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14 mai 2010 5 14 /05 /mai /2010 19:17

Au commencement
était le mot…


Par Sarah Bussy

Les Trois Coups.com


Le T.O.C. poursuit ses recherches sur l’esthétique de la conférence avec un nouveau spectacle, « Ma langue », basé sur les textes de l’écrivain poète Christophe Tarkos, autour d’une idée pourtant simple : le mot. L’occasion de déployer, le temps d’un court instant, de réelles virtuosités d’auteur et d’acteur.

Au commencement était le mot, donc… Un mot qui ment, un mot mou, mouvant, un « pâte-mot », puis une bouche, une langue, des mots qui s’entassent, une pensée qui s’articule. Une bouche qui donne forme à ces mots, les assemble pour donner vie à une réalité qui, sans cela, n’existerait pas. Le texte de Christophe Tarkos saisit l’auditeur, tant par l’agilité et la finesse de sa construction que par son rythme effréné, envoûtant. On est happé par un tourbillon de mots et de sons. Des mots qui avancent sur la page blanche, s’accumulent en lignes, se répètent, changent de sonorité, de ton, de direction… Sans que jamais cela ne soit difficile à suivre, sans perdre le sens, sans perdre un mot.

ma-langue

« Ma langue »

Et si l’on suit parfaitement l’ensemble, on le doit bien sûr en grande partie à la prestation virtuose de Laurent Charpentier, qui manie la langue avec autant de dextérité que celle dont a fait preuve l’auteur. Il semble par moments la chanter, à d’autres la marteler. Il s’interroge, affirme, accélère et ralentit, souffle et cogne, embrasse et frappe ces mots toujours changeants, de plus en plus étranges, mais toujours présents. Il fait incontestablement du mot, comme le décrit Christophe Tarkos dans son texte, la pâte, le matériau indispensable à la fabrication de toute langue. On sent qu’un gros travail a été réalisé non seulement sur les mots, mais également sur les sons de chaque mot, qui ne sont pas prononcés de la même manière, ni à la même vitesse, selon leur composition. Mais la prestation est d’autant plus remarquable que ce jeu avec les sons, contrairement à ce qui arrive souvent dans ce genre de travail, ne fait pas perdre le sens des mots qu’il dissèque. Et, au contraire, au-delà de la transmission du sens, il fait même tour à tour réfléchir, tressaillir, ou sourire. C’est certainement là que réside le vrai talent de l’acteur.

Au centre du spectacle la langue, notre langue

Pour rendre mieux compte de la vivacité et de la précision de l’écriture à l’œuvre, un dispositif lumineux et sonore a été mis en place : un écran devant lequel s’installe, à une table blanche, sur un sol blanc, un homme lui-même vêtu de blanc. Un dispositif d’une grande sobriété, donc, auquel on peut donner diverses interprétations : la solitude de l’auteur face à la page blanche ? L’existence ex-nihilo de ces mots qui à eux seuls remplissent l’univers et lui donnent vie ? L’aspect quasi scientifique de la création littéraire qui prend une matière, le mot, et la travaille jusqu’à l’obtention d’une nouvelle matière, la phrase, qui elle-même, une fois retravaillée, pourra faire sens ? Et, de fait, le décor entièrement blanc, entouré de néons, n’est pas sans évoquer celui d’un laboratoire de recherches. L’analyse et l’étude du mot seraient donc elles-mêmes des disciplines scientifiques, qui décortiquent et observent leur objet pour en sortir un résultat, une pensée. Une chose est sûre, quelle que soit l’interprétation que l’on s’en fait, ce dispositif scénique met parfaitement en valeur, et au centre du spectacle, la langue, notre langue. Une bien belle langue. 

Sarah Bussy


Ma langue, de Christophe Tarkos

Compagnie T.O.C. • 140, rue du Faubourg-Saint-Antoine • 75012 Paris

compagnietoc@gmail.com

Mise en scène : Mirabelle Rousseau

Avec : Laurent Charpentier

Dramaturgie : Muriel Malguy

Lumière : Laïs Foulc

Vidéo : Boris Nordmann

Son : Frédéric Reinhart, Sylvie Gasteau et Didier Léglise

Régie générale : Esther Silber

La Loge • 77, rue de Charonne • 75011 Paris

www.lalogeparis.fr

Réservations : 01 40 09 70 40

Du 4 au 27 mai 2010, les mardi, mercredi et jeudi à 21 h 30

Durée : 55 minutes

14 € | 10 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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