Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
8 février 2011 2 08 /02 /février /2011 01:27

Tendre est la nuit


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Porté par une comédienne inspirée, « Louis, l’enfant de la nuit » entraîne petits et grands sur les traces du jeune Louis Braille et de son célèbre alphabet.

louis-lenfant-de-la-nuit-615

« Louis, l’enfant de la nuit » | © Alain Baczynsky

Pas question ici de sortir les mouchoirs. Certes, l’histoire du petit Louis Braille, devenu aveugle à l’âge de trois ans, pourrait vite tourner à la guimauve. Mais c’est plutôt une rasade de vitamines que vous aurez ingurgitée après ces cinquante-cinq minutes à la fois tendres et énergiques. On est amusé par le dispositif tout petit, tout fragile, qui entraîne la proximité avec le public : assise en tailleur, la comédienne Lital Tyano manipule toute une batterie d’objets et de figurines en papier, qui prennent vie grâce à une excellente utilisation des lumières. Contre-jours, flashs, bougies, lampes-torches : la variété des instruments parvient à créer des ambiances ou des effets merveilleux avec très peu de moyens. Vive ce théâtre d’objets créatif, bricolé, drôle et émouvant !

Ce qui est très réussi, c’est cette figure du petit Louis, un vrai battant qui, loin de se laisser abattre, se met en quatre pour apprendre, encore et encore apprendre, en butte aux conventions de son époque (on n’accepte pas les aveugles à l’école), mais décidé à changer les choses. C’est ainsi que l’institut pour jeunes aveugles n’a dans son étique bibliothèque que… trois livres. Il faut dire que chaque ouvrage est un rayonnage à lui tout seul : les lettres, imprimées en relief et dans des dimensions gigantesques, sont si grandes qu’une phrase occupe toute une page. Or, loin de se résigner, c’est en constatant ces aberrations que l’astucieux Louis, enfant de la nuit, se met en tête d’imaginer lui-même un système d’écriture qui tienne la route. Ce qui sera chose faite à l’âge canonique de quinze ans ! Chapeau, petit.

Il faut dire que Louis doit une fière chandelle à Lital, la comédienne et manipulatrice qui fait à peu près tout ici : voix, lumières, manipulation des objets… Son talent protéiforme n’est pas sans rappeler la prestation de Camille Trouvé dans sa révision, également en papier, du mythe d’Antigone. Sa voix prend à merveille des accents enfantins mais jamais mièvres. Elle génère une formidable énergie sans donner l’impression d’en faire trop, qualités hautement pédagogiques : l’attention se porte toujours sur le propos plutôt que sur l’actrice.

Les jeunes spectateurs ont vite succombé à l’illusion théâtrale

Or, dans un spectacle ouvert au « jeune public », quoi de plus exigeant qu’une représentation scolaire ? Soigneusement mis en condition par le directeur du théâtre, les dizaines de jeunes spectateurs venus d’écoles primaires ont très vite succombé à l’illusion théâtrale, et la légère agitation du début a vite fait place au silence. Sauf lors de quelques moments plus franchement comiques : dans la première école de Louis, maîtresse barbante et autres élèves paresseux… ont soulevé moult éclats de rire dans cette juvénile assemblée. Mais le plus fort, c’est que la comédienne, subtilement à l’écoute du public, a su aussi faire revenir le silence quand le déroulement de l’histoire l’imposait. Et on ne s’en étonne pas : nul ne serait resté insensible à ce théâtre universel, ludique, poétique, porteur de sens, beau à regarder et à entendre. 

Céline Doukhan


Louis, l’enfant de la nuit

Compagnie Ambulo-Train Théâtre • Paris/Jérusalem

http://leminuteman.aquaray.com

Mise en scène : Patricia O’Donovan

Avec : Lital Tyano

Musique : Rachel Yatzkin

Traduction de l’hébreu : Colette Élalouf

Théâtre municipal de Fontainebleau • rue Richelieu • 77300 Fontainebleau

Réservations : 01 64 22 26 91

Représentation tout public le 2 février 2011 à 17 h 30, matinées scolaires le mardi 1er février et le jeudi 3 février à 9 h 30 et 14 h 30

Durée : 55 minutes

9 € | 6 €

Partager cet article

Repost 0
Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
commenter cet article

commentaires

Rechercher