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14 mars 2013 4 14 /03 /mars /2013 22:33

Musset introuvable


Par Trina Mounier

Les Trois Coups.com


Le mélange des genres est à la mode. Parfois au risque de la confusion. En recourant à la musique rock en direct, en multipliant les effets sonores et lumineux, en osant les néologismes les plus improbables, sinon audacieux, Michel Belletante signe une version de « Lorenzaccio » certes détonante, mais surtout peu lisible.

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« Lorenzaccio » | © Isabelle Fournier

La pièce de Musset, réputée injouable en raison de la multiplicité des scènes, des lieux, et surtout des thèmes (ces fameuses « actions » du théâtre classique), est le prototype du drame romantique : avec son fonds historique, son discours politique, son héros tout à la fois magnifique, tourmenté, intrépide et fragile, elle donne à penser, à disputer, à voir…

C’est donc une pièce idéale à offrir aux jeunes lycéens et aux adolescents (mais pas seulement) : ils peuvent y puiser à loisir de quoi prendre une leçon d’histoire sur la Renaissance italienne comme sur le contexte de la monarchie de Juillet, découvrir de vraies questions philosophiques et politiques sur la fin et les moyens, sur l’utopie et sa sœur la désillusion, sur la tentation du vice et la fragilité de la vertu, se reconnaître à l’envi dans ce Lorenzzo capable de se vautrer avec délices dans les pires turpitudes tout en conservant une âme innocente, un regard d’enfant, et cependant en accédant au destin d’homme…

Du danger des effets spéciaux au théâtre

La pièce est suffisamment riche et captivante pour qu’il soit besoin d’enrober le propos pour le faire « passer » comme une pilule amère, d’autant plus que les histoires sont suffisamment généreuses en péripéties. C’est pourtant le parti qu’a pris Michel Belletante en donnant aux effets le pas sur la pièce : stroboscopes à tout va, jeux de lumière au sol certes esthétiques, mais ne faisant ni sens ni signe, musique à plein volume, coups de revolver occupent le spectateur, le détournent de la pièce, l’empêchent de suivre la progression. On aurait pu s’en douter au départ puisque le metteur en scène, jouant les pédagogues, informe le public des intrigues qui vont se dérouler sous leurs yeux avant le lever de rideau !

Pour se faire une place sur le plateau, pour qu’on les entende, les acteurs sont contraints de surjouer en permanence. Philippe Nesme lui-même, pourtant habituellement habile comédien, campe ici un Duc éructant, ricanant, incapable semble-t-il d’un simple calcul… Et dire que cette époque fut celle de Machiavel ! Thomas Di Genova (Lorenzo) n’arrive pas à la hauteur de son rôle, dont on ne perçoit pas la subtilité, grande il est vrai, faite de perversité, de cruauté, de désespoir. Il oscille entre deux pôles comme si ce héros romantique pratiquait l’art du pendule…

Que dire encore ? Que les époques sont elles aussi mêlées, de même que les genres : Lorenzaccio est tour à tour un polar ou un opéra rock, rarement une pièce avec une avancée dramatique… Les personnages sont en costumes d’aujourd’hui, parfois déguisés en maffiosi siciliens, sauf le cardinal bien entendu… les revolvers côtoient les stylets dans la même poche… Pis, cette artificielle modernité écrase complètement celle du drame de Musset, la rangeant de facto au rang des accessoires.

On connaissait Michel Belletante bon metteur en scène. On ne peut que se demander ce qui a guidé ces choix si peu convaincants. 

Trina Mounier


Lorenzaccio, d’après Alfred de Musset

Adaptation et mise en scène : Michel Belletante

Assistante à la mise en scène : Lucile Jourdan

Avec : Steeve Brunet, Renaud Dehesdin, Thibaut Deloche, Thomas Di Genova, Floriane Durin, Léo Ferber, Carl Miclet, Gilles Najean, Philippe Nesme, Marianne Pommier, Pierre Tarrare

Musiciens en direct : Frédérick Miclet, Laurent Péju

Lumières : Andrea Abbatangelo

Musique originale et direction musicale : Patrick Najean

Costumes : Anne Dumont, stagiaire : Pauline Thibent

Maquillages : Kathy Kuhn

Création vidéo : Benjamin Nesme

Générique vidéo : Yann Capy

Coproduction : Théâtre et Compagnie, Théâtre de Vienne, scène conventionnée, Scène Rhône-Alpes et Théâtre du Vellein / C.A.P.I.

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69657 Lyon cedex 09

Réservations : 04 78 53 15 15

http://www.tng-lyon.fr

12 et 13 mars 2013 à 19 h 30, 14 mars à 14 h 30

Durée : 2 h 15

17 € | 9 € | 8 € | 7 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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commentaires

E. Baud 15/03/2013 22:58

Critique étonnamment vindicative.
Apparemment nous n'avons pas vu la même pièce.

Musset n'est pas introuvable, il est bien présent, en compagnie de G. Sand, puisque deux textes sont mêlés: celui de Musset et celui de G. Sand qui l'a inspiré, ce que n'a visiblement pas compris
la journaliste.

Les effets spéciaux ne prennent pas le pas sur la pièce. Stroboscopes et musique rock montrent efficacement la débauche de l'aristocratie florentine, sans mordre sur le texte puisqu'ils
s'intercalent entre les différents tableaux.

Quelques scènes particulièrement réussies: l'enterrement de Louise Strozzi ou la scène de lit entre Alexandre et la marquise. D'une façon générale, beau travail sur les corps en mouvement pour
occuper l'espace.

Certes, Lorenzo manque peut-être un peu de profondeur et de douleur, particulièrement dans la deuxième moitié de la pièce, mais belle prestation de Philippe Nesme en duc décadent. Renaud Dehesdin
(le cardinal Cibo) et Marianne Pommier (la marquise Cibo) excellents.

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