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2 août 2010 1 02 /08 /août /2010 17:02

Une « Vie de chandelle » drôle et sombre


Par Fabrice Chêne

Les Trois Coups.com


La compagnie Ça va aller a créé « Ma vie de chandelle » en 2009. On y voit un personnage manipulateur s’introduire dans l’intimité d’un couple et transformer leur vie en enfer. Une pièce dérangeante dans laquelle le théâtre se trouve contaminé par l’univers de la télé-réalité.

ma-vie-de-chandelle2Ma vie de chandelle (2004), est l’une des pièces les plus intéressantes de Fabrice Melquiot. Elle interroge et met à nu les dispositifs de fascination télévisuelle, tout en montrant pourquoi il est si difficile d’y résister. Les fans de l’auteur – et ses détracteurs – y retrouveront les caractéristiques de cette écriture acide, un peu facile, faussement naïve, à la fois crue et poétique, qui peut charmer ou irriter, avec ses dialogues déstructurés et ses jeux de mots enfilés comme des perles.

L’individu inquiétant qui accueille les spectateurs (Yann Berthelot, tout de noir vêtu) se présente lui-même comme un « chauffeur de salle » : celui qui sur un plateau télévisé dicte au public ses réactions. Ce personnage dérangeant et anonyme, loin de se cantonner à son rôle habituel, se comporte bientôt comme un véritable maître de cérémonie, nous conviant à une expérience à laquelle il cherche à nous intéresser. Il va en effet s’introduire dans la vie d’un couple de Français moyens (interprétés par Laurent Savalle et Élodie de Bosmelet), afin d’exposer leur intimité au grand jour. Durant toute la pièce, il cherchera à impliquer le spectateur et à lui dicter ses réactions.

L’entreprise de séduction de l’intrus se dirige en premier lieu vers l’homme, dans une ambiance à mi-chemin entre Tenue de soirée et Harry, un ami qui vous veut du bien. Celui-ci est un assureur hypocondriaque qui a peur « de ne pas assurer », tandis que sa femme trime toute la journée pour organiser de mystérieux « évènements ». La vie privée du couple va se trouver « mise en spectacle » dans une sorte de parodie de télé-réalité reflétant le voyeurisme que ces programmes impliquent. L’intrus mettra ainsi en scène de façon grotesque la vie sexuelle des deux époux, puis incitera l’homme à battre sa femme, manière de flatter le goût du public pour le sexe et la violence. (« J’étais sûr que ça vous plairait. Vous êtes comme moi, on est tous pareils. ») Il entraînera ensuite l’homme dans des aventures extraconjugales aussi fantaisistes qu’invraisemblables.

Les pièces de Fabrice Melquiot sont souvent de vrais défis pour les metteurs en scène. La difficulté était ici de suggérer le quotidien du couple tout en installant un cadre spectaculaire crédible. Pour s’en sortir, Kathy Morvan a imaginé un dispositif scénographique à la géométrie rigoureuse, et a choisi de jouer la carte du contraste : contraste entre l’ombre et la lumière, entre le noir et le blanc des costumes, entre la décontraction cynique du « chauffeur de salle », et la rigidité de ses deux « victimes », qui paraissent manipulées comme des marionnettes. Même si le travail sur la lumière, intéressant en soi, plonge le plateau un peu trop souvent dans une semi-obscurité, cette simplicité se révèle efficace, d’autant qu’elle est relayée par une belle énergie de la part des comédiens, notamment Élodie de Bosmelet et Laurent Savalle. Yann Berthelot, quant à lui, choisit la sobriété, entre cynisme et impassibilité.

Une mise en scène enlevée et réussie, donc, mettant en évidence les dangers d’une soumission aveugle à ces nouveaux messies de l’audiovisuel qui sont les démagogues d’aujourd’hui. Un spectacle à conseiller aux adultes, et à déconseiller aux enfants (en raison d’un langage très cru). Signalons pour finir que deux autres pièces de Fabrice Melquiot sont programmées dans le Off cette année : Bouli redéboule à la Livrée de Viviers, et Lisbeths (versions 1 et 2) à l’espace Alya. 

Fabrice Chêne


Ma vie de chandelle, de Fabrice Melquiot

Texte publié chez L’Arche éditeur

Compagnie Ça va aller • 1, rue Édouard-Régnier • 02320 Anizy-le-Château

06 64 18 53 47

info.cavaaller@yahoo.com

Mise en scène : Kathy Morvan

Avec : Yann Berthelot, Élodie de Bosmelet, Laurent Savalle

Création lumières : Matthieu Ponchelle

Costumes : Christine Vallée

Musique : Franswa Henry

Théâtre Alizé • 15, rue du 58e-R.-I. • 84000 Avignon

Réservations : 04 90 14 68 70

Du 8 au 31 juillet 2010 à 20 h 20, relâche les 19, 26 juillet 2010

Durée : 1 h 20

12 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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