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15 janvier 2014 3 15 /01 /janvier /2014 20:36

Don Quichotte sans terre


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


En affublant son héros éponyme du possessif, la compagnie Les Yeux grand ouverts qui signe « Notre Quichotte » annonce clairement le parti pris de l’adaptation, et peut-être aussi de l’infidélité.

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« Notre Quichotte » | © Dorothée Tournour

Certes, Cervantès donne, avec son personnage, leurs lettres de noblesse aux illusions et à l’imaginaire. Certes, en moquant les romans de chevalerie, il s’attache à un homme qui est d’abord la proie de ses rêves et se rêve lui-même avant de rêver le monde. Cela autorise sans doute à le propulser dans un autre milieu, à une autre époque, et à faire de lui, non pas un personnage, mais des dizaines dans lesquels chacun peut se retrouver, et surtout un acteur qui met en scène son (ses) univers…

C’est en effet ainsi que le spectacle commence : un homme seul en scène, en costume de ville, qui entre peu à peu en contact avec les spectateurs, presque individuellement, ce qui n’est pas rien dans une salle pleine d’adolescents débordant d’énergie, impatients et joyeux. Cet acteur, progressivement, va leur parler de son amour de la littérature, du théâtre, de l’œuvre de Cervantès. Il faut dire qu’avec sa dégaine dégingandée et son visage raviné, il est « taillé pour le rôle » de Don Quichotte.

À ce stade, les jeunes spectateurs sont dans la connivence et le silence installé. L’heure pour Marc Segala de s’installer devant le miroir pour se transformer, dos au public, entrer dans les vêtements de son personnage, le temps d’un long prologue, exercice hautement périlleux, qu’il réussit avec maestria. Toute cette première partie manifeste une grande maîtrise du théâtre. Elle témoigne d’une réflexion sur le métier de comédien, sur le rapport à l’œuvre et au personnage, sur la relation au public.

Leur Quichotte

La suite est plus cahotique : le texte de Sylvain Levey s’inspire librement des improvisations des comédiens et des techniciens pour créer ensemble un Don Quichotte qui corresponde à leurs souvenirs et à l’imaginaire collectif. On retrouve bien, épars, Rossinante et Dulcinée, les moutons et les moulins, mais tellement éloignés de leur source qu’on n’en voit plus le sens ni l’intérêt. Le spectacle devient bavard et, malgré quelques pépites (comme la danse dans la brume ou l’abattage des arbres ou encore les clowns dans leur cercle de lumière) et quelques moments émouvants et amusants, on peine à s’intéresser à ce Quichotte de pacotille largué dans le monde d’aujourd’hui et qui a, bien évidemment, beaucoup de mal à s’y retrouver. À tel point qu’il se retrouve vite fait en clinique psychiatrique sous antidépresseurs. Dernière scène qui aurait pu être un joli clin d’œil puisqu’elle fait suite à un épisode poétique en barque dont la voile blanche va se transformer en draps d’hôpital. Malheureusement, la scène s’étire et dure, enchaînant les lieux communs.

Compte tenu du professionnalisme des comédiens, Marc Segala et Karl Eberhard (en fidèle Sancho) en tête, mais aussi de l’inventivité et de la beauté du décor signé Diane Thibault, ainsi que de l’enthousiasme de l’équipe, on peut espérer que ces erreurs de jeunesse vont être rapidement rectifiées : amputé d’un bon tiers, le spectacle gagnerait en rythme, en intensité, et resserré sur son personnage, en clarté. 

Trina Mounier


Notre Quichotte, de Sylvain Levey, d’après l’œuvre de Cervantès

Compagnie Les Yeux grand ouverts

www.lesyeuxgrandouverts.com

Mise en scène : Grégory Benoit

Assistant à la mise en scène : Kamel Isker

Avec : Chantal Déruaz, Karl Eberhard, Alexia Hebrard, Tristan Le Goff, Yannick Rosset et Marc Ségala

Décorateur / scénographe : Diane Thibault

Création sonore : Samir Dib

Lumières : Claudine Castey

Régie générale : Dorothée Tournour

Régie son : Clément Burlet-Parendel

Administratrice de production : Marion Berthet

Création dans le cadre du festival Ré-génération

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69257 Lyon cedex 09

Réservations : 04 72 53 15 15

Site du théâtre : www.tng-lyon.fr

Le 14 janvier 2014 à 19 h 30

Durée : 1 h 30

Pour + 12 ans

Pass’ Ré-génération : adulte 14 € ; tarif réduit 11 €

Le pass donne accès à un spectacle ; les suivants sont au prix de 3 €

Tournée, représentations tout public :

– 18 janvier 2014 à 20 h 30 : Théâtre des Allobroges, Cluses (74)

– 21 janvier 2014 à 20 heures : Maison des arts, Thonon (74)

– 23 et 24 janvier 2014 à 20 heures : Théâtre de Vénissieux (69)

– 28 et 29 janvier 2014 à 20 h 30 : Auditorium de Seynod (74)

– 4 février 2014 : Théâtre de Die (26)

– 7 février 2014 à 20 h 30 : centre culturel, La Ricamarie (42)

– 11 février 2014 à 20 h 30 : Théâtre Astrée, Villeurbanne (69)

– 5 février 2014 : château de Clermont (74)

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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