Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /2009