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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
L’intellectuelle et le politique
Après un passage remarqué dans le cadre de sa résidence passée aux Nouvelles Subsistances, Gilles Pastor, metteur en scène de talent, présente aujourd’hui à L’Élysée, sa dernière création. À travers « Marguerite et François », ce dernier a choisi d’aborder deux figures majeures du xxe siècle, Marguerite Duras et François Mitterrand, à partir de l’ouvrage relatant une série de discussions entre la femme de lettres et d’engagement et l’homme politique.
Le choix des deux intervenants, tout d’abord, n’a rien d’anodin puisqu’à eux seuls, ils incarnent parfaitement une des problématiques propres à la pièce, celle des rapport entre l’intime et le politique. En effet, Patrice Béghain, figure marquante de la politique locale et nationale, incarne ici une certaine réalité de sa vie passée. Quant à Marief Guittier, c’est une grande comédienne à l’aura indiscutable. Ainsi le parti pris de Gilles Pastor n’est pas celui de l’imitation et encore moins de l’incarnation, mais bien celui de l’interprétation par deux personnalités remarquables pour leur charisme comme pour leur parcours.
La singularité du plateau, quant à elle, attire l’attention. En effet, les deux personnages, visibles de profil par le public, sont aux extrémités de ce qui pourrait faire penser à un plateau de défilé de mode. Ce dispositif confère ainsi une certaine hauteur, gage de leur supériorité médiatique. De même, le choix de mise en scène renvoie aux plateaux de télévision des années 1980. Une fois la discussion entamée, le regard des spectateurs ne cesse d’aller et venir d’un personnage à l’autre, tant les mots, coups de griffes et réparties impertinentes fusent à la manière de lancés de balle lors d’un match de tennis. À l’instar des tenues vestimentaires, les décors renvoient aux années 1980. On redécouvre le mobilier cossu, les fauteuils en velours vert kaki et autres cuirs au coloris chamois. L’ensemble se réfère à ce qui fut la grande époque du mitterrandisme, alors que les images d’archive de l’I.N.A. diffusées sur l’écran en arrière-plan du plateau retracent des épisodes marquants de la fin de vie des deux personnages.
« Marguerite et François »
Quant aux thématiques abordées, elles sont multiples : la Françafrique, la question de l’immigration, la Résistance… autant de sujets laissant découvrir l’intimité liant depuis toujours l’homme politique et l’intellectuelle. Les dialogues fonctionnent à la manière d’éclairages saisissants, comme autant de grilles de lecture visionnaire, permettent d’interpréter et de comprendre la France dans son histoire, dans sa tradition, jusqu’à la France d’aujourd’hui. De nombreuses réflexions sur la mort sillonnent également les discussions, situant la pièce au crépuscule de ces deux existences.
Marguerite et François évolue selon deux axes, allant de la lecture à la diction, de la distance politiquement correcte au rapprochement des deux interprètes sur le ton plus intime de l’amicale confidence. Les premiers moments un peu poussifs et le côté statique s’estompent au profit de l’intensité de la discussion. Les deux interprètes excellent dans leur rôle. La place de Gilles Pastor, enfin, spectateur du dialogue, crée une mise en abyme et permet de renouer avec le ton décalé, facilement identifiable dans les autres créations du metteur en scène.
Marguerite et François se laisse ainsi voir comme des images d’archives, comme un témoignage du passé, un éclairage au ton juste et subtil sur le souvenir de cette France des années 1980, où intellectuel et politique entretenaient encore des liens étroits. ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups
Marguerite et François, de Gilles Pastor
Compagnie Kastoragile • 44, rue de la Favorite • 69005 Lyon
06 99 62 66 89
Mise en scène : Gilles Pastor
D’après les Entretiens entre Marguerite Duras et François Mitterrand éd. Gallimard et les Entretiens audio (Frémeaux et associés)
Avec : Marief Guittier, Patrice Béghain
Adaptation et montage : Stéphane Patrice
Scénographie : Pierre David
Vidéo : Vincent Boujon et Gilles Pastor
Lumière : Yoann Tivoli
Direction technique et régie son : John Girard
Administration-production : Marjorie Glas
Production : Kastoragile, L’Élysée
Les cinq entretiens entre Marguerite Duras et François Mitterrand publiés chez Gallimard ont été réalisés de juillet 1985 à avril 1986, à l’initiative de Michel Butel, directeur de l’Autre Journal.
L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon
Métro : Guillotière
Réservations : 04 78 58 88 25
Du 31 mai au 5 juin 2010, 7 et 8 juin 2010 à 19 h 30
Durée : 1 h 20
12 € | 10 €
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