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21 septembre 2012 5 21 /09 /septembre /2012 01:19

Concentré de Sagan


Par Hélène Caune

Les Trois Coups.com


Au théâtre du Lucernaire, Prune Lichtlé ne cherche pas à imiter la Sagan que l’on connaît. « Ma Sagan » est la rencontre réussie d’un texte d’entretiens, qui concentre la pensée de Sagan, et d’une comédienne, qui offre sa voix pour la porter.

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« Ma Sagan »

« La » Sagan de la comédienne Prune Lichtlé n’est pas éloignée de celle que l’on connaît. Le spectateur qui se rend au Lucernaire parce qu’il aime l’auteur ne sera pas surpris ; il ne pourra pas, non plus, être déçu. Celui qui la connaît peu appréciera sans doute la liberté de l’écrivain.

Les mots de Ma Sagan tiennent souvent de l’aphorisme et réjouiront les amateurs de citations et de formules qui font mouche. C’est pour échapper, paraît‑il, à l’écriture de son autobiographie que Sagan a réuni deux séries d’entretiens dans deux recueils, adaptés ici et restitués sur un ton léger. Le texte n’est pas écrit pour le théâtre, et ce n’est pas un inconvénient. Ma Sagan est aussi une conversation avec le « charmant petit monstre » de Saint‑Germain-des‑Prés. Sans chercher une représentation fidèle, Prune Lichtlé lui rend un hommage attachant, « désespérément optimiste ».

Sagan. Son regard lucide, précis, impertinent et profondément tendre. Ses excès, ses amours, ses amis. La Normandie qu’elle aime rejoindre pour quitter Paris. Les nuages qu’elle regarde depuis son lit. Sagan intime aussi. Le téléphone qui sonne et la dérobe pour quelques secondes. La comédienne joue aussi brièvement la sœur de Sagan qui répond à sa place. Ou peut‑être est‑ce Sagan elle‑même qui avait appris à se protéger ? Cet anachronisme, celui du téléphone portable, nous interroge aussi sur ce que Sagan aurait pu penser de notre époque.

On entend Sagan parler de l’amitié, de l’argent, de la solitude, des hommes, du couple, de la mode, de l’enfance, de la parentalité, du bonheur, de la psychanalyse, de l’écriture, de son lit, de sa légende… Sagan chez elle. Sartre et Sagan. L’ordre de l’adaptation des pensées n’est pas aléatoire ; les thèmes ne sont pas choisis au hasard. C’est par association d’idées qu’ils se succèdent. Comme Sagan, avec aisance et simplicité, Prune Lichtlé passe d’une formule à une autre. Elle s’amuse des mots de Sagan sur le narcissisme des comédiens et rappelle qu’un écrivain doit avoir un « minimum de complications internes » pour pouvoir écrire.

Ceux qui l’aiment penseront écouter un rappel indispensable de ses règles de vie incontournables. Ceux qu’elle a tendance à énerver lui reprocheront les faiblesses habituellement soulignées. Ceux‑là n’ont, de toute façon, pas vraiment de raisons de se déplacer. Avec une seule comédienne et un texte qui traverse la pensée de Sagan, la pièce trouve son rythme et touche à l’essentiel. 

Hélène Caune


Ma Sagan, adaptation de Prune Lichtlé

Mise en scène et scénographie : Michel Albertini

Avec : Prune Lichtlé

Lumières : André Diot

Avec la collaboration artistique de Denis Westhoff

Le Lucernaire • 53, rue Notre‑Dame‑des‑Champs • 75006 Paris

Site du théâtre : www.lucernaire.fr

Standard : 01 42 22 26 50

Du 19 septembre au 24 novembre 2012, du mardi au samedi à 18 h 30

Durée : 1 heure

25 € | 20 € | 15 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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