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21 juin 2010 1 21 /06 /juin /2010 18:06

Quelle voix/e pour un « Manifeste » ?

 

Ils sont auteurs, metteurs en scène, mais aussi compositeurs et paroliers. Ils sont deux, et vous les connaissez peut-être. Au moins de nom, grâce à quelques-uns de leurs spectacles qui ont fait le tour de la planète. Mais ces succès ne leur suffisent pas, ils veulent plus : un lieu officiel pour un genre reconnu. Jonathan Kerr et Jean-Luc Annaix ont tellement raison de manifester pour un « Théâtre musical populaire ». C’est une riche idée, et c’est revendiqué chez L’Œil du souffleur.

 

manifeste2Si je vous dis Jean-Luc Annaix, cela vous évoque-t-il quelque chose ? Son dernier gros succès, dont vous avez peut-être entendu parler, Battements de cœur pour duo de cordes, a rassemblé plus de 45 000 spectateurs en France et aux États-Unis. Cet auteur, metteur en scène et compositeur est aussi à la tête d’une compagnie nantaise, Le Théâtre-Nuit, spécialisée dans le spectacle chanté. Pour faire court, l’année dernière, Jean-Luc Annaix a notamment coécrit avec Michel Arbatz (un virtuose des mots, proche d’un Raymond Devos) sa pièce Prévert en octobre. Bref, que du talent ! Vitaminé par des paroles portées par le chant et la danse. Le genre de pièce dont on ressort tout gonflé de sourires et de rêves. Jonathan Kerr, non plus, n’est pas en reste côté théâtre musical. Talentueux auteur, comédien, chanteur, compositeur et metteur en scène – rien que ça s’il vous plaît ! –, il fait ses débuts dans deux comédies musicales archi-connues : Mayflower et Big Bazar. Dans Cabaret de Jérôme Savary, il décroche le premier rôle masculin. Et, en 2005, il reçoit le molière inattendu pour Camille C, une pièce émouvante sur la vie de Camille Claudel, dont il est l’auteur.

 

Vous l’aurez compris, Jean-Luc Annaix et Jonathan Kerr sont deux pointures, deux figures emblématiques du spectacle musical. Seulement, en France, quelle image a-t-on du théâtre chanté ? Entre les « super-productions-commercialo-détestables » de ces comédies musicales françaises et l’opéra bouffe d’un Offenbach, qu’y a-t-il au juste ? Et si, entre le Roi lion et la Belle Hélène, il existait une forme populaire et inventive ? Un espace « né d’un désir de rendre populaire et accessible l’opéra, la danse et le théâtre, sans jamais se départir d’un réel esprit d’innovation et de créativité » ? Un théâtre qui se démarque nettement « des entreprises mercantiles », doté de « démarches artistiques authentiques » ? Ce Manifeste, qu’ils écrivent, n’est pas seulement un simple coup de gueule d’un type de spectacle qui n’entre dans aucune catégorie officielle, mais aussi la volonté de redéfinir un genre – le théâtre –, dont on adore, en France, un peu trop délimiter les contours.

 

En clair, qu’ils le veuillent ou non, les Français baignent dans le diktat d’un classicisme encore frileux de mélanger les genres. Force est donc de rappeler, à juste titre, l’origine du chœur dans le théâtre antique ; ou l’influence d’un William Shakespeare et de ses comédies jouées, chantées et dansées ; ou bien encore celle d’un Molière et de ses comédies-ballets. Au lieu de cela, le théâtre musical souffre ! Il souffre d’écoles de théâtre qui n’enseignent pas assez le chant et la danse (rendons cependant hommage à l’école Charles-Dullin qui persiste et signe en ce sens). Il souffre de l’absence d’un lieu qui consacrerait son répertoire à un « théâtre musical populaire ». Il souffre d’institutions qui refusent d’accorder des subventions à un genre qui n’entre dans aucune case et dont le statut n’est pas assez défini, parce que trop hybride.

 

Et pourtant ! Que de succès avec le Cabaret des hommes perdus de Christian Siméon (molière 2007) ou l’Opéra de Sarah, d’Alain Marcel. Aussi, ils visent juste, Jonathan Kerr et Jean-Luc Annaix, lorsqu’ils ajoutent que ce type de spectacle, plus que vivant, « provoque [ un ] engouement ». Est-il encore nécessaire de prouver « l’effet miraculeux » que peut avoir le théâtre lorsqu’il est joué, mais aussi chanté et dansé ? Alors « auteurs, librettistes, compositeurs, comédiens-chanteurs, metteurs en scène, pédagogues », mais aussi, à tous ceux qui veulent faire entendre la voix de ce Manifeste, lisez et écoutez. Ils ont tellement raison ! 

 

Sheila Louinet

Les Trois Coups

www.lestroiscoups.com


Manifeste pour un théâtre musical populaire, de Jonathan Kerr et Jean-Luc Annaix

64 pages – 9 €

I.S.B.N. : 978-2-918–519010

Parution : octobre 2009

Aux éditions L’Œil du souffleur • 12, rue Lamartine • 75009 Paris

06 16 01 10 92

oeildusouffleur@hotmail.fr

www.oeildusouffleur.com

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Publié par Les Trois Coups - dans Livres | Revues | D.V.D.
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