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11 décembre 2012 2 11 /12 /décembre /2012 11:20

« Macbeth », répétition

ou représentation ?


Par Amandine Pilaudeau

Les Trois Coups.com


Pour s’attaquer à Shakespeare, il faut être sûr de son coup, ou on court à la catastrophe. La jeune compagnie Art vos souhaits, coincée entre inexpérience et manque de confiance en soi, n’a pas réussi à relever ce défi. C’est déçus que nous sortons du théâtre pour retrouver la froideur de ce mois de décembre.

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« Macbeth » | © D.R.

Une chose fâche tout au long de la représentation : les mots sonnent faux. L’incohérence est palpable entre parole et action. Avoir pour parti pris musical l’ultracontemporain – rappelez-vous les sons répétitifs et martelés de la techno de 2006 et transposez-les à la scène du banquet –, et recourir dans le même temps à la traduction de François-Victor Hugo (datant du xixe siècle) est incompréhensible. D’un côté, une volonté d’ancrage dans le monde contemporain au moyen de clichés musicaux et, d’un autre, un legs du passé injustifié. Figurez-vous une scène d’orgie dans une ambiance « boîte de nuit » et des répliques telles que : « Puissé-je avoir ? ».

La très belle traduction de François-Victor Hugo aurait eu sa place dans une mise en scène traditionnelle, mais, pour une dramaturgie contemporaine, une actualisation du texte était plus que légitime. Rien n’empêchait la metteuse en scène de retravailler elle-même le texte original, afin de corréler la rhétorique à son projet scénique et scénographique. Jean-Michel Déprats explique d’ailleurs très bien cette nécessité en affirmant que « la traduction répond à cet enjeu toujours présent de recréer à chaque époque, voire pour chaque mise en scène, une relation neuve et vivante avec l’œuvre ».

Indécision(s) fatale(s)

Cette première déception n’est malheureusement qu’un début, car nous ne parvenons pas à voir où la mise en scène nous emmène. En perpétuelle hésitation entre malédiction jetée sur un être innocent que serait Macbeth et destin tragique de l’homme-monstre, la metteuse en scène ne parvient pas à se décider et laisse le spectateur, ainsi que ses comédiens, patauger dans la confusion. Le parti pris n’étant pas clair, la pièce ne peut pas prendre son envol.

Recourons une nouvelle fois à un penseur du théâtre. Victor Hugo écrivait dans son William Shakespeare : « Macbeth, c’est la faim. Quelle faim ? La faim du monstre toujours possible dans l’homme ». Or, c’est à peine si nous ressentons la monstruosité du couple Macbeth, pourtant indiscutable. Ce n’est que dans les dernières scènes que nous entrevoyons une légère forme d’horreur derrière la folie. En conclusion : quand le travail d’interprétation commence, la pièce se termine.

Ainsi va cette tragédie shakespearienne : rien n’est approfondi, tout n’est qu’esquisse. Même les quelques bonnes trouvailles qui jalonnent cette mise en scène sont traitées de manière scolaire : une baignoire en guise de chaudron, des miroirs brisés pour refléter les atrocités et les crimes commis, un métier à filer pour des sorcières devenues Parques… Ces inventions semblent suggérer qu’elles ont été jetées pêle-mêle sur le plateau sans réflexion mûrie a priori.

Pauvres comédiens

Il faut tout de même de souligner le jeu de quelques-uns des comédiens qui sortent du lot par leur optimisme. Les trois sorcières, par exemple, interprétées par Pauline Vallès-Moingeon, Linda Primavera et Eugénie de Bohent. De même, Raphaël Caraty atteint avec son Macduff une certaine justesse dans ce contexte de mise en scène. Les passages sur scène de tous ceux-ci s’apparentent à des interludes, qui comme les publicités à la télévision, nous permettent de supporter la longueur d’un documentaire.

Malgré ces quelques notes encourageantes, c’est à regret que nous ne percevons aucun enthousiasme dans le jeu des autres acteurs. Leur interprétation reste somme toute assez morne. À force de ne rien recevoir, le public finit par se lasser d’être mis ainsi sur le banc de touche.

Un manque de travail

Ainsi, pour revenir à notre cher Jean-Michel Déprats, tout le problème de cette mise en scène réside dans l’absence de réappropriation de l’œuvre. Globalement, cette proposition de Macbeth manque cruellement de travail. Les rares propositions ne sont pas menées à terme. Faute de temps ? Quelle qu’en soit la raison, la pièce finit par sombrer dans un spectacle scolaire, là où l’on aurait attendu plus de relief et de profondeur. Enfin, pour finir, le texte n’est pas toujours su. Les bouches ripent sur les mots, lorsque ce n’est pas la mémoire qui fait défaut.

C’est avec déplaisir que j’avoue avoir eu l’impression d’assister à une répétition plus qu’à une représentation. Espérons que la prochaine fois, la compagnie saura tirer profit de ses erreurs. 

Amandine Pilaudeau


Macbeth, de William Shakespeare

Compagnie Art vos souhaits

compagnieartvossouhaits@gmail.com

Mise en scène : Marine Assiante

Avec : Emmanuel Aubonnet, Raphaël Caraty, Eugénie de Bohent, Gérald Michel-Heilles, Pauline Moingeon-Vallès, Lola Petitbon, Linda Primavera et Pierre-Étienne Royer

Direction musicale : Benoît Perret « Mr Nô »

Lumières : Ruddy Fritsch

Stylisme : Antoine Daguin

Costumes : Judith Thuong et Hanna Szirma

Maquillage : Julie Meno-Salmaggi

Théâtre de la Jonquière • 88, rue de la Jonquière • 75017 Paris

Métro : Guy-Môquet (ligne 13), Place-de-Clichy (ligne 13 ou R.E.R. C)

Réservations : compagnieartvossouhaits@gmail.com

Du 5 au 8 décembre 2012, à 20 heures

Durée : 1 h 10

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

Antoine 11/12/2012 11:49

Franchement, je m'interroge sur l'opportunité de démonter le travail d'une jeune compagnie qui profite de ses quatre dates à la Joncquière pour essuyer les plâtres de son inexpérience. Et voilà
selon moi le grand défaut des Trois Coups : écrire à tout prix, même pour un spectacle qui a manqué son but.

Je ne crois pas non plus que l'argument de la critique constructive tienne vraiment, les jeunes compagnies ayant surtout besoin de soutien de la presse...ou de silence de la part de celle-ci.

Je précise que je ne suis pas du tout en rapport avec ce spectacle ou cette compagnie

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