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21 novembre 2009 6 21 /11 /novembre /2009 15:46

Le grenier des merveilles


Par Jean-François Picaut

Les Trois Coups.com


La compagnie portugaise Circolando développe un travail collectif sur la maison. « Mansarda » (« la mansarde » ou « le grenier ») en constitue le dernier volet. Ce grenier, tous les ruraux le comprendront, est le lieu du retour à l’enfance et à ses merveilles : un pur délice.

mansarda ana-madureiraLe théâtre poétique : tel est l’univers de Circolando, pour peu qu’on accepte qu’il y ait un théâtre sans texte et une poésie non verbale. La pratique de la compagnie conjugue en les fusionnant plusieurs disciplines : le théâtre, la danse, les marionnettes, mais aussi le cirque et la musique. Tout cet univers se déploie dans un espace onirique, dépourvu d’une véritable logique narrative. Au fil des scènes, on reconnaît, fugitifs, les univers de Bachelard, de Louise Bourgoin, de Chagall, entre autres.

Le décor de Mansarda est un grenier, ou plutôt une charpente de grenier, incomplète : ouverte sur d’autres possibles ? Quand la scène s’allume, elle éclaire un groupe de vieillards, masqués et vêtus de hardes, que l’on devinait, accroupis côté jardin. Cette sorte de chœur mixte, personnage collectif, se meut avec lenteur pour un rituel que l’on devine ancestral : on se couvre la tête d’un petit tas de sel. Puis le groupe, en ondulant, gagne le centre du grenier où l’on répand ce sel avec des gestes d’antan qui rappellent la majesté « auguste du semeur ». La porte aux souvenirs est ouverte…

Un ballet d’arbres-femmes ouvre le bal avant de laisser la place à des hommes simiesques, auxquels succèdent des femmes-oiseaux. Celles-ci mettent en scène une parade nuptiale accompagnée de merveilleux chants d’oiseaux tirés des sifflets à eau de notre enfance. Une corde à linge ne porte pas seulement des habits mais leurs propriétaires. La poussière que l’on secoue est aussi celle de nos souvenirs, comme le fil qu’on tisse est celui de notre mémoire. Voici que surgissent d’antiques machines à coudre à pédales transformées en vielles qui nous donnent un concert en compagnie d’une crécelle et d’autres instruments à cordes aux formes originales, luth ou guitare. Puis, un homme-cheval a bien du mal à se tenir sur ses quatre sabots…

Une des plus belles séquences tourne autour du blé. Au centre du spectacle, lumineuse et joyeuse, elle nous rappelle l’importance du blé dans la civilisation rurale et le symbole d’abondance lié à la moisson. Elle s’ouvre par un superbe ballet de femmes-gerbes avant de dérouler toute la saga du blé, jusqu’au battage au fléau dans l’aire de la ferme et aux jeux amoureux dans la paille. Peu à peu, l’odeur de la paille fraîchement remuée s’étend dans tout le théâtre, car le travail de Circolando vise à stimuler tous les sens et pas seulement la vue et l’ouïe.

Mansarda illustre à merveille le manifeste de Circolando : « Tout au long de la vie, nous construisons un grenier-abri où nous gardons nos rêves-souvenirs fondamentaux. Les vécus, les histoires, les images que nous retenons pour pouvoir y revenir à chaque fois que nous le souhaitons. Au fond, une maison pour notre cœur. Une maison qui se confond avec nous et qui nous accompagne en permanence. Âgés, nous visitons ces greniers aux racines qui plongent dans une enfance lointaine et nous faisons vibrer librement les fils de la mémoire. Nous emmêlons la courbe du temps. Nous marchons en direction des débuts, nous allons vers le lieu où se trouve la demeure de nos rêveries… ».

On ne saurait mieux dire. Certains pourront regretter que l’image qui nous est donnée ne reflète pas, et de loin, la réalité avec sa dureté et sa complexité. Et il est vrai que Mansarda tient du conte de fées plus que de la chronique sociale. Mais il n’est pas interdit, même à l’âge adulte, de se délecter, sans en être totalement dupe, des contes de fées. Soyons reconnaissants à Circolando de nous faire croire, l’espace d’une représentation, qu’une rêverie théâtrale peut être aussi réelle que la dureté quotidienne. 

Jean-François Picaut


Mansarda, création collective

Circolando, Porto (Portugal)

Direction artistique : André Braga, Cláudia Figueiredo

Mise en scène et conception des décors : André Braga

Dramaturgie : Cláudia Figueiredo

Avec : Ana Madureira, André Braga, Graça Ochoa, Inès Oliveira, Inès Mariana Moitas, Joâo Yladimiro, Mafalda Saloia, Patrick Murys

Assistante mise en scène : Ana Carvalhosa

Composition musicale : Alfredo Teixeira

Construction : André Braga, Carlos Pinheiro, Nuno Guedes, Américo Castanheira, Sandra Neves, Alfreda Teixeira, Marte Costa, Lilia Catarina, Inés Mariana Moitas

Lumières : Cristóvão Cunha

Son : Harald Kuhlmann

Coordination construction : Nuño Guedes

Coordination technique : Cristóvão Cunhal

Régie plateau : Carlos Biana (coordination), Hugo Almeida, Nuño Guedes

Photo : Ana Madureira

Coproduction : Circolando, Prospero, centra cultural de Belém, Teatro national Sâo Joâo

Création à Lisbonne en septembre 2009 dans le cadre de Prospero, avec le soutien du Programme culture de l’Union européenne

Circolando est financé par le ministério da Cultura-Direcçâo general das artes et soutenu par I.E.F.P. ! cace cultural do Porto

Le Grand Logis • 10, avenue du Général-de-Gaulle • B.P. 17157 • 35171 Bruz cedex

Du 19 au 21 novembre 2009

Réservations : 02 99 05 30 62

Durée : 1 h 30

Renseignements :

Théâtre national de Bretagne, centre européen théâtral et chorégraphique • 1, rue Saint-Hélier • 35000 Rennes

Billetterie : 02 99 31 12 31

www.t-n-b.fr

17 € | 12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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