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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« Rester parmi les vivants »
Prenez un texte contemporain, des comédiens, des musiciens, des vidéos, une scénographie léchée pour des images troublantes et vous aurez un spectacle vivant digne des meilleures installations d’art contemporain.
Il y a d’abord ce texte qui oscille entre humour et cruauté. Nous sommes comme sur le fil du funambule, balançant entre réalisme et fiction. Est-ce de l’anticipation ou est ce notre quotidien ? Les mots justes de certaines évocations de notre vie nous dérangent et déclenchent quelques rires nerveux : « Nous nous emmerdâmes totalement, tendrement, tragiquement ». Épidémies, peur des maladies, aseptisation de notre environnement, fuite en avant, enfermement de soi au profit de son image, recettes de bien-être, entre autres, aboutissent à une fuite physique des protagonistes qui tentent d’échapper à cette oppression. Ils reviendront pour « ne plus subir mais vouloir », pour « rester parmi les vivants ».
Et puis les tableaux composés par la lumière, la vidéo, les comédiens et le décor sont beaux. Chaque image vaut qu’on s’y arrête. La vidéo, majoritairement en noir et blanc, diffuse des images des années 1960, des pans de vieux films hollywoodiens, des photos et des compositions picturales. La création lumière nous donne la couleur, les musiciens le rythme. Ainsi, à aucun moment, nous n’avons la sensation d’un empilement de couches artistiques, mais, au contraire, nous nous sentons guidés pour entrer dans le spectacle.
« Nous étions jeunes alors » | © E. Le Viavant
Enfin, il y a le jeu si particulier des comédiens. Ils sont à la fois narrateurs et acteurs de ce spectacle. Parfois, la limite est franche. Ils nous racontent les évènements, ils nous parlent au passé simple. Puis, ils jouent une partie de leurs souvenirs, reviennent à la narration, et ainsi de suite. Les musiciens soutiennent leur parti pris. Tout paraît clair. Enfin, le récit s’emmêle, la fiction rejoint la réalité, les personnages ont du mal à se situer dans le présent et le futur, le jeu se mélange à la narration jusqu'à nous perdre. Je me surprends à sourire et à grimacer de douleur avec eux. Ils m’ont happée.
Je nous ai vus avec nos difficultés, notre stress et nos espoirs. J’ai vu le sida, la communication autour de la grippe H1N1. J’ai vu nos jeunes désœuvrés et dépressifs. J’ai vu ceux qui y croyaient et qui luttaient. J’ai vu le management pratiqué au Dow Jones, celui que l’on fait avec les cotations boursières, mais j’ai aussi vu la couleur de l’espoir. ¶
Esther Mano
Les Trois Coups
Nous étions jeunes alors, de Frédéric Sonntag
Coproduction Asanisimasa/Théâtre Ouvert
Mise en scène : Frédéric Sonntag
Avec : Amandine Dewasmes, Mounir Margoum, Fleur Sulmont
Musiciens : Stéphan Hélouin, Paul Levis, Gonzague Octaville
Création musicale : Paul Levis
Création et régie vidéo : Thomas Rathier
Scénographie : Marc Lainé
Costumes : Marianne Delayre
Décors : Jacques Brossier
Création lumière et régie générale : Marine Berthomé
Régie son : Bertrand Faure
Diffusion : Bureau FormART
Théâtre Les Ateliers • 5, rue Petit-David • 69002 Lyon
Réservations : 04 78 37 46 30
Télécopie : 04 72 41 93 02
contact@theatrelesateliers-lyon.com
www.theatrelesateliers-lyon.com
Du 2 au 6 février 2010 à 20 h 30, mercredi, jeudi à 19 h 30
Durée : 1 h 30
20 € | 14 € | 10 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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