ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Le fond de l’art est rouge
C’est un théâtre de rue qui s’installe sur les places, en plein air, et ici sous les beaux marronniers de la Cartoucherie. C’est une pièce qui vous happe, si bien que vous la suivez comme l’enfant suit le joueur de flûte dans le conte de Grimm. Une création inventive, surprenante, courageuse et engagée. C’est une mesure de salut public que « Notre Commune », et un plaisir pour tous.
« Notre Commune » | © David Buizard
L’histoire est criblée par les balles des vainqueurs, et les morts s’abîment dans l’oubli. On les cherche en vain dans nos manuels scolaires. Il en est bien ainsi de ceux que fit la dernière des révolutions françaises : la Commune. Or, parce que justement l’Histoire avec un grand H n’est pas notre histoire, le spectacle des Lorialets Notre Commune prend tout son sens. Deux morts de cette révolution s’y adressent à nous. L’un est privé de parole, et quand sa bouche s’ouvre, c’est sur un silence ensanglanté ; l’autre, au contraire, nous hèle, nous raconte sans jamais s’arrêter ce qui s’est passé. Il y a du bateleur chez lui, mais du Victor Hugo aussi. Pathétique silence, verbe épique et polémique, le duo est incroyablement efficace.
L’un et l’autre, toujours en activité, souvent en mouvement, donnent de leurs personnes : Notre Commune est menée tambour battant. Gueuler et non pas parler, courir, escalader la machine qui sert de décor : tout est fait en grand. Il faut dire que le théâtre de rue est un maître exigeant. Le public à chaque instant peut se carapater, le temps est rarement idéal, et le vent vole les voix. Que reste-t-il ? La voix nue, la lumière sans fard du jour… et l’art de s’arc‑bouter sur ces obstacles pour créer des merveilles inédites. C’est ce qui se passe ici. Les deux interprètes peuvent compter sur une géniale et monstrueuse machine. Elle est à la fois un char de combat idéologique, le chariot du bateleur de foire ou l’éléphant de la Bastille si hugolien… Ce véhicule de bric, de broc et de surprises nous entraîne dans son sillage sans cesser de se métamorphoser.
Couleurs de théâtre : couleur d’insurrection
Pensez à ces maisons incroyables que vous aviez enfants, pensez aux réalisations du Royal de luxe, et vous en aurez l’esprit. Ouvertures et transformations créent l’émerveillement des petits et des grands. Impossible donc de s’ennuyer. Notre Commune est ainsi le livre d’histoire rêvé. S’y succèdent des images incroyables mais vraies, comme l’envol de Gambetta en ballon. Et ces images sont en couleurs. Bleu, blanc, rouge, surtout rouge et noir. Car les couleurs du théâtre sont aussi celles de la révolution.
Vous voilà donc pris à témoins, interrogés, vous voilà avec une gravure dans les mains. Dans les mains et en grandeur nature ! De fait, costumes et objets stylisés font penser à des caricatures de Daumier. Parfois d’ailleurs, une caricature apparaît sur une figure de carton biface, ou même sur les fesses d’un des personnages : risible faces de cul du pouvoir établi. On saluera le travail des facteurs d’objets, comme ceux des créateurs de la machine et des costumiers. Notre Commune est justement un beau travail commun.
« Mais notre cri d’espoir qui va jaillir de l’ombre / Le monde va l’entendre / Et ne pas l’oublier. » C’est comme si le spectacle réalisait cette volonté que l’on entend dans la si belle chanson de Caussimon et Sarde, La Commune est en lutte. Ces cris résonnent à nos oreilles de vérité et d’actualité. On vous en livre deux seulement pour vous laisser le plaisir de la découverte : « Quand t’as rien, tu rêves et t’en crèves », et « Vivre libre en travaillant ou mourir en combattant ». Le fond de l’art est rouge à la Cartoucherie… ¶
Laura Plas
Les Trois Coups
Notre Commune, de la compagnie des Lorialets
Compagnie des Lorialets • 54 bis, rue de Lancry • 75010 Paris
Courriel de la compagnie : lorialets@gmail.com
Site de la compagnie : http://leslorialets.free.fr
06 22 04 49 56
Écriture à partir d’archives : Caroline Panzera, Mathieu Coblentz
Mise en scène : Caroline Panzera
Création musicale : Mathieu Boccaren
Avec : Mathieu Coblentz, Vincent Lefebvre
Constructeurs de machines : Max Bourges, Olivier Sence, Victor Arancio, Lionel Grassot
Facteurs d’objets : Sébastien Baille, Sarah Letouzey, Marie Hébert, Céline Schmitt, Cécile Gacon, Danièle Heusslein‑Gire, Julia Diehl
Costumes : Patrick Cavalié, Hélène Defline, Jean‑Sébastien Merle
Jardin de la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvres • 75012 Paris
Réservations : 01 43 74 24 08
Du 5 au 15 avril 2012 à 14 h 30
Durée : 1 h 35
10 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires