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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 21:30

« Mac the best ! »


Par Maud Sérusclat-Natale

Les Trois Coups.com


Depuis quelques jours, il se passe des choses étranges, la nuit, en pleine forêt, à côté de chez moi. Du théâtre ? Impossible, par ce temps de chien, il faudrait être complètement… Quoi ? Un Shakespeare ? Monté par le Théâtre de l’Unité ? Évidemment, il n’y a qu’eux pour se lancer dans une aventure aussi rocambolesque. La pluie et le froid n’auront pas eu raison de moi, et heureusement parce que je me serais privée d’une expérience théâtrale unique, joyeuse et poétique et d’un « Macbeth » mouvementé, enfin !

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« Macbeth » | © D.R.

Avec cette météo, on se demandait s’ils allaient la faire, leur fameuse « mise en forêt » de Shakespeare, dont on parle beaucoup et qui est le temps fort du festival Green Days de la scène nationale de Montbéliard. Mais le Théâtre de l’Unité, compagnie locale depuis plus de vingt ans, n’est pas du genre à se défiler et à se laisser impressionner par huit degrés, trois gouttes et de la bouillasse. Ils sont du cru et nous ont déjà fait le coup du théâtre en plein air avec leur dernière création en 2010, Oncle Vania à la campagne, qui s’était jouée sous une pluie battante, mais qui avait scotché de plaisir une bonne centaine de spectateurs tout trempés de bonheur. J’en étais. Cette fois, ce sont les travers diaboliques du pouvoir qui ont fasciné Jacques Livchine et Hervée de Lafond, les deux metteurs en scène et comédiens à l’origine de l’idée.

Livchine et de Lafond : deux « metteurs en songe »

Et pour travailler leur sujet, la fameuse pièce maudite Macbeth, ils se sont replongés dans quelques ouvrages qui analysent le mythe shakespearien et surtout dans les différentes traductions pour enfin « retranscrire en langue française » le texte qu’ils ont présenté. Cela donne un mélange assez réussi de fable shakespearienne arrosée des facéties farcesques et teintées d’ironie de Jacques Livchine. Sa complice Hervée de Lafond, petite et étrange bonne femme presque cachée sous son épais manteau, se charge de nous accueillir et de nous guider à travers l’histoire. Elle s’assure que chacun comprenne bien les enjeux de ce qui se joue sous nos yeux. Après nous avoir armés d’un tabouret-bouclier, elle nous emmène suivre, dans la nuit noire et plongée dans un silence presque total, les méandres de cette forêt qui, cette nuit-là, n’avait plus grand-chose de franc-comtoise. Elle était devenue, comme par magie, l’Écosse, la guerre, un château ou encore l’orchestre d’un théâtre. Oui, tout cela, malgré le froid et la bruine, grâce au talent de nos « deux metteurs en songe ».

L’Unité met le feu

Le pari n’était pourtant pas gagné d’avance. D’abord, parce que la pièce n’est pas forcément très simple à jouer même si son sujet est intemporel : personnellement, c’en est une qui m’ennuie souvent. Ensuite, parce que le décor, quoique magique et sublimé par des éclairages rares mais très bien choisis, ne met pas forcément les spectateurs dans de bonnes dispositions. On est souvent installé de façon précaire, entre deux flaques, sous d’immenses arbres et, par ce froid, on pense plus à ne pas perdre ses godillots qu’à se concentrer. Et, enfin, parce que dans ces conditions un peu folles, les acteurs ne peuvent vraisemblablement pas non plus être au meilleur de leur performance. Il a parfois fallu lutter pour bien les entendre et il m’a été impossible d’apprécier véritablement leur jeu, bien qu’ils aient tous témoigné d’une vraie belle énergie. On ne peut pas tout avoir. D’ailleurs, de Lafond et Livchine le savent bien, et c’est sans doute la raison pour laquelle leur travail, cette fois-ci, a plutôt versé du côté des arts de la rue. J’ai été véritablement bluffée par le côté visuel de certaines scènes, et notamment par le final flamboyant, au sens propre comme au figuré. Ce Macbeth n’a donc rien de banal ou de poussiéreux, il est aussi rock’n’roll que fou, aussi déjanté que stupéfiant, bref, il est assez conforme à l’idée que je m’en faisais. Car avec L’Unité, ce qu’on sait, c’est que lorsqu’on a vu un de leurs spectacles, on court voir les suivants. Encore ! 

Maud Sérusclat-Natale


Macbeth, d’après William Shakespeare

Adaptation de Jacques Livchine

Mise en forêt : Hervée de Lafond et Jacques Livchine

Avec : Panxo Jimenez, Catherine Fornal, Xavier Chavari, Éric Prévost, Max Bouvard, Jacques Livchine, Youssri el-Yaakoubi, Julie Cazalas, Ludovic Estebeteguy, Hervée de Lafond

Création lumière : David Mossé, Benjamin Dreyfus, Paul Deschamps

Effets spéciaux : Panxo Jimenez

Costumes : Maud Mitenne

Régie : Benjamin Dreyfus, Paul Deschamps

MA scène nationale • rue de l’École-Française • 25200 Montbéliard

Lieu de la représentation : bois de Dasle

Réservations : 0805 710 700 (numéro vert gratuit)

www.mascenenationale.com

Les 30 mai et 31 mai 2013 à 21 h 45

Durée : 2 heures

14 € | 12 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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