Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
29 novembre 2012 4 29 /11 /novembre /2012 17:04

Basta la galère ! Nouara veut du bonheur


Par Jacques Casari

Les Trois Coups.com


« Nique la misère » Quel putain de titre ! Classieux et distingué ! Ça claque comme une promesse d’audace et de transgression. La promesse n’est pas tenue, mais Nouara nous fait rire dans son tutu de petit rat de l’opéra qui aurait abusé du Nutella ®.

nique-la-misere-615 pierre-francois-watras

« Nique la misère », avec Nouara Naghouche | © Pierre-François Watras

On ne s’attendait pas à du Pierre Bourdieu ni à du Victor Hugo, pas même du Coluche. Ah, l’inoubliable rengaine de Coluche « Misère, misère ! / C’est toujours sur les pauvres gens / Que tu t’acharnes obstinément. » ! On était là pour un one‑woman‑show, coécrit et mis en scène par l’excellent Pierre Guillois *. On pensait voir Nouara niquer la misère, mais on a juste vu Nouara faire la nique à la misère. Pas vraiment d’engagement dans le propos ni de transgression, mais juste quelques pieds de nez sans réelle profondeur ni grande consistance. On attendait beaucoup de cette Nouara qui nous avait offert Sacrifices en 2010, un spectacle drôle et décapant sur la soumission et la résistance des femmes. Le rire, la générosité et la tendresse donnaient à Sacrifices son étonnante force de vie. Qu’a donc d’autre à nous faire partager Nouara avec Nique la misère ?

Le contact avec le public opère immédiatement. « Vous vous dites : ah, celle‑là je l’aurais bien comme pote ! […] Je l’inviterais bien à mon prochain mariage… — Ah ouais avec plaisir ! Hein, surtout pour le buffet ! » L’autodérision fait rire. Mais parfois c’est too much, et l’on s’agace de certaines facilités. Nouara arrive ainsi par l’arrière de la salle sur la chanson de Liza Minelli New‑York ! New‑York ! ; elle claque une bise au premier spectateur croisé : « Vous êtes pas l’agent de Kad Mérad ? » et elle « pécho » à droite et à gauche, « Y’a de l’a bombe de meuf ce soir ! Va ! Va ! Va ! ». Les lycéennes concernées exultent ! « Vous êtes beaux. Ça va ? » Tout cela est déjà vu. Déjà entendu. Pourtant la bonne nature de Nouara et son irrésistible drôlerie font mouche. Car cette artiste généreuse a de nombreuses cordes à son arc : elle chante, elle danse, elle tchatche, elle grimace et elle cogne.

Le dispositif scénique est simple et efficace. Un quadrilatère aux dimensions d’un ring. Un petit fauteuil club au premier plan dans lequel Nouara entre à peine : « J’ai demandé à mon metteur en scène de me faire un spectacle simple, cool, tranquille […] Oui, je suis assise et je gagne du fric ! ». Elle a raison, au nom de quoi le public serait‑il le seul à être bien installé ? Nouara savoure ainsi les privilèges de son nouveau statut d’artiste. À l’arrière‑plan, un accessoire pour boxeur pend au bout d’une chaîne : un sac de frappe ! Car celle qui était « une psychopathe à l’école » confesse qu’elle a toujours eu besoin de cogner. Bagarres avec les garçons, bagarre avec elle‑même aussi sans doute, quand la part d’ombre affleure… Le succès l’a menée de l’ombre à la lumière, mais on sent que les ombres du passé sont encore là : « On m’a souvent niqué mes rêves : il va me falloir une vie pour savoir qui je suis, moi ! ».

L’Amérique, la bouffe et la grâce

Alors, pour donner vie à ses rêves, Nouara chante les jours heureux qu’elle attend – « Oh happy days ! » – et elle rêve d’Amérique : « La vérité ? Je rêve grave d’aller à New‑York. Sérieux ! […] Attends l’Amérique, je viens ! ». Big Nouara rêve d’un « hambuger big mamma ». Elle parle bouffe, pense bouffe, respire bouffe. C’est son hobby, sa grande histoire d’amour. Elle s’enfile même une banane sur scène, qu’elle ne peut pas partager parce qu’elle est en plein sketch ! « Je m’en taperais bien une deuxième. Mais c’est pas possible. Dans le budget, c’est une banane par spectacle qu’ils ont dit ! » C’est raisonnable.

