 04 78 37 46 30 ou www.theatrelesateliers-lyon.com
Du 2 au 10 février 2010 à 20 h 30, mercredi et jeudi à 19 h 30
Durée : 1 h 30
20 € | 18 € | 14 € | 10 €
Rencontre avec Frédéric Sonntag et l’équipe artistique le samedi 6 février 2010 à l’issue de la représentation de 20 h 30
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