Assez décevant
Le joli écrin boisé du Studio de l’Épée-de-Bois accueille en cet après-midi automnal des paroles maternelles. Ce sont huit monologues, qui nous dressent un panorama non exhaustif de la maternité. Des mères aux histoires plutôt douloureuses, aux enfants souvent cabossés, mais qui continuent coûte que coûte d’aimer. Huit monologues de Sylvie Chastain, derrière lesquels on sent une sincérité, un cœur débordant, une envie de faire entendre des mots vivants et vrais. Dans le travail des deux comédiennes et dans la direction de leur metteur en scène, on perçoit parfaitement le désir de rencontrer les spectateurs dans une humanité touchante. Mais la démarche de ce spectacle a beau être emplie des meilleures intentions, le résultat théâtral, lui, n’opère pas vraiment.
e sont, donc, huit monologues de femmes. Ils sont portés par deux comédiennes, Raquel Iruzubieta et Christine Gagnepain, qui nous parlent l’une après l’autre,
tout en restant ensemble sur le plateau. Les personnages nous racontent leurs failles, leurs souffrances, leurs incompréhensions. La lumière, aussi, puisée dans l’amour pour leurs enfants,
au-delà de toutes les difficultés. Les mères qui s’esquissent sous nos yeux nous racontent l’amour inconditionnel, le renoncement, la maman qui veille toujours et aime sans cesse. Et,
personnellement, cet espèce de consensus autour de pasionarias de la maternité m’a très vite fatiguée, voire agacée. Il m’a semblé que ces mères, toujours positives, tiraient le spectacle vers
une sorte de complaisance, une facilité tire-larmes assez déplaisante, car elle plonge volontairement dans le pathos.
Mais si j’avais cru aux personnages, je crois que j’aurais aisément passée outre ce désir un peu maladroit de susciter la compassion et l’émotion chez les spectateurs.
Malheureusement, je n’y ai pas ou peu cru, à ces personnages. Les textes en eux-mêmes font des comédiennes des narratrices : ces femmes viennent se raconter, nous raconter. La simplicité
choisie pour la plupart des monologues par le metteur en scène pourrait être positive : une femme parle au public, face à face, sans masque. Mais, ici, ce dépouillement entraîne
malheureusement une non-crédibilité des personnages. Et, par voie logique de conséquence, à un rapide ennui. Car j’ai vu des comédiennes, seulement. De bonnes comédiennes, même. Qui ont investi
leurs émotions pour nous raconter des personnages. Cependant, ces personnages, eux, sont demeurés aux abonnés absents, laissant une insoluble béance creusant peu à peu une distance entre la
scène et la salle. En effet, je suis prête à tout entendre de la part de personnages. Même la complaisance, même la maladresse, même le désir un peu forcé d’émouvoir. Mais quand la frontière
devient floue, quand je ne suis plus sûre que c’est le personnage qui me parle, et non l’auteur, le comédien ou le metteur en scène, je ne parviens pas à être touchée. Je vois l’artifice. Je
vois le théâtre. Et, alors, je ne rêve plus.
Par ailleurs, le procédé de mise en scène choisi par Hervé Bernard Omnes donne lieu à des moments assez fastidieux, assortis d’un rythme d’ensemble plutôt lourd. Ainsi, le début du spectacle annonce une tendance à l’explicatif qui ne sera pas démentie par la suite. Une femme parle. L’autre nous regarde et ponctue les mots de la première avec des mouvements de la tête ou des expression faciales exprimant des émotions. Puis une bande-son interminable (bruits urbains et texte enregistré) s’accompagne d’un prolongement de cette gestuelle, dans une espèce de monologue corporel excessif, franchement indigeste. La suite, heureusement, est moins pesante, mais le rythme du spectacle s’enfonce alors dans un ronron. Les textes s’enchaînent sans surprise, on repère même dans les intonations des comédiennes les moments où « c’est à l’autre de parler ». Le « ronron » néanmoins n’est pas désagréable : on entend parfois, on sourit par moments, on écoute en tout cas. Mais sans être touché. Sans vraiment voyager. Je n’ai pas été touchée. Je n’ai pas quitté le siège inconfortable du théâtre. Et, sans la sensation de partir, sans l’émotion intérieure, sans l’envie d’en entendre plus, je bloque. Même si je reconnais les intentions louables, je ne peux pas dire « j’ai vécu un beau moment de théâtre ». ¶
Élise Noiraud
Les Trois Coups
Mères veilleuses, de Sylvie Chastain
Alno éditeur
Compagnie Le Théâtre de…
Mise en scène : Hervé Bernard Omnes
Avec : Christine Gagnepain et Raquel Iruzubieta
Scénographie : Hervé Bernard Omnes
Musique : Kidedo
Lumières : Hassen Sider
Régie : Antoine Deroche
Théâtre de l’Épée-de-Bois • la Cartoucherie • route du Champ-de-Manœuvre • 75012 Paris
Réservations : 01 48 07 39 74
Du 8 au 25 octobre 2009 à 20 h 30 et les dimanches à 16 heures
Durée : 50 minutes
13 € | 9 €
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