Le plus beau des mensonges
La ville de Bagneux accueille pour la cinquième année consécutive le festival Auteurs en acte, qui s’attache à proposer une série de créations d’auteurs vivants. « Mythomane » est un florilège habilement composé d’un auteur qu’on ne présente plus : Serge Valletti. C’est un vrai moment de bonheur qui vous transporte du rire aux larmes et qui rappelle qu’il n’est pas nécessaire de tomber dans le tragique pour s’insurger.
ur la scène : une palette
de cartons, une radio et des lits de camp en tissu et armature de bois. La lumière est chaude : nous sommes chez quelqu’un, aucun doute n’est permis. Tout à coup, la radio se fait entendre
en changeant régulièrement de fréquence : de l’émission littéraire au bulletin d’information en passant par l’horoscope et la musique, c’est une sélection si sarcastique que la salle rit
déjà.
C’est un mythomane qui parle de mensonges. Le texte est une sorte de « décaméron » (1) oral, où les histoires se succèdent si étroitement imbriquées que le spectateur ne sait plus vraiment où il se trouve dans la construction dramaturgique. Est-ce là l’histoire qui tisse les histoires ? Est-ce fantasme ? Est-ce réalité ? La compilation des textes par Christian Mazzuchini, pour qui l’univers de Valetti est tout à fait familier, habile travail de sensible dramaturge, entraîne le spectateur aux frontières de leur rôle. Car quel est le rôle du spectateur sinon de croire ? N’écoute-t-il pas, avec une émotion parfois d’une grande puissance, un mensonge qui, annoncé comme tel dès l’entrée dans le théâtre, n’en finit pas moins par l’emporter sur le réel ?
« Mythomane » | © Maryline Le Minoux
Par le tranchant de la plume de Valetti, tout passe. Les metteurs en scène, les politiques, les médecins, les professeurs, les intellectuels de tout poil, il n’épargne personne et nous fait rire de ce kaléidoscope des stéréotypes qui hantent nos sociétés. Cruel et pince-sans-rire, ce personnage dont on ne pourra jamais connaître le nom ni démêler la vie, fait monde par ses histoires qui trimbalent une réalité intrinsèque.
Touchant aux larmes dans son rôle de doux-dingue, Mazzuchini, seul en scène ou quasiment (deux passages éclairs de Marilyne Le Minoux et une autre intervention rapide), fait preuve d’une énergie impressionnante. L’heure et demie que dure le spectacle semble presque trop courte, et il nous arrive parfois de douter que l’homme soit en train de jouer un rôle tant il s’amuse à nous apostropher et semble toujours sincère et rigolard. ¶
Lise Facchin
Les Trois Coups
1. Le Décaméron, célèbre œuvre littéraire de Boccace, est devenue par la suite un procédé littéraire qui consiste en une narration dans laquelle un tas de petites histoires sont intriquées.
Mythomane, de Serge Valletti
Conception : Christian Mazzuchini
Mise en scène : Christian Mazzuchini
Avec : Christian Mazzuchini
Lumières : Jean-Pierre Chupin
Scénographie : Maryline Le Minoux
Collaboration artistique : Alain Reynaud, Maryline Le Minoux, Jean-Pierre Chupin
Photo : Maryline Le Minoux
Théâtre Victor-Hugo • 14, avenue Victor-Hugo • 92220 Bagneux
Festival Auteurs en acte : écriture des résistances, du 6 au 14 novembre 2009
Réservations : 01 42 31 60 50
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
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« Depuis notre débat sur le Off d’Avignon, j’ai eu l’occasion de “lire” votre site critique, et j’en ai été très heureux. Parce que j’apprends des choses dont les médias parisiens ne m’informent pas et parce que les critiques sont de bonne qualité. Continuez bien ! Tous mes vœux à vous et aux “Trois Coups” ! Amicalement. » Gilles Costaz, critique dramatique à « Paris-Match », « les Échos », « Politis », « le Magazine littéraire », « l’Avant-scène Théâtre »…
« Nous tenions à vous dire bravo, nous applaudissons des deux mains, votre site est admirablement bien fait. Vous (toute l’équipe) aimez le théâtre et vous savez faire partager votre passion… » Marie-Céline Nivière et Dimitri Denorme, « Pariscope », rubrique “Théâtre”
« “Les Trois Coups”, c’est une pépinière de critiques. Ils sont acteurs, étudiants […], tous raides amoureux de théâtre. Une quarantaine à aller au théâtre et à écrire sur les spectacles. » Jean-Pierre Thibaudat, « Rue 89 », blog “Balagan”
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