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8 mai 2014 4 08 /05 /mai /2014 16:22

Et moi, et moi, et moi !


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Spectacle pseudo-poétique d’une grande platitude, « Monsieur Belleville » cumule jeux de mots faciles, variété sucrée, et complaisance égotiste. On attend par contre en vain la rencontre annoncée avec le quartier. Quelle déception !

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« Monsieur Belleville » | © D.R.

Avant que Thibault Amorfini n’ouvre la bouche, on est plein d’espoir. Le programme annonce de belles intentions. Avant d’arriver au théâtre, on a cheminé dans les rues bigarrées de Belleville, puis on a été accueilli par un dispositif amusant qui brouillait la frontière entre la salle et le plateau. Sur scène passent maintenant les belles images floues d’une vision myope.

Quand l’auteur et interprète principal de Monsieur Belleville se met à parler, on commence à s’inquiéter car le texte est très écrit. L’écrivain semble même s’écouter. On se demande donc s’il va passer la rampe. Cependant, on est charmé encore par l’audace d’un verbe qui s’affirme. On entend des échos de Baudelaire, de Wedekind ou de Breton quand la rencontre avec une passante est célébrée, par exemple. Et quand cette belle (elle est vraiment très belle), devenue spectatrice, sourit et s’émeut, on suit. On partage le trouble. Ce pourrait être délicieux. Malheureusement, comme chez Breton d’ailleurs, la femme reste un prétexte. Le sujet, le centre, c’est l’écrivain bavard.

« Je ne sais pas pourquoi je te raconte tout ça »

De fait, très vite, ce dernier crée le vide autour de ses mots. On ne voit plus la vidéo pourtant parfois ingénieuse car on n’entend que le texte. Et même, exit Belleville. Voici venu le règne d’une incarnation factice : « Monsieur Belleville ». Du quartier, on a filmé des vues (au soleil, sous la pluie, sous la neige…), des passants qui ne s’arrêtent pas. Les seules personnes qui ont droit à quelques minutes de pellicule, ou qui occupent momentanément le plateau sont les comparses de Thibault Amorfini. Et ils ne sont pas toujours très convaincants. Étrange conception de la rencontre, tout de même. D’ailleurs, le spectacle commençait à la deuxième personne, mais très vite le « je » s’impose, écrasant. « Les passants passent ; sous ma plume, ils brillent » *, prétend l’auteur. Rien n’est moins sûr.

Certes, il faut les épaules pour tenir presque seul un plateau. Il est difficile d’être auteur, vidéaste et interprète. Pour preuve, justement, ce spectacle sans cohérence où le sexe est dépourvu de tout érotisme, où les échos de la réalité ne nous parviennent pas. « Il faut prendre des nouvelles du monde » maugrée M. Belleville. Et l’on dirait à l’entendre qu’il s’agit d’un pensum pour l’artiste. Un journal à peine ouvert finit ainsi systématiquement par terre… Ajoutons qu’on endure des chansonnettes mièvres et chantées avec une voix sucrée, des fantaisies aux jeux de mots usés jusqu’à la corde (par exemple, un jeu sur la vente du « rien »). Résultat : si le personnage s’endort sur un trottoir, on s’endort sur son siège. On n’attend qu’une chose : sortir pour retrouver la poésie de la ville, de la rue, sans apprêt. 

Laura Plas


* La citation est approximative. Nous avons résisté à l’invitation faite en fin de spectacle d’acheter l’œuvre.


Monsieur Belleville, de Thibault Amorfini

Texte publié aux éditions L’Œil d’or

Cie des Treizièmes • 17, rue Hoche • 93100 Montreuil

06 03 81 52 36

Site : www.lestreizièmes.free.fr

Courriel : lestreizièmes@gmail.com

Mise en scène : Brigitte Sy

Avec : Thibault Amorfini, Erwan Daouphars en alternance
avec Ludovic Lamaud, Céline Groussard en alternance avec Hélène Viviès

Vidéo : Thibault Amorfini, Boris Carré, Caroline Grastilleur, Le Collagiste

Assistant à la mise en scène : Ludovic Lamaud

Musique : Aurore Juin

Participation vidéo : Laurent Bréchet, Slim el-Hedli

Scénographie et création lumières : Boris Van Overtveldt

Théâtre de Belleville • 94, rue du Faubourg-du-Temple • 75020 Paris

Métro : lignes 2 et 11, arrêt Belleville

Réservations : 01 48 06 72 34

Site du théâtre : www.theatredebelleville.com

Du mercredi au samedi à 19 h 15 jusqu’au 31 mai, du mardi au samedi à 21 h 15 à partir du 3 juin, le dimanche à 20 h 30

(Relâche les 25 mai ; 14, 20, 24, 29 juin)

Durée : 1 h 15

25 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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