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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Une force dostoïevskienne
Avec « Looking for Karamazov », le jeune collectif La Meute poursuit les recherches, initiées en 2011 avec « le Grand Inquisiteur », sur l’œuvre de Fédor Dostoïevski « les Frères Karamazov ». Cette seconde étape présentée du 4 au 12 mai 2012 à L’Élysée, librement inspirée de la première partie du célèbre roman russe, constitue d’ores et déjà une pièce aboutie et convaincante.
« Looking for Karamazov » | © Émilie Zeizig
Le billet d’entrée est à peine empoché que l’on se trouve déjà emporté, témoin pris à partie d’une altercation entre Fiodor Pavlovitsh Karamazov, incarné par Pierre Germain (mémorable dans la Grammaire des mammifères) et ses fils. Ce personnage obscène et foutraque se prosterne de manière blasphématoire et impudique devant un individu recouvert d’un sac poubelle, arborant un crucifix en bois. Déjà présente, la dimension critique s’attaque à la question du religieux de manière cinglante. Mêlés aux spectateurs ou apparaissant de façon inattendue (on retient l’entrée fracassante de Dimitri en scooter), les comédiens se détachent peu à peu du public et alimentent la dispute. Ce prologue d’une dizaine de minutes, pour le moins énergique, donne le ton à la pièce. C’est également l’occasion de faire connaissance avec les principaux protagonistes et de se familiariser avec l’intrigue. Le moment vient alors d’entrer dans la salle.
Rompre la distance entre la scène et la salle
Au sein d’un dispositif scénique central, ils sont au nombre de neuf comédiens, là encore dispersés dans le public, affirmant comme dans la séquence précédente, le parti pris scénographique de rompre la distance existant entre la scène et la salle. Au milieu du sol recouvert d’une bâche en plastique, des extraits du texte inscrits au marqueur font écho aux propos des comédiens. Ingénieux, le dispositif lumineux tamisé ou diffus, met en avant, selon les moments, certains personnages. De même, l’éclairage choisi pour illuminer l’icône au mur rappelle des meurtrières de château ou d’étroites ouvertures d’édifices religieux. L’univers sonore diffusé via un vieux poste de radio, ou encore les crissements lancinants et les rythmes hypnotiques participent à la tonalité dramatique de l’intrigue.
L’ambiance de la pièce est fidèle à la dimension passionnelle qui traverse le texte de Fédor Dostoïevski : celle d’un polar à l’odeur acide du scandale, sillonnée d’envies de crime et de jalousies, de désir de parricide et de trahison, de châtiments et d’argent. Par‑delà les différentes personnalités des frères Karamazov, c’est une même fougue rageuse qui s’exprime ici clairement. Dimitri, l’impulsif versatile ; Smerdiakov, le bâtard ; Ivan, le taiseux ou Alexeï, le dévot, semblent taillés de ce même bois. Même la foi, qui figure parmi les thèmes forts de l’œuvre n’y résistera pas. Par ailleurs, la difficulté de ce texte réside dans son intrigue complexe. Mais ce défi est plutôt brillamment relevé par la qualité d’un jeu, qui au‑delà de quelques longueurs, reste haletant. Néanmoins, ce caractère vif est parfois affaibli, notamment par le jeu de certains personnages féminins.
Avec Looking for Karamazov, Florian Bardet et Nicolas Mollard signent pour la seconde étape de leur chantier-recherche, un spectacle sincère et puissant, qui résonne déjà comme un hommage à la force de l’œuvre de Fédor Dostoïevsky. Rendez‑vous donc à l’horizon 2013 pour en découvrir le point d’aboutissement ! ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups
Looking for Karamazov, de la compagnie La Meute
Compagnie La Meute • 9, montée Saint-Sébastien • 69001 Lyon
D’après Fédor Dostoïevki
Mise en scène : Florian Bardet, Nicolas Mollard
Avec : Florian Bardet, Thierry Jolivet, Pierre Germain, Steven Fafournoux, Zoé Poutrel, Jessica Jargot, Lucie Donnet, Nicolas Mollard, Julien Deriaz
Création sonore : Jean-Baptiste Cognet
Création lumière : Jérémie Quintin
Régie son : Jean-Baptiste Cognet, Mathieu Plantevin
Régie lumière : Jérémie Quintin, Morgane Arbez
Crédit photo : Émilie Zeizig
Production : La Meute
L’Élysée • 14, rue Basse-Combalot • 69007 Lyon
Site du théâtre : www.lelysee.com
Réservations : 04 78 58 88 25
Du 4 au 12 mai 2012 à 19 h 30
Durée : 1 h 40
12 € | 10 €
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