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24 juillet 2010 6 24 /07 /juillet /2010 14:00

« Mémoire de papillon » :
faire bouger les cadres


Par Fatima Miloudi

Les Trois Coups.com


Rencontre d’un comédien et d’un danseur. À eux d’eux, deux ailes de papillon. Prêts à prendre leur envol pour s’éloigner des clichés. Une mémoire qui retrouve l’innocence de l’enfance et se défait des assignations.

memoire-de-papillon yves-petitLa scénographie affirme d’emblée le propos. De grands cadres – certains bâchés de blanc ; un seul, au centre, découvert – représentent, par leur proportion, les immeubles d’une banlieue. Une projection vidéo viendra figurer leur présence effective, à la fois dans l’étendue et dans le morcellement – les cadres coupant la continuité de l’image. À cet égard, le cadre peut avoir un sens double. Dire l’aspect compartimenté, communautaire, du monde aussi bien que sa diversité. « C’est pas une histoire de banlieue, c’est une histoire de frontières entre humains », dira M. C’est aussi, évidemment, la nécessité de faire bouger les cadres, les lieux communs. Leur déplacement dans l’espace du plateau crée un souffle nouveau – au sens propre : il est physiquement généré par les mouvements du danseur. Jouer avec les cadres, c’est conduire le spectateur à changer de perspective, modifier son regard. C’est, comme le dit Mohamed Guellati, « sortir du cliché et s’humaniser ». Mais qu’est-ce qui motive cette nécessité ? L’innocence envolée un jour. Une question, alors que tout avait sa place. « Immigré ? Ah ! bon ? » L’enfant qui rentrait dans la case indifférenciée de « fils d’ouvrier » se découvre, tout à coup, étranger sous le regard du Français. « Où a commencé la distance ? »

« La même soupe »

M. se tient là, devant l’immeuble de la Sonacotra qui va connaître ses dernières minutes avant son effondrement. Il pense revoir d’anciennes connaissances. Personne n’est là, si ce n’est un homme plus jeune que lui. La différence de l’âge mettra, néanmoins, en valeur les ressemblances. Une succession de tableaux raconte les souvenirs communs tandis que les références télévisuelles n’affirment qu’une chose – de Johnny à Zorro, des « Dossiers de l’écran » à « Chapi Chapo » : les enfants français ou immigrés, ont tous mangé « la même soupe ». Jusqu’à la réconciliation avec l’Allemagne, clame M. : « On l’a faite, nous aussi ». Avant de cerner, de cadrer et dire que c’est une pièce politique, il vaut mieux en dire que c’est une pièce humaniste. « Je ne suis pas en colère, dit encore M., je t’explique ce que tu ne veux pas comprendre. »

Alors, afin de ne pas tomber dans les ornières de la pièce estampillée « engagée », on rit beaucoup. Un esprit de dérision court tout le long du spectacle. Ainsi, de la scène de dispute, qui d’une broutille devient un conflit de quartiers, où enfants, mères et pères s’invectivent. La manière de commenter la scène, casque sur les oreilles, comme un journaliste sportif, est désopilante. C’est aussi, forcément, l’arrivée du mouton-baignoire-vélo qui synthétise la fête de l’Aïd ou les gandouras pour le carnaval de la fête de l’école. Rire et émotion marchent de concert. Le monologue en voix off, sous le regard bleu projeté sur les toiles, est un véritable moment d’écoute. La voix, détachée de la présence de M., rend encore plus sensible sentiment et pensée. L’émotion ne fera, dès lors, que croître, jusqu’à la dernière évocation du papillon, souvenir d’un moment photographié d’enfance, et l’envol de K. La scène, jonchée des décombres de l’immeuble ou des cadres enfin détruits, laisse chacun à sa solitude. Une fin qui ouvre sur un envol non exempt de peur. Mais, semble dire le dernier geste du danseur, le cœur – la lampe posée en lieu et place – bat toujours. 

Fatima Miloudi


Mémoire de papillon, de Mohamed Guellati et Kader Attou

Cie La Grave et Burlesque Équipée du cycliste • Besançon

Mémoire de papillon de Mohamed Guellati, publié dans le recueil Tomber la frontière !, éditions l’Harmattan, octobre 2007

Texte et interprétation : Mohamed Guellati

Chorégraphie et interprétation : Kader Attou

Mise en scène : Mohamed Guellati avec la complicité de Kader Attou

Assistante à la mise en scène : Claire Mathaut

Dramaturgie : Mohamed Guellati, Claire Mathaut

Création lumière et direction technique : David Mossé

Régie plateau et régie son : Julien Mariotte

Choix vidéos, musiques et images : Kader Attou, Mohamed Guellati

Mise en image, mise en son : Kader Attou

Assistante montage vidéos : Élisabeth Guthmann

Voix : Claire Mathaut et Kader Attou

Scénographie : Claude Acquart (Les Bains-Douches)

Costumes : Stéphane Thomas

Crédit photo : © Yves Petit

Vidéo du spectacle : Mathias Papigny

La Manufacture • 2, rue des Écoles • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 85 12 71

Du 8 au 27 juillet 2010 à 16 h 20, relâche le 19 juillet 2010

Durée : 1 h 55 (trajet en navette compris)

17 € | 12 € | 6 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Léa 25/03/2011 20:24



Bonjours j'aimerais savoir quels sont les titres des musiques qui sont dans la pièce car je les ais vraiment beaucoup aimés et j'aimerais beaucoup les réécouter car elles sont vraiment magnifique
merci de bien vouloir me répondre 



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