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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« Mamma mia ! » Abba la sinistrose !
Un ouragan de bonne humeur, un raz-de-marée de drôlerie, un séisme d’énergie, une avalanche de plaisir… Qu’on se le dise, « Mamma mia ! » a bel et bien débarqué à Paris ! Explication d’un véritable phénomène planétaire.
« Mamma mia ! » | photo Brinkhoff-Mogenburg © Littlestar
Après le triomphe du Roi Lion joué sans interruptions pendant plusieurs années, le splendide Théâtre Mogador accueille cette fois Mamma mia ! dans une version entièrement adaptée en français et interprétée par une troupe française composée d’une trentaine d’artistes. Et si cette arrivée en France est un évènement si attendu, c’est bien parce que ce spectacle est déjà un phénomène. Lancée à Londres en 1999, cette comédie musicale a déjà été vue par plus de 45 millions de spectateurs dans 40 pays à travers le monde. C’est au tour de la France, où – tenez-vous bien – 10 000 billets en moyenne sont vendus chaque semaine au Mogador. En 2008, une adaptation cinématographique est même réalisée avec une distribution prestigieuse : Meryl Streep, Pierce Brosnan et Colin Firth. Un engouement planétaire aussi colossal a titillé notre curiosité, et les Trois Coups sont allés pousser les portes du Mogador pour participer eux aussi au « mariage le plus show de l’année ! ». Verdict ? On admet, on acquiesce, on approuve, on souscrit… on adore ! Ressortez Lycra, pattes d’eph’ et boas, les tubes du groupe Abba vont réchauffer l’hiver !
L’action du spectacle est assez simple, car elle relève d’une vraie gageure : tisser entre elles 22 chansons légendaires d’Abba pour parvenir à raconter une histoire originale. Il s’agit donc de Donna, une mère célibataire habitant une superbe île grecque, où elle a élevé seule sa fille Sophie. Avant de célébrer son mariage, celle-ci se lance à la recherche de son père inconnu pour qu’il puisse l’amener à l’autel au jour J. En lisant le journal intime de sa mère, elle découvre trois pères potentiels parmi ses anciens amants et décide de les inviter en cachette à la cérémonie… En 24 heures délicieusement chaotiques, cette île va voir fleurir de nouvelles idylles et renaître d’anciennes amours…
Tristan Chapelais nous éblouit lorsqu’il laisse parler son corps
Le décor, allégrement manipulé à vue, est assez simple mais parfaitement suffisant. Deux pans de murs en arc de cercle, comme blanchis à la chaux, évoquent l’île grecque, et selon leur disposition permettent de représenter aussi bien les intérieurs que les extérieurs. Le jeu, quant à lui, est assez inégal, mais on se surprend à oublier cela à chaque fois que la voix du comédien disparaît sous celle du chanteur. C’est le cas, par exemple, du jeune Tristan Chapelais, très gauche dans ses quelques parties parlées, mais qui nous éblouit tout bonnement lorsqu’il laisse parler son corps en dansant et en réalisant des acrobaties prodigieuses. On imagine aisément à quel point il doit être dur de sauter aussi rapidement entre le jeu, le chant et la danse, et on applaudit en cela le talent indéniable de tous ces artistes.
Largement en tête – et c’est tant mieux –, on trouve le formidable duo mère/fille incarnée ce soir-là par Claire Guyot et Vanessa Cailhol. Pleines de naturel et d’énergie, elles glissent parfaitement du texte parlé au texte chanté et entraînent le spectacle derrière elles avec beaucoup de fougue. On est conquis par la superbe voix de Claire Guyot, doubleuse de Teri Hatcher et Sarah Michelle Gellar, et l’air mutin de Vanessa Cailhol, dont elle use avec talent. Les vieilles copines de Donna, jouées par Karen Gluck et Marion Posta, sont parfaites dans leur rôle, et, même si elles ne font pas dans la finesse (c’est le style de l’œuvre qui veut ça), elles emportent l’adhésion en provoquant le rire. On connaît l’immense talent de Jérôme Pradon (molière 2009 pour l’Opéra de Sarah). Bien que son rôle ne mette pas vraiment en valeur ses capacités d’acteur, il forme un très beau trio de papas potentiels aux côtés de Francis Boulogne et Patrick Mazet. La sonorisation très perfectionnée magnifie la technique vocale irréprochable des chanteurs et tous les personnages, dans leur écriture et leur interprétation, gagnent immédiatement et sans restriction notre sympathie.
