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28 juillet 2013 7 28 /07 /juillet /2013 11:04

Pas de deux au paradis


Par Céline Doukhan

Les Trois Coups.com


Le bel Octavio de la Roza est de retour au Théâtre du Balcon, avec une chorégraphie au nom programmatique : « Life ». Rien que ça…

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« Life » | © Gilles Morelle

L’affiche vante d’une façon presque naïve la haute renommée d’Octavio de la Roza. Surmontant une belle photo en noir et blanc le représentant torse nu en pleine action, son nom est suivi de la mention « Étoile de Béjart internationalement applaudie ». Ça en jette. Il est vrai que le garçon a vite été repéré par feu le maître, qui lui a rapidement confié le rôle principal dans plusieurs de ses créations. C’est dire que l’homme a du talent. À la mort de Béjart en 2008, il crée sa propre compagnie, et le voici donc qui revient dans le Off d’Avignon après déjà deux autres pièces en 2011 et 2012 (respectivement Voulez-vous danser Gainsbourg et Tango, mon amour).

Alléché par la qualité des danseurs et le thème annoncé de l’amour et de la sensualité, on est un peu refroidi par le discours ampoulé du dossier de présentation : « Ce spectacle de la vie est un “Et si ?” Et si Babel avait créé la comédie burlesque ? ». On est aussi un peu dubitatif devant la liste des musiques (cherchez la / le / les intrus) : « Bach, Debussy, Chostakovitch, Radiohead, Sinéad O’Connor, Céline Dion, Max Richter ».

La tension des muscles, la respiration haletante…

Mais voici qu’on rentre dans le vif du sujet. Les tableaux dansés s’enchaînent, avec des variations de rythme et de ton. La signification de ces tableaux reste assez opaque, a fortiori sans doute pour les spectateurs non munis d’un programme. Disons qu’il s’agit d’une réflexion autour de deux personnages représentant Adam et Ève. On se laisse tout de même porter par la danse elle-même, en particulier lors de certains passages particulièrement beaux et intenses, comme le début, quand la danseuse semble véritablement naître du flanc de son partenaire. Le duo sur Bach est également magnifique.

Les deux danseurs font preuve de qualités physiques et dramatiques certaines, et se livrent à des portés spectaculaires. On se dit qu’on a bien de la chance, pour une fois, de voir de la danse de cette qualité de si près. Cela change des salles dans lesquelles la majorité des spectateurs est très loin des danseurs. Ici, on a tout le loisir d’observer la tension des muscles, les expressions du visage, d’entendre la respiration haletante… Mine de rien, pour les danseurs aussi, cette configuration doit être assez particulière.

Interprète incandescent, Octavio de la Roza n’est hélas pas aussi génial dans le choix de ses musiques. La reprise de Sacrifice d’Elton John par Sinéad O’Connor, passe encore, mais, répétée intégralement dans la dernière séquence, c’est trop. Et le fameux All by Myself de Céline Dion sonne vraiment faux tandis que Camilla Colella livre cependant un magnifique solo. Il fallait un pendant masculin à cette manière d’hymne : ce sera une reprise un peu fade du Creep de Radiohead *, dont les passages de guitare électrique sont soulignés sans beaucoup de finesse par des coups d’éclairage vert. Mais, là encore, les danseurs sont dans l’ensemble superbement éclairés, et les lumières jouent à plein dans l’expression de cette sensualité revendiquée par le chorégraphe.

Donc, hormis ces quelques scories dont Octavio de la Roza saura espérons-le se défaire, on ne peut qu’admirer ce beau travail chorégraphique. Mais redonnons pour finir la parole au décidément très modeste dossier de presse : « La danse d’Octavio sait trouver son public d’avertis comme d’amateurs. En effet, il célèbre une danse signifiante et spirituelle à travers une sensualité aussi moderne que parlante. C’est, sans doute, la marque d’un grand destin qui va s’écrire ». Y’a plus qu’à ! 

Céline Doukhan


* Voir l’étonnante fortune de Radiohead à Avignon cette année :

http://www.lestroiscoups.com/article-kabaret-warszawski-du-nowy-teatr-critique-la-fabrica-a-avignon-119213299.html

et

http://www.lestroiscoups.com/article-rausch-de-falk-richter-critique-cour-du-lycee-saint-joseph-a-avignon-119166710.html


Life, d’Octavio de la Roza

Cie Octavio-de-la-Roza • avenue du Léman 45 • 1005 Lausanne • Suisse

00 41 79 606 48 50

www.octaviodelaroza.com

info@octaviodearoza.com

Chorégraphie, concept et costumes : Octavio de la Roza

Collaboration et lumières : Bert De Raeymaecker

Avec : Octavio de la Roza, Camilla Colella

Théâtre du Balcon • 38, rue Guillaume-Puy • 84000 Avignon

www.theatredubalcon.org

Réservations : 04 90 85 00 80

Du 6 juillet au 28 juillet 2013 à 22 h 30

Durée : 1 h 10

20 € | 14 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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