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25 novembre 2012 7 25 /11 /novembre /2012 14:59

Comme un petit pois

sous un matelas *


Par Laura Plas

Les Trois Coups.com


Félicie Fabre nous fait entendre « Lutte de classes » d’Ascanio Celestini. Grâce à une mise en scène dépouillée qui laisse toute sa place au théâtre-récit, elle nous fait ainsi partager le monde à la fois familier et surréaliste de Patrizia, nouvelle prolétaire des années 2000. Une vie de merde, mais un moment cru et saisissant.

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« Lutte de classes », avec Félicie Fabre | © D.R.

Petit mais chaleureux. Tel est le Théâtre de la Girandole. On vous y offre le thé, on vous y accueille avec un sourire : atmosphère conviviale, presque familiale, d’un théâtre jaune comme un soleil et niché au milieu d’un Montreuil populaire. Petit mais courageux aussi, puisque le théâtre propose une programmation exigeante et populaire à la fois.

En ce moment et jusqu’au 16 décembre 2012, cap sur l’Italie. Et on en a bien besoin dans cette atmosphère de grisaille. Le festival Montreuil-Roma, organisé en partenariat avec le cinéma Le Méliès, la bibliothèque Robert‑Desnos, et la Parole errante d’Armand Gatti, bat en effet son plein. Films et spectacles, rencontres et bals philosophiques sont au programme. L’œuvre d’Ascanio Celestini est en particulier à l’honneur. Si vous n’avez pas déjà eu l’occasion de découvrir ses textes magnifiques au Théâtre des Abbesses, ou l’an passé lors du festival Auteurs en acte, on ne saurait trop vous conseiller de tenter l’expérience.

Car c’en est une véritablement d’écouter une de ses pièces. Le récit vous happe littéralement et se joue de vous. Vous ne savez pas où vous allez, vous croyez vous égarer et, tout à coup, tout prend un autre sens. La théâtralité est tapie dans cette écriture déconcertante, diaboliquement inventive. Dans ce théâtre‑là, héritier du théâtre‑récit, pratiqué par exemple par Dario Fo, ce sont les fous, les petites gens bâillonnées qui ont la parole. On ne parle pas d’eux, ce sont eux qui, au contraire, se réapproprient le discours. Or, leur parole se fout des normes et de la bienséance. Elle assène des coups de poing, elle déchire les apparences. Ici, la vie de Patrizia est une vie de merde, alors elle parle littéralement de merde, n’en déplaise !

Une réalité dégueulasse et sauvage

C’est que le monde de Patrizia ne ressemble pas à un film de promotion pour le léninisme. Pas d’aube glorieuse, mais une obscurité que trouent les loupiotes colorées et de « mauvais goût » d’un salon. Sur scène, tout est abominablement kitsch. Le décor, très réduit, le montre bien. Patrizia elle‑même, boudinée dans une jupe trop courte, habillée d’un chemisier rouge à pois noirs paraît vulgaire. En vrac, la bande‑son, faite de C.D. que met le personnage et des vidéos de son ordinateur portable, égrène el Pueblo unido et Ti amo, un air de Tosca et un passage d’une émission de variétés où des Barbies décolorées et dénudées se trémoussent. Ainsi, la lutte des classes de Patrizia, c’est plus une réalité dégueulasse et sauvage qu’une idée. Patrizia en a sa propre interprétation, peu orthodoxe. Qu’on ne se leurre pas sur la marchandise !

Pour camper ce personnage, suicidaire et si vivant, dingue et si pertinent, Luciano Travaglino a choisi la plantureuse et zozotante Félicie Fabre. Avec générosité, elle affronte notre regard, raconte en dépit des interruptions. Elle a une sorte de candeur, d’enfance, qui convient bien au personnage et nous fait supporter toutes les petites horreurs qui nous sont contées en passant : les gens remplacés par des interphones, les standardistes qui endurent les appels des pervers pour faire du chiffre, les pères qui se foutent de vous, la solitude, les boulots dénués de sens, le management sans cœur. Patrizia est une princesse dont le petit pois est la vie comme elle va, ou ne va pas aujourd’hui.

Bien sûr, si on n’aime que les belles scénographies, le travail de troupe, on sera déçu. Bien sûr, on pourra se dire que l’alternance des noirs et des retours de la lumière quand reprend le récit est un peu systématique. On peut aimer le divertissement et ne pas vouloir en conséquent entendre parler de merde ou de gens qui sont traités comme de la merde. On peut se boucher les oreilles, se pincer le nez… Mais Lutte de classes est un texte fort, et un pari courageux de metteur en scène, indéniablement. 

Laura Plas


La Princesse au petit pois (ou la Princesse sur le pois, ou encore la Vraie Princesse (Prinsessen paa Ærten en danois) est un célèbre conte danois, écrit par Hans Christian Andersen et publié pour la première fois en 1835, quand Andersen avait trente ans.

Dans un lointain royaume, un prince est à la recherche d’une princesse parée des plus belles qualités pour l’épouser. Aucune des prétendantes qui lui sont présentées ne trouve grâce à ses yeux. Une nuit d’orage, une jeune femme trempée qui dit être une princesse se présente à la porte du château pour demander l’hospitalité. La reine, bien décidée à trouver une épouse digne de son fils, l’accueille et la fait dormir sur une pile de vingt matelas et de vingt édredons sous laquelle elle place, à dessein, un petit pois. Le lendemain matin, lorsque la reine demande à la princesse si elle a bien dormi, celle‑ci lui répond qu’elle a passé une nuit épouvantable, gênée qu’elle a été par la présence de quelque chose de si dur que son corps est couvert d’hématomes. Une peau aussi sensible ne pouvait être que celle d’une authentique princesse. Persuadé alors de sa délicatesse, le prince l’épouse et le petit pois devient une des pièces maîtresses du musée royal.


Voir aussi Récits d’un fracassé de guerre, critique de Laura Plas.

Voir aussi Radio clandestine, critique de Laura Plas.

Voir aussi la Fabricca, critique de Marie‑Christine Harant.


Lutte de classes, d’Ascanio Celestini

Compagnie La Girandole

Mise en scène : Luciano Travaglino

Avec : Félicie Fabre

Régie : Karl Big, Cédric Jaburek

Théâtre La Girandole • 4, rue Édouard-Vaillant • 93100 Montreuil

Réservations : 01 48 57 53 17

http://www.girandole.fr/Theatre_de_la_Girandole.html

Du 8 novembre au 15 décembre 2012, les jeudis 8, 15, 22 novembre, le lundi 12 novembre, le jeudi 6 décembre, le samedi 8 décembre à 19 h 30, le vendredi 16 novembre, le lundi 26 novembre, les samedis 1er et 15 décembre, le lundi 10 décembre à 20 h 30, le jeudi 13 décembre à 21 heures

Durée : 1 h 10

15 € | 12 € | 9 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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