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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 16:37

Vertige du pouvoir, banalité

de la mort


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Finaliste du prix Théâtre 13 des Jeunes Metteurs en scène, « Massacre à Paris » donne une lecture contemporaine d’un texte peu joué de Christopher Marlowe.

prix-theatre-13-2011-300On associe souvent Marlowe à son illustre contemporain Shakespeare. Et force est de constater qu’en voyant Massacre à Paris, on pense tout de suite à la célèbre expression tirée de Macbeth : « un récit conté par un idiot, plein de bruit et de fureur, et qui ne signifie rien ». L’idiot, c’est ce pauvre roi coiffé d’une couronne de pacotille et manipulé comme un pantin par sa mère, c’est-à-dire Charles IX et Catherine de Médicis peu avant la nuit de la Saint-Barthélemy. Ce roi est joué par un comédien curieusement abonné aux rôles de cette période : Grégoire Leprince-Ringuet, déjà vu dans la Belle Personne, adaptation filmée de la Princesse de Clèves, mais aussi dans la Princesse de Montpensier, situé exactement à la même époque. Les fans ne seront pas déçus par sa prestation à l’intensité grandissante, dans quatre rôles différents.

Il y a aussi « le bruit et la fureur ». Ça hurle, ça tue dans tous les sens : protestants comme catholiques, à travers les figures sanguinaires et cyniques d’Henri de Navarre (le futur Henri IV, joué par Étienne Durot, très convaincant) et Henri de Guise (Jean-Christophe Legendre), vont pendant une heure et demie de complot en vengeance, d’assassinat en coup d’État. C’est un spectacle où la violence physique et verbale tourne à la fois à plein (par les mouvements sur le plateau, les dialogues, les scènes de torture et de meurtre) et à vide : quel est le sens de tout ceci ? La violence semble n’engendrer qu’elle-même. Au bout du compte, rien n’a changé. Au sortir de ce tourbillon de haine, les personnages n’ont pas évolué – du moins ceux qui ont survécu… Tout semble aussi indécis, prompt à s’enflammer, qu’au début de la pièce.

De nombreux ajouts modernes

La mise en scène souligne donc que cette histoire, en effet, ne « signifie rien ». Le texte original de Marlowe est truffé d’ajouts modernes décalés par rapport au contexte historique, soit par le biais d’anachronismes (on convoque le peintre Jackson Pollock), soit à travers des répliques au vocabulaire ou à la diction contemporaines. Manière de montrer que l’histoire se répète ? De dénoncer avec acidité le vide, la corruption du pouvoir ? On ne sait pas comment réagir. Doit-on rire ? Peut-être… À condition d’en avoir envie. C’est ce qu’ont fait un certain nombre de spectateurs. En tout cas, s’il y avait une intention franchement humoristique, elle n’était pas évidente.

C’est la même chose avec les multiples effets sonores et visuels : projections vidéo, bande-son, ou encore comédiens au visage peint en blanc sont autant de dispositifs dont la finalité n’est pas toujours très claire. On voit plus le procédé lui-même que le sens qu’il est supposé produire. Ou bien, à l’inverse, la démonstration est par trop visible, comme lors de la scène du massacre de la Saint-Barthélemy. On y voit le duc de Guise et ses sbires massacrer les protestants, puis leur étaler dessus, un peu laborieusement, de la peinture rouge, avant d’en projeter sur une toile blanche au fond du plateau.

En revanche, le pari de faire jouer tous les personnages (une vingtaine !) par seulement six comédiens était risqué mais a été tenu haut la main. Le spectacle est rythmé, et les nombreux changements de personnage se font avec fluidité. On arrive toujours à suivre le déroulement de cette fausse intrigue sans confondre les uns et les autres, grâce à des astuces de costumes et d’accessoires bien trouvées et à un très beau travail des comédiens, dont on salue cette performance engagée. 

Céline Doukhan


Massacre à Paris, de Christopher Marlowe

Mise en scène : Irène Favier

Avec : Alexandre Beaulieu, Jessica Berthe, Pauline Caupenne, Étienne Durot, Jean-Christophe Legendre, Grégoire Leprince-Ringuet

Costumes : Domitille Roche-Michoudet

Sons : Sébastien Wolf

Lumières : Thomas Rizzotti

Vidéo : Benjamin Kühn, Valentin Rivié

Théâtre 13 • 103 A, boulevard Auguste-Blanqui • 75013 Paris

www.theatre13.com

Réservations : 01 45 88 62 22

Le 10 juin 2011 à 20 h 30, le 11 juin 2011 à 20 h 30

Durée : 1 h 30

16 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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