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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
« Pour dormir tranquille, il faut n’avoir jamais fait certains rêves »
Mettre en scène le drame romantique de Musset « Lorenzaccio » est une gageure. En effet, l’échec retentissant de la représentation de sa pièce « la Nuit vénitienne » a conduit l’auteur à écrire cette œuvre pour la lecture et non pour la scène. Yves Beaunesne s’empare de cette pièce-fleuve dans une nébuleuse de deux heures et demie, durant lesquelles on passe d’un registre à l’autre les yeux écarquillés et les oreilles aux aguets.
L’action se passe à Florence au xvie siècle. La ville est sous la coupe d’un tyran, Alexandre de Médicis.
Ce viril bâtard, issu d’une des vieilles familles de la cité, est un séducteur invétéré qui mène une vie de débauche. Son cousin, Lorenzo de Médicis, enfant légitime au comportement
efféminé, l’accompagne quotidiennement. Auparavant connu pour son enthousiasme et son amour de la patrie, Lorenzo offre maintenant le spectacle affligeant de la plus haute perversité. Cette
identité trouble se lit dans ses surnoms. Ainsi, le nom Lorenzaccio dont on l’affuble désormais est dépréciatif. Si sa mère continue à l’appeler Lorenzino, c’est en pleurant de honte
en voyant son fils ainsi transformé. Le duc Alexandre préfère le surnommer Lorenzetta, ce qui met l’accent sur son homosexualité. Ces différents noms sont comme autant de masques que revêt
le personnage principal, à la fois tourmenté, incompris, insatisfait, ambitieux et sensible. Lorenzo est-il réellement perverti ou joue-t-il un rôle ? Est-ce le compagnon de débauche du
duc ou un meurtrier qui attend le moment propice pour tuer le tyran ?
Moteur de l’intrigue principale, Lorenzaccio est donc un personnage complexe. Le jeu du comédien Mathieu Genet rend parfaitement les contradictions et l’insaisissabilité du personnage. Ce héros romantique exprime ses doutes et ses tourments dans de longs monologues, qui sont autant de chants poétiques admirablement scandés par l’acteur. Ce dernier incarne dans toute sa chair cet être à la fois meurtri et meurtrier. Son double obscur est son cousin le duc, joué par un Thomas Condemine étrangement séduisant dans l’aversion qu’il suscite. Alors que l’homosexualité de Lorenzaccio n’est que suggérée dans le texte de Musset – il faudra attendre plus d’un siècle pour qu’un homme ose accepter de jouer le rôle –, elle est ici portée sur scène à travers des scènes de nus entre les deux cousins.
Quant aux autres personnages, une cinquantaine à l’origine, ils sont incarnés par huit acteurs, dont le jeu est très bon, quoique frôlant parfois le surjeu. Quant au peuple et aux bourgeois de Florence, ils sont figurés par des marionnettes en bois, animées par les acteurs vêtus de noir. Ce truchement permet de suggérer que les habitants sont manipulés par les puissants, eux-mêmes pantins lancés dans la quête inassouvie et cruelle du pouvoir, jusqu’au bouquet final…
Concernant la mise en scène, elle n’est pas surchargée par une volonté d’adopter comme cadre la Renaissance italienne. Au contraire, les décors sont simples. Ainsi, les objets sont symboliques – prie-Dieu, baignoire, lit. En fond de scène, une immense toile – tantôt mur, tantôt collines – est suspendue à des ficelles. Cette toile, rouge d’un côté, grise de l’autre, accentue l’atmosphère de corruption et de meurtre qui règne dans la cité florentine. L’œuvre de Musset est donc ramenée à l’essentiel : une réflexion politique et philosophique sur la question de l’idéal et de l’engagement, tant dans ses nécessités que dans ses illusions. ¶
Lison Crapanzano
Les Trois Coups
Lorenzaccio, d’Alfred de Musset
Éditions Gallimard, collection « Folio classique », 22 février 2010, 375 pages
Mise en scène : Yves Beaunesne
Avec : Mathieu Genet, Océane Mozas, Jean-Claude Jay, Thomas Condemine, Philippe Faure, Évelyne Istria, Elsa Chausson, Simon Drahonnet, Adama Diop Giomo, Samuel Seynave
Adaptation et collaboration artistique : Marion Bernède
Assistants à la mise en scène : Pilou Rieunaud, Marie Clavaguera-Pratx, Émilien Malaussena
Scénographie : Damien Caille-Perret
Assistante scénographie : Céline Perrigon
Lumières : Joël Hourbeigt
Son : Jean-Damien Ratel
Costumes : Patrice Cauchetier
Assistante costumes : Anne Autran
Maquillages : Catherine Saint-Sever
Travail sur les marionnettes : Cyril Bourgois
Constructeur des marionnettes : Thomas de Broissia
Maître d’armes : François Rostain
Régie générale : Baptiste Bussy
Régie plateau : Éric Capuano
Habillage, maquillage, coiffure : Cathy Bénard
Théâtre national populaire au Studio 24 • 24, rue Émile-Decorps • 69100 Villeurbanne
Réservations : 04 78 03 30 30 ou www.tnp-villeurbanne.com
Du 3 au 7 mars 2010 à 20 heures, dimanche à 16 heures
Durée : 2 h 30
23 € | 18 € | 13 €
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