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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Mozart méritait mieux
Dans la catégorie « les génies sont des hommes comme nous », Jean-Claude Drouot s’attaque à la correspondance entre Mozart et son père. C’est raté.
Il n’est certes pas aisé de rendre théâtral un texte qui n’est conçu ni pour être lu en public, ni a fortiori pour être joué au théâtre. Mais quand même. On est d’abord plutôt intéressé par le décor : meubles et accessoires d’époque occupent nonchalamment le beau volume de la scène, formant un contraste plutôt réussi avec les parpaings et poutres apparents. Arrivent ensuite les trois comédiens, en simple costume de ville noir. Jean-Claude Drouot prend place dans un gros fauteuil sur le côté du plateau. Le pianiste s’assied sur son petit tabouret. Quant à Renaud Drouot, il occupe le reste du plateau. On serait tenté de dire : il s’occupe…
Cette configuration reste la même pendant on ne sait combien de temps. Trois quarts d’heures ? Jean-Claude Drouot reste vissé à son fauteuil. Quel statisme ! Voilà qui symbolise bien l’impression d’ensemble qui se dégage de ce spectacle : paresseux. Le choix a semble-t-il été fait de se reposer sur le texte. Bonne idée en effet, car c’est la vivacité de la plume de Mozart, en contraste avec les remontrances ou les inquiétudes de son père, qui est surtout remarquable. Pour le reste, rien de nouveau sous le soleil d’Avignon. Rien n’est fait pour dynamiser le texte : une lecture qui se serait présentée comme telle aurait été tout aussi, sinon plus convaincante.
« Mozart père et fils »
En effet, il y a bien des passages musicaux, interprétés par Renaud Drouot et Enio Di Tanna. Mais ces morceaux, non replacés dans leur contexte, restent purement décoratifs si l’on ne sait pas les identifier et comprendre en quoi ils correspondent au texte parlé. Un comble, quand il est justement question, dans une des lettres de Léopold, de bien « penser au public non musical »… Le choix des passages ne fait d’ailleurs pas toujours preuve d’une grande originalité, comme le « Lacrimosa » du Requiem au moment de la mort du père.
On réalise aussi rapidement que la voix de Jean-Claude Drouot est amplifiée, restituée par des enceintes, sans aucune raison apparente. C’est vraiment horripilant : nous sommes au Théâtre des Carmes, pas au Stade de France, que diable ! Là encore, l’idée d’une certaine paresse pointe, de plus en plus agaçante. Drouot père dit d’ailleurs son texte avec une certaine truculence, mais du coup ses deux acolytes sont vraiment réduits au rôle de figurants, et l’annonce faite sur le programme se révèle un pétard mouillé : « un accord parfait, que seuls un père et un fils pouvaient incarner ». Tu parles ! Le fils ne fait rien que pousser de temps en temps la chansonnette, tandis que le père assume la lecture non seulement des lettres de Léopold, mais aussi de Wolfgang. Renaud Drouot est d’ailleurs encore desservi par le seul effet scénique notable du spectacle, à savoir endosser petit à petit un costume plus ridicule qu’élégant : bas, hauts-de-chausses, chemise à jabot, gilet et manteau sont tous rouge vif avec des dorures, faisant ressembler le pauvre Mozart à son effigie d’opérette, celle qui trône sur les camemberts, porte-clés et autres colifichets pour touristes.
Pour mieux connaître la relation de Mozart avec son père, mieux vaut donc sans doute aller directement à la source et lire sa correspondance, ou bien encore aller voir le très beau film de René Féret, Nannerl, la sœur de Mozart. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Mozart père et fils, d’après la correspondance de Léopold et Wolfgang Amadeus Mozart
Compagnie Jean-Claude - Drouot • 11, rue de Seine • 91000 Évry
Avec : Jean-Claude Drouot, Renaud Drouot, Elio Di Tanna
Assistante : Élise Arpentinier
Costumes : Renato Bianchi
Lumières : Emmanuel Drouot
Théâtre des Carmes - André-Benedetto • 6, place des Carmes • 84000 Avignon
Réservations : 04 90 82 20 47
Du 20 au 31 juillet 2010 à 15 h 45
Durée : 1 h 10
15 € |10 € | 7 €
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