Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
21 janvier 2014 2 21 /01 /janvier /2014 20:45

Le cirque comme une arène


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Deux cirques pour le prix d’un, et un spectacle sans prix : « Matamore ». C’est le rêve d’un cirque tout droit sorti d’une toile de Seurat. C’est un spectacle mélancolique et cruel sur les rapports que tisse le cirque avec la mort et la douleur, mais dont on sort content.

matamore-615 jean-pierre-estournet

« Matamore » | © Jean-Pierre Estournet

Prenez deux compagnies aux univers bien dessinés : Le Cirque Trottola et Le Petit Théâtre Baraque. Mélangez tout cela avec une bonne dose d’amitié. Faites couver sous un chapiteau aux allures d’arène : tout d’or et de rouge orné. Et voici Matamore ! Matamore ? Drôle de nom… Rien de fanfaron dans ce spectacle pourtant. Chaque artiste a su trouver sa place, faire ses petits tours de piste puis s’en aller pour qu’un autre apparaisse. Clowns blancs ou noirs, Hercule de foire dérisoires : tous ces personnages ont un petit air fatigué. Le colosse a beau bomber le torse, il fait penser au dernier des hommes * ou à ces clochards qui balbutient et se soutiennent à peine dans nos rues. Ils sont ainsi des monstres magnifiques qui comme ceux des films de Fellini nous tendent le miroir de notre cruauté.

Car nous devenons matadors. Nous matons la mort, la douleur aussi. De fait, la piste se trouve en contrebas. Nous la surplombons, voyeurs protégés par les gradins. Les saltimbanques, au contraire, doivent ployer l’échine pour entrer et sortir par de minuscules portes. Dans leur monde, on joue avec des pistolets, on mutile des clowns de papier, on oublie un pauvre trapéziste suspendu. On se malmène, on est en sueur. L’artiste ici semble en définitive assumer toute la douleur du monde, comme le pantin des créations de Kantor. D’ailleurs, ce n’est peut-être pas un hasard si, justement, une marionnette à taille humaine intègre la troupe dans un numéro magnifique.

L’univers de la corrida

En outre, musique, costumes et scénographie lorgnent vers l’univers de la corrida. Mais on pense aussi à une étrange morgue aux caissons surprises : les morts y reprennent vie, les artistes s’y abolissent. On n’est donc jamais au bout de son étonnement. Méfiez-vous des préjugés : la tendresse et l’insolite pointeront aussi le bout de leur nez. Par ailleurs, un beau travail sur la lumière laisse parfois dans l’ombre les visages ou les surexpose au contraire pour les laisser en pâture aux regards.

On rit, on s’ébaudit, on applaudit, mais on sent une forme de nostalgie. La musique faite de sons qui embarquent et de beaux airs est une réussite. Elle nous propulse dans un autre temps. En effet, Matamore a parfois des allures d’hommage. On y sent un amour profond pour le cirque d’antan avec ses paillettes, ses petits chiens de spectacle pauvre, ses clowns, ses numéros. Mais on n’assiste pour autant pas à un spectacle de cirque traditionnel. Par exemple, les numéros s’enchaînent avec une drôle de temporalité comme ralentie, presque onirique. Les transitions n’en sont pas. Matamore serait plutôt un cirque sorti d’un tableau de Chagall, de Seurat… d’un songe. Ce rêve serait commun à deux troupes et partagé avec le spectateur. On n’en sort pas indifférent. 

Laura Plas


* Le pauvre portier du film de Murnau.


Matamore, du Cirque Trottola et du Petit Théâtre Baraque

Mise en scène : Cirque Trottola et Petit Théâtre Baraque

Avec : Bonaventure, Branlotin, Mads, Nigloo, Titoune

Musiques et son : Thomas Barrière, Alain Mahé et Bastien Pelenc

Lumière : Nicotin

Costumes : Anne Jonathan

Espace cirque d’Antony • rue Georges-Suant • 92160 Antony

Site du théâtre : www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr

Réservations : 01 41 87 20 84

R.E.R. B : arrêt Les Baconnets (puis itinéraire fléché)

Du samedi 18 janvier au dimanche 26 janvier 2014, le samedi 18, le mardi 21, le mercredi 22 à 20 heures, les dimanches 19 et 26 janvier à 17 heures, le samedi 25 à 19 heures

Durée : 1 h 40

22 € | 16 € | 12 € | 7 €

À partir de 10 ans

Centquatre • 5, rue Curial • 75019 Paris

01 53 35 50 00

Du 8 octobre au 2 novembre 2014

les mercredi, jeudi et samedi à 20 heures, dimanche à 18 heures

http://www.104.fr/programmation/evenement.html?evenement=370

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher