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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Ay calor !
Le Théâtre de Montbéliard, anciennement L’Allan, s’est glissé dans une nouvelle peau depuis janvier dernier. La fusion des différentes scènes du territoire a donné naissance à « M.A. scène nationale » (Montbéliard-Agglomération) et présentait vendredi soir le premier temps fort de la saison : une nuit centrée sur le flamenco. Deux maîtres andalous, Andrés Marín et Jesús Méndez nous ont fait partager leur art avec intensité et passion. Chaude la rentrée.
Andrés Marín | © X D.R.
Il y a des coïncidences fort à propos. Alors que, de mémoire d’autochtone, il n’avait pas fait si beau et si chaud depuis des lustres dans le Doubs à cette époque de l’année, l’équipe de M.A. scène nationale avait programmé une soirée andalouse, centrée sur le flamenco. De quoi garder le cœur au chaud, en somme. Cette « noche » se déroulait en deux parties, proposant deux visions de la tradition andalouse : l’une exclusivement musicale, l’autre accompagnée d’un danseur. Si le flamenco est un art très codifié, je m’y connais trop peu pour me prononcer sur la justesse de ce qui nous a été présenté. En revanche, je peux vous assurer que j’ai assisté à un spectacle d’une intensité rare, résultat incontestable d’un grand travail technique, tant en matière musicale que chorégraphique. Deux compagnies, deux générations et deux univers artistiques sont venus réveiller chez le spectateur la petite flamme qu’il abrite en lui et dont les braises chuchotent encore, à l’intérieur, en espagnol pour un soir.
Et qui n’y serait pas sensible ? Parce que le flamenco est certes nourri et façonné de traditions ibériques ancestrales, mais cela ne doit pas le résumer. Le flamenco, c’est aussi et peut-être surtout le chant du désespoir, de la violence de la passion, de l’amour, de la mort. Cela tient aussi du théâtre, car, quand on va voir un spectacle de flamenco, on assiste déjà à la catharsis chère à Aristote. Le chant semble apaiser la tempête, la passion dévorante devient créatrice, et sa proie se sublime en s’imposant comme un chanteur d’exception. Jesús Méndez, qui passe pour un des plus grands jeunes talents de la scène flamenco andalouse, est à la hauteur de sa réputation et nous a présenté une interprétation rare, que son charisme rend troublante et d’une percutante beauté.
Andrés Marín tout droit issu de la statuaire grecque
Outre le talent des chanteurs, je crois avoir été encore plus sensible à la virtuosité des guitaristes également sur scène. La guitare flamenca, aux accents gitans d’Antonio Rey n’accompagne pas le chanteur. Elle est élevée au rang d’interlocuteur et vaut à elle seule ma grande admiration. Quant au danseur Andrés Marín, qui entre en scène lors de la deuxième partie, tout de noir vêtu, on ne peut qu’être impressionné par ce corps athlétique et sculptural qui semble tout droit issu de la statuaire grecque. Sa technique est d’une perfection absolue, inspirée de la tradition, mais aussi pleine d’audaces, de modernité et de géométrie. Dialoguant véritablement avec les musiciens et le chanteur, la danse expérimentale et en quête d’absolu d’Andrés Marín fut le clou d’une soirée andalouse magique.
Un bémol néanmoins vient ternir cette ouverture de saison épicée. Peut-être était-il un peu ambitieux de programmer deux prestations aussi typées. Car, même si les deux compagnies n’ont pas présenté le même travail, près de deux heures de flamenco, c’est trop pour une seule soirée. Du coup, l’émotion se dilue et s’étiole un peu au fil de la soirée. En tout cas, M.A. scène nationale annonce la couleur : la saison sera passionnée (on l’espère passionnante !) ou ne sera pas ! ¶
Maud Sérusclat
Les Trois Coups
« Noche flamenca »
Première partie : Jesús Méndez
Chant : Jesús Méndez
Guitare : Antonio Rey
Son : Fali Pipio
Deuxième partie : Andrés Marín
Direction artistique et chorégraphique : Andrés Marín, Salvador Gutierrez
Danse : Andrés Marín
Chant : Segundo Falcon
Guitare : Salvador Gutierrez
Lumières : Ada Bonadei (Vanram)
Son : Rafael Pipio
Réservations : 04 32 74 16 49 (numéro vert gratuit)
http://1112.mascenenationale.com/
Le 30 septembre 2011 à 20 h 30
Durée : 2 heures environ
12 € | 9 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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