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2 avril 2013 2 02 /04 /avril /2013 20:41

Amer cinéma-théâtre


Par Michel Dieuaide

Les Trois Coups.com


Ambitieux projet que celui de Christophe Pellet, l’auteur de « Loin de Corpus Christi », et de Jacques Lassalle, le metteur en scène. Dans une tentative pour fusionner écriture dramatique, écriture cinématographique et écriture scénique, ils nous livrent une sorte d’enquête sur la fascination des images et sur la fin des illusions. Pour servir ce propos, une palette de personnages, conscients ou désespérés, qui tentent de vivre à l’époque du maccarthysme puis de la Stasi.

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Conçu en deux périodes de longueurs inégales, le spectacle se déroule d’abord à Paris et à Hollywood. Se jouant de l’espace et du temps, il commence à la cinémathèque française en 2005 où une jeune femme s’éprend de l’image d’une éphémère star américaine, Richard Hart, dont la beauté l’hypnotise. Sans transition, l’action se transporte dans les studios de la M.G.M. Productions de 1945 à 1947 où une autre jeune femme, directrice de casting, séduit le même Richard Hart. En pleine « chasse aux sorcières », sauver sa carrière et sa peau fait courir le risque à chacun d’accepter de devenir délateur. Les destins de Richard Hart, Norma Westmore et Kathleen Sebban Neal chavirent. Disparaître ou s’exiler, telle est l’alternative. Dans cette situation de crise surgit Bertolt Brecht, déjà exilé, et travaillant difficilement dans ce monde en crise du cinéma américain. Faisant preuve de lucidité, il s’exile une nouvelle fois vers la Suisse.

Dans cette première partie, tout se dit et se joue dans l’énonciation des histoires individuelles. Quasi-absence de situations dramatiques. Le jeu se cantonne dans le je, et lentement, souvent très lentement, s’évanouissent les rêves d’un monde meilleur, les passions amoureuses, l’enchantement pour la beauté. Entre Paris et Hollywood, le théâtre s’épuise à vouloir étreindre la petite et la grande Histoire.

L’épilogue mis à part, la seconde partie voit cesser le chassé-croisé des espaces et du temps. Norma et Kathleen se retrouvent à Berlin avant puis après la chute du Mur. Vieillies, elles confrontent les lambeaux de leurs idéaux de jeunesse. Norma s’est entichée d’un jeune gigolo, ersatz de Richard Hart et indicateur de la Stasi. Le rêve berlinois s’écroule comme le rêve américain…

L’interprétation de Marianne Basler

De ce spectacle, il y a quelques belles choses à retenir. L’interprétation de Norma par Marianne Basler : femme libre, belle et sensuelle à Hollywood, femme âgée, fiévreuse, rageuse à Berlin. Celle de Tania Torrens, raffinée ; intelligente et philosophe, à peine marquée dans sa tête et dans son corps par les expériences vécues. Et aussi celle de Bernard Bloch, subtil et affectueux cinéphile à Paris, époustouflant sosie de Brecht à Hollywood, où il manie avec justesse ironie, désabusement et clairvoyance.

La scénographie de Catherine Ranki, clin d’œil à un célèbre tableau d’Edward Hopper, conjugue avec finesse le monde clinquant des studios de cinéma, la simplicité de la cinémathèque et la sévérité d’un intérieur berlinois, nimbant le tout d’une poétique nostalgie.

Par contre, malgré la maîtrise de la mise en scène de Jacques Lassalle, mêlant classicisme et discrétion, l’écriture de Christophe Pellet pose question. À qui s’adresse-t-il ? À lui-même ? Son texte décrit à l’excès sa très grande culture cinématographique personnelle. Ses personnages, à la parole fragmentée, ne semblent être que les éclats d’un miroir qu’il se tend à lui-même, d’où la sensation pour le spectateur d’un langage qui se dilue, s’évapore et finit par générer l’ennui. Toutes les histoires individuelles ne tendent pas forcément à l’universel, et dans leur confrontation à ce qu’il est convenu d’appeler la grande Histoire, elles peuvent se révéler aussi transparentes que le « visage de verre » de Richard Hart. 

Michel Dieuaide


Loin de Corpus Christi, de Christophe Pellet

L’Arche est éditeur et agent théâtral des textes représentés

Mise en scène : Jacques Lassalle

Avec :

– Marianne Basler (Norma Westmore)

– Annick Le Goff (Julie, Agnès, Clara)

– Sophie Tellier (Anne Wittgenstein)

– Tania Torrens (Kathleen Sebban-Neal)

– Julien Bal (Lance Fredricksen)

– Bernard Bloch (Bertolt Brecht, Pierre Ramut)

– Brice Hillairet (Richard Hart, Moritz Sostmann)

Et la voix de Sarah Tick

Assistant à la mise en scène : Julien Bal

Scénographie : Catherine Ranki

Lumières : Franck Thévenon

Costumes : Arielle Chanty

Son et images : Serge Monségu

Coiffure et maquillage : Agnès Gourin-Fayn

Stagiaire mise en scène : Sarah Tick

Production : Théâtre des 13-Vents-C.D.N. Languedoc-Roussillon à Montpellier / Cie Pour mémoire

Coproduction : Théâtre de la Ville-Paris

Remerciements : Théâtre du Châtelet, La Cinémathèque française

Les décors et les costumes ont été réalisés dans les ateliers du Théâtre des 13-Vents

Les Célestins • 4, rue Charles-Dullin • 69002 Lyon

Réservations : 04 72 77 40 00

http://www.celestins-lyon.org/index.php/Menu-thematique/Saison-2012-2013/Spectacles/Loin-de-Corpus-Christi

Du 26 mars au 30 mars 2013 à 20 heures

Durée : 2 h 30

Prix des places : 20 € | 17 € | jeunes moins de 26 ans 11 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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