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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Wolfyyyyyyyyyyyyyy !
Palais des sports à Paris, « Mozart, l’opéra rock » : attention, artillerie lourde ! Mais il serait vraiment dommage de bouder son plaisir face à ce spectacle ébouriffant.
L’histoire débute au moment où le jeune Mozart décide de quitter le service du prince-archevêque Colloredo à Salzbourg pour aller tenter sa chance dans les cours
d’Europe. Un vrai crétin, ce Colloredo : non content de se comporter en minable tyranneau, il n’entend rien à la musique de Wolfgang. En tout cas, Wolfgang justement, nous on a tout de
suite envie de l’aimer. Sa musique n’est certes pas mal, mais surtout, il est joué par un comédien-chanteur au top : Mikelangelo Loconte, sorte d’Errol Flynn lyrique virevoltant
avec brio dans sa redingote léopard.
Il fallait en effet un Mozart survitaminé pour exister dans cet incroyable déploiement de sons (« trop de notes », comme aurait dit à Mozart l’empereur Joseph II) et de lumières. On est agacé par la légère réverbération qui empêche parfois de bien comprendre les dialogues et surtout les paroles des chansons. Dans Amadeus, le film de Milos Forman, un Mozart exalté expliquait à l’empereur d’Autriche que le miracle d’un opéra consistait précisément à faire chanter en même temps plusieurs personnages sans que l’ensemble donne un brouhaha incompréhensible. Eh bien, pour le coup, c’est un peu raté…
Qu’importe : dans l’ensemble, les chansons emportent l’adhésion par l’énergie des chanteurs et des musiciens qui jouent en direct sur une estrade à côté du plateau. Cette déferlante efface en grande partie les autres défauts, comme le personnage insupportablement mièvre de Constance, la femme de Mozart. Aussi rose qu’une poupée Barbie, la voici qui se lance dans plusieurs airs nunuches, et le style vocal de Diane Dassigny va hélas tout à fait dans ce sens. Et certains chœurs, au son très lisse, n’étaient-ils pas en play-back ?
Ce doute est encore une fois balayé par le tempo prestissimo qui force l’admiration : les décors sont splendides et nombreux et changent à un rythme hallucinant. Les décorateurs osent même des références inattendues dans une grosse production comme celle-ci. Ainsi, cette très belle reproduction en grand format d’une gravure de Hogarth, artiste anglais du xviiie siècle, pour servir de décor à une soirée entre amis chez les Mozart. Ces décors impressionnants sont surtout puissamment animés, en premier lieu par des jeux de lumière variés et contrastés, vraiment très spectaculaires. Mais ils vivent aussi du mouvement des nombreuses chorégraphies qui mêlent habilement danse classique et moderne, avec pointes et costumes façon gothico-xviiie.
À la mise en scène, Olivier Dahan surfe toujours sur la vague populaire des artistes géniaux, leur gloire, leur décadence, leur mort tragique. Édith Piaf, Mozart… À quand Cloclo et son ampoule ? Toujours est-il que le bonhomme a indéniablement le sens du spectacle. Autres surfeurs professionnels : les producteurs Dove Attia et Albert Cohen, véritables Dupont et Dupond de la comédie musicale, qui ont su récupérer Amadeus et sa vision décapante d’un Mozart rebelle et déjanté, mais aussi Marie-Antoinette de Sofia Coppola qui, le premier, juxtaposait robes à panier et musique rock. On ne peut donc pas dire que ce Mozart brille par le caractère innovant de son approche… Mais il a beaucoup d’autres qualités qui suffisent amplement à notre plaisir. ¶
Céline Doukhan
Les Trois Coups
Mozart, l’opéra rock, de Dove Attia
Livret : Dove Attia et François Chouquet
Mise en scène : Olivier Dahan
Assistant à la mise en scène : Mathias Honoré
Chorégraphie : Dan Stewart
Avec : Mikelangelo Loconte, Diane Dassigny, Florent Mothe, Melissa Mars, Solal, Maeva Méline
Musiciens : David Salkin, William Rousseau, Jean-Pierre Pilot, Olivier Schultheis, Nicolas Fitzmann
Textes des chansons : Dove Attia, Patrice Guirao, Vincent Baguian
Compositions : Rodrigue Janois, William Rousseau, Olivier Schultheis, Jean-Pierre Pilot, Elio, Antoine Essertier, Lilitoy, Nicolas Luciani, Philippe Uminski, Apocapyptica, Socalled, Rémy Lacroix, Dove Attia
Décors : Alain Lagarde
Directeur technique : Jérôme Putinier
Réalisateurs artistiques : Olivier Schultheis et Jean-Pierre Pilot
Palais des sports • 1, place de la Porte-de-Versailles • 75015 Paris
Du 22 septembre 2009 au 3 janvier 2010
Réservations : www.ticketnet.fr
Durée : 2 h 30, avec entracte
De 25 € à 85 €
Tournée en 2010 :
Lille, Strasbourg (février), Metz, Rouen, Caen, Le Mans (mars), Nantes, Bordeaux, Genève, Bruxelles (avril), Dijon, Lyon, Saint-Étienne, Montpellier (mai), Nice, Marseille, Toulouse, Limoges (juin)
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