ACCUEIL | POURQUOI CE JOURNAL ? | L’ÉQUIPE DES RÉDACTEURS | LE LIVRE D’OR | NOUS ÉCRIRE | NOUS SUR FRANCE CULTURE | NOUS SUR « LE MONDE »
« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Du bruit, point de fureur
Le Théâtre Le Ranelagh ouvre sa saison avec un très, très gros morceau, rien moins que « Macbeth ». Passé la belle promesse d’un prélude envoûtant, on se casse les dents sur cette version qui tombe dans la tentation du tragique boursouflé. Ça manie l’épée, ça braille haut, ça joue l’affectation, c’est un petit tumulte de deux heures, presque un éternuement face au chaos annoncé du chef‑d’œuvre de Shakespeare.
« Macbeth »
Il faut beaucoup d’audace pour s’attaquer à cette œuvre du grand Will. Culte, énorme, tumultueuse, folle, baroque, tragique, parfois triviale, souvent violente, « la pièce écossaise » se taille une grande part du lion dans la mythologie élisabéthaine. C’est une pièce plongée dans les ténèbres qui fouille la terre, les désirs souterrains, l’indicible ambition de l’homme face à son destin. C’est l’histoire d’un héros lumineux, Macbeth, dont le glaive vertueux a bouté les Norvégiens hors du royaume d’Écosse. Un héros ensuite gangrené par la prophétie de trois sorcières qui ont entrevu pour lui un destin de souverain. Autoréalisatrice ou réelle, cette prédiction les précipitera lui et son insatiable femme Lady Macbeth sur les sentiers opaques du régicide et de la folie. S’ensuivra une longue nuit poissée de l’odeur de ce sang qu’aucun « parfum d’Arabie » ne saura purifier.
Un énorme morceau, donc. Cette œuvre finalement assez peu montée intimide par son contexte historique, ses enjeux politiques et métaphysiques, mais aussi par son mystère. Au Royaume-Uni, une superstition tenace empêche même les comédiens d’en prononcer le titre sur un plateau ou dans les coulisses de peur que le malheur ne s’abatte sur la production. On admire alors le metteur en scène Philippe Penguy de s’attaquer à cet Annapurna shakespearien sans sourciller. Un beau geste plein de panache, avec une première scène qui met l’eau à la bouche. Pour signifier la lande, rien moins qu’une vaste étendue de lin crasseux de 150 m² recouvrant le plateau. Sous cette terre s’anime alors un bestiaire informe, un peuple de l’ombre qui ne dit pas son nom. Les silhouettes des sorcières finissent par émerger, menaçantes : « Le clair est noir, le noir est clair, planons dans la brume et le mauvais air ».
Un texte mythique aplati sous des tunnels d’emphase
Cette entrée en matière en forme de chorégraphie magmatique n’annonçait que du bon. On attendait une mise en scène qui ne s’écouterait pas penser, quelque chose de simple, fondé sur le mouvement et le corps, et puis, et puis, et puis rien. Très vite, l’étoffe est avalée au profit d’un tout petit décor un peu carton-pâte, et le texte mythique, pourtant bien balancé dans la traduction de Jean‑Michel Déprats, finit par s’aplatir dans des tunnels d’emphase et de regards vers le public à donner des sueurs froides à un acteur de muet. On ne comprend pas cette psychologisation outrancière des deux comédiens principaux.
Laurent Le Doyen, en Macbeth, a le plus grand mal à donner vie aux fractures du personnage, ces points de bascule subtils où l’homme vacille et s’abandonne à la corruption du désir. Sa voix abusivement mielleuse, sa prosodie datée et son goût pour le trémolo sont d’un ennui mortel. Pour enfoncer le clou, la longiligne Agnès Valentin, compose une Lady Macbeth revêche et agaçante. Sa voix geignarde et haut perchée dessine les contours d’une Reine de la nuit rohmérienne, aux confins du ridicule dans la fameuse scène du flambeau. Une piste qui pourrait être intéressante si elle n’était pas en dissonance totale avec le reste de la distribution. Emmanuel Oger, comédien très physique et naturel, joue un Banquo robuste et truculent, et entretient l’intérêt fuyant du spectateur. Teddy Melis (Malcolm) sauve également les meubles par son agilité, sa présence et sa fraîcheur au milieu de ce concert d’effets.
Malgré des combats plutôt bien chorégraphiés et la présence réjouissante de deux musiciens, on a bien du mal à entrer dans cette danse. La cornemuse s’époumone en vain au milieu de ces étranges chassés-croisés, on regarde le tout de loin, incrédule, comme « une ombre qui passe, un pauvre acteur qui s’agite et parade une heure, sur la scène, puis on ne l’entend plus ». ¶
Ingrid Gasparini
Les Trois Coups
Macbeth, de William Shakespeare
Mise en scène et direction artistique : Philippe Penguy
Avec : Laurent Le Doyen, Agnès Valentin, Emmanuel Oger, Anne Beaumond, Lionel Robert, Géraldine Moreau‑Geoffrey, Teddy Melis, Émilie Jourdan, Jean‑Michel Deliers, Denis Zaidman
Création et réalisation costumes et tissu : Marie‑Hélène Repetto
Conception et réalisation décor : Sylvain Cahen
Théâtre Le Ranelagh • 5, rue des Vignes • 75016 Paris
Locations : 01 42 88 64 44
Réservation en ligne : www.theatre-ranelagh.com
Métro : La Muette (ligne 9) ou Passy (ligne 6)
R.E.R. C : Boulainvilliers ou Kennedy-Radio-France
Bus : 22 • 32 • 52 • 70 • 72
Parkings : 19 et 80, rue de Passy et 7, avenue du Président‑Kennedy
Vélib’ nº 16031 au 51, rue des Vignes
À partir du 6 septembre 2012, du mardi au samedi à 21 heures et le dimanche à 17 heures
Relâches exceptionnelles les 11, 18, 25 septembre 2012, le 2 octobre 2012 et le 6 novembre 2012
F.N.A.C. 08 92 70 75 07
Billetterie F.N.A.C. : Carrefour • Géant • Virgin
Réservation en ligne : www.fnac.com
Durée du spectacle : 1 h 50
Tarifs de 10 € à 35 €
« Les Trois Coups », c’est un journal en ligne, bien sûr. Mais c’est aussi une association, qui a besoin d’être soutenue par des adhérents.
Lire la suite.
Derniers commentaires