La mise en scène est réglée au millimètre
L’ensemble fourmille sans cesse de gags, pas toujours très fins, parfois un peu trop caricaturaux, mais souvent très drôles, il faut le reconnaître. La mise en scène est réglée au millimètre, tout s’enchaîne dans un rythme endiablé sans laisser place une seconde à un flottement. Dans une débauche d’effets visuels, notamment grâce à une création lumière mémorable, le spectacle atteint une certaine forme de perfection jusqu’à la dernière seconde des saluts. De la part des comédiens, c’est une sacrée leçon de générosité, d’abandon total au spectacle, et, en même temps, un vrai tour de force physique. Rarement autant d’énergie aura été dépensée sur un plateau, et, surtout, rarement elle aura été aussi communicative. Un moment assez unique que l’on aimerait revivre.
Ce spectacle irrésistible enchante tous les âges et déride les plus aigris et les plus blasés. Vous en ressortirez forcément le sourire aux lèvres, des lasers et des paillettes devant les yeux, des mélodies plein la tête, et le cœur étrangement léger et débordant à la fois. La scène nous prouve encore ici la force de son impact sur l’humeur et l’état d’esprit de son public. Mamma mia ! est sans doute la meilleure pilule du bonheur… ¶
Emmanuel Arnault
Les Trois Coups
Mamma mia !, de Benny Andersson et Björn Ulvaeus
Produit par Stage Entertainment France, en collaboration avec Judy Craymer, Richard East et Björn Ulvaeus pour Littlestar, en association avec Universal
Musique et paroles : Benny Andersson et Björn Ulvaeus, et quelques chansons avec Stig Anderson
Livret : Catherine Johnson
Mise en scène : Phyllida Lloyd
Avec : Claire Guyot, Sophie Delmas, Karen Gluck, Marion Posta, Gaëlle Gauthier, Dan Menasche, Francis Boulogne, Patrick Mazet, Jérôme Pradon, Emmanuelle Bouaziz, Vanessa Cailhol, Tristan Chapelais, Sylvain Mathis, Bruno Desplanche
Et le chœur : Fabrice Cazaux, Céline Legendre-Herda, Maryse Boiteau, Gaetan Norg, Alix Briséïs, Fred Colas, Carole Dréant, Étienne Ducamain, Lorelyne Foti, Noémie François, Mélina Mariale, Jérémy Petit, Olivier Rey, David Sollazzo, Valérie Zaccomer, Lucile Bourdon et Julien Mercier
Décors et costumes : Mark Thompson
Lumières : Howard Harrison
Création sonore : Andrew Bruce et Bobby Aitken
Superviseur musical : Martin Koch
Chorégraphie : Anthony Van Laast
Adaptation des paroles : Nicolas Nebot
Adaptation du livret : Stéphane Laporte
Concepteur délégué aux décors : Jonathan Allen
Concepteur délégué aux costumes : Lucy Gaiger
Consultant casting : David Grindrod Associates
Concepteur délégué aux lumières : David Holmes
Superviseur musical associé : Nick Finlow
Chorégraphes associés : Nichola Treherne et Sonia Dorado
Metteur en scène délégué international : Paul Garrington
Directeur technique : Crosbie Marlow Associates
Producteurs exécutifs : Jan Verveer et Éric Loustau-Carrère
Producteur exécutif international : Andrew Treagus
Producteur : Joop Van den Ende
Théâtre Mogador • 25, rue de Mogador • 75009 Paris
Réservations : 0820 88 87 86
Du 28 octobre 2010 au 30 avril 2011 (prolongations possibles), du mardi au samedi à 20 heures, samedi et dimanche à 15 heures
Durée : 2 h 40, dont 20 minutes d’entracte
82 € | 62 € | 42 €
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