Surtout que Nouara rêve aussi de grâce ! « Quand je me regarde, je me trouve belle même si ça déborde : nique la misère ! » Tans pis si son coach de l’Opéra de Paris a fini par démissionner, tans pis si elle ne peut pas faire des pointes, car elle va se péter les orteils, elle ne renonce pas à s’élever vers les étoiles. On assiste alors à un inoubliable et pathétique solo de danse au cours duquel le cygne noir XXL s’épuise et se fracasse contre le sac de frappe pour boxeur. Mais Super‑Nouara se relève de tout. Faisant la nique à Lagerfeld qui n’aime que les fines, elle défile pour le salut – féminine et sexy – en fourreau noir moulant. Un défilé V.I.P., comme « Very important potatoe ». Musique ! Le public envahit le plateau pour faire la nouba avec Nouara. Succès garanti auprès des plus jeunes. En cet instant, Nouara est heureuse.

Certes, on passe une heure agréable en agréable compagnie. Et l’on rit. Mais le spectacle est inégal. Si certains morceaux de bravoure nous emportent (le cours d’anglais, la mort du cygne), Nouara semble avoir du mal à nourrir un discours qui s’enlise parfois. Les anecdotes sur les chats des mamies de son nouveau quartier ou sur les séances de l’Assemblée à la télé nous laissent sur notre faim. Alors, lorsqu’elle nous dit « Je vais pas passer ma vie à raconter ma vie », on acquiesce. Et on l’encourage à ne pas rester prisonnière de son mythe personnel, à travailler encore pour explorer l’humain avec son regard, sa sensibilité et sa force de vie. Il serait dommage que les rondeurs de Nouara – thème dont elle use et abuse – la condamnent à tourner en rond. Saura‑t‑elle se renouveler pour nous toucher ? Est‑elle de ces artistes qui ont tout dit, tout livré, tout donné dans leur premier spectacle ? Le revers de la générosité ? 

Jacques Casari


* Voir aussi le Brame de biches, critique de Cédric Enjalbert.

* Voir aussi Grand fracas issu de rien. Cabaret spectral, critique de Cédric Enjalbert.

* Voir aussi le Gros, la Vache et le Mainate. Opérette barge, critique de Cédric Enjalbert.

* Voir aussi Entretien avec Pierre Guillois, par Cédric Enjalbert.


Nique la misère, solo de Nouara Naghouche

Coécriture du texte : Nouara Naghouche et Pierre Guillois

Mise en scène : Pierre Guillois

Production : Cie Le Fils du grand réseau

Coproduction : Le Quartz, scène nationale de Brest / Itinéraires bis

Interprétation : Nouara Naghouche

Costumière : Elsa Bourdin

Éclairagiste : Marie‑Hélène Pinon

Collaboratrice artistique : Olga Grumberg

Le Quartz, scène nationale de Brest • 60, rue du Château • 29200 Brest

Billetterie en ligne : www.lequartz.com

Locations : 02 98 33 70 00

Du mardi 27 novembre au samedi 8 décembre 2012 à 19 h 30, samedi à 18 h 30, relâche dimanche et lundi

Durée : 1 heure

23,50 € | 17,50 € | 11,50 €

Tournée 2012 / 2013 :

– Théâtre Louis-Aragon-scène conventionnée danse à Tremblay‑en‑France [93], samedi 15 décembre 2012

– Scène nationale 61 à Alençon [61], mardi 18 et mercredi 19 décembre 2012

– Relais culturel à Haguenau [67], mardi 8 janvier 2013

– Espace Grun-centre culturel à Cernay [68], vendredi 11 janvier 2013

– Théâtre Liberté à Toulon [83)], vendredi 25 janvier 2013

– Espace Ronny-Coutteure à Grenay [62], dimanche 10 février 2013

– Espace Ried-Brun à Muntzenheim [68], samedi 16 février 2013

– Le Prato à Lille [59], mardi 19 mars 2013

– Théâtre de Givors [69], vendredi 22 mars 2013

– La Merise à Trappes [78], vendredi 29 mars 2013

– Loudéac [22], samedi 6 avril 2013

– Saint-Brieuc [22], mardi 7 mai 2013

– T.O.P. à Boulogne-Billancourt [92], samedi 25 et dimanche 26 mai 2013

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher