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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 15:22

El-Malek : la mélodie
des sources


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


David el-Malek est surtout connu comme « sideman », ou comme coleader avec Baptiste Trotignon. Il se présente ici comme leader de son octette. La soirée est placée sous le signe de la décontraction, telle une veillée entre amis.

Pour le public qui a pu entendre El-Malek dans Misery avec Laïka Fatien, le changement est brutal. Le spectacle présenté ce soir, issu de l’album Music from Source (2008), est très éloigné du swing de Lady Blue. Ce nouvel opus permet à El-Malek (saxophone ténor et soprano) de revisiter le folklore israélien à la tête d’un sextette de cuivres, où brillent Yoann Loustalot (bugle et trompette) et Thomas Savy (clarinette basse et saxophone ténor), formation complétée par Jules Bikoko Bi N’Jami (contrebasse) et Daniel Garcia-Bruno (percussions et batterie). Le spectacle, comme l’album, est fait de compositions originales ou d’arrangements sur des musiques qui ont baigné l’enfance du musicien. Né à Pantin, mais ayant vécu ses dix premières années en Israël, David el-Malek s’inspire de musiques liturgiques, folkloriques et judéo-espagnoles.

Une nostalgie teintée de drame

La première pièce, les Sept Fils d’Hanna, donne le ton de la soirée : une mélodie orientale aux allures de méditation, où El-Malek et ses saxophones sont très présents. Il semble comme perdu dans une sorte de contemplation d’où il a du mal à sortir. On retrouvera cette gravité, cette solennité dans Kyria ou dans Solomon’s Temple, avec une tension dramatique perceptible dans ce dernier morceau. Le Livre des rois, lui, mêle la joie rythmée des percussions à une nostalgie teintée de drame, présente surtout dans l’introduction à la contrebasse. Antiochus IV, avec ses tutti de cuivres, a parfois des allures de musique royale, mais on y entend clairement un écho oriental, souligné par le rythme d’un instrument proche du bendir. Sion, pour sa part, est une transposition de danse folklorique, aux allures de fête, et le public se prêtera volontiers au jeu d’en marquer le rythme en battant des mains.

david-el-malek gildas-bocle

David-el-Malek | © Gildas Boclé

Les musiciens du quintette de cuivres, qui entourent le leader, sont peu sollicités comme solistes, à l’exception de Yoann Loustalot et de Thomas Savy. Ceux-ci se voient confier quelques très beaux solos ou duos, comme celui de la clarinette et d’un tambourin dans le Livre des rois. Les autres se comportent d’ailleurs plutôt en musiciens classiques qu’en sidemen de jazz. Quant à Julien Bikoko, à la basse, ou Daniel Garcia-Bruno, aux percussions, les compagnons de Quartet Est, la première formation d’El-Malek, on sent leur proximité et leur complicité avec le chef, qui leur laisse de beaux espaces d’expression. Par ailleurs, Bikoko assure impeccablement, avec sa contrebasse, les fondations rythmiques auxquelles Garcia-Bruno et ses percussions viennent conférer leur couleur orientale.

Ces mélodies sont très prenantes

Le résultat est une omniprésence du soliste, le seul à bénéficier de longues plages d’improvisation. David el-Malek semble s’y lancer à corps perdu comme un plongeur au long cours. Ces mélodies, qui semblent sorties du fond des âges, sont très prenantes et elles invitent l’auditeur à faire sienne la méditation du musicien et à le suivre dans une sorte de chemin introspectif et spirituel. On songe par instants à Coltrane.

David el-Malek a voulu cette soirée sans cérémonial, peut-être pour installer une atmosphère proche de la musique traditionnelle, ce qui est difficile dans la grande salle Vilar, avec ses mille places. Ainsi, le spectacle prend, parfois, les allures d’une répétition publique commentée. Le jazz, ses standards et ses clichés sont très loin, et le public semble avoir du mal à repérer les liens harmoniques subtils que David el-Malek a tissés entre son héritage oriental et la musique que l’on appelle d’ordinaire « jazz ». 

Jean-François Picaut


Music from Source, de David el-Malek

Harmonia Mundi Music • C.D., 31 octobre 2008 • ASIN B001B2KUOM

Avec : David el-Malek (saxophones ténor et soprano), Yoann Loustalot (bugle et trompette), Thomas Savy (clarinette basse et saxophone ténor), Éric du Fay (cor), Denis Leloup (trombone), Didier Havet (tuba), Jules Bikoko Bi N’Jami (contrebasse) et Daniel Garcia-Bruno (percussions et batterie)

Théâtre national de Bretagne, Centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Réservations : 02 99 31 12

8 décembre 2009 à 20 heures

Durée : 1 h 30

23 € | 12 € | 8 €

www.t-n-b.fr

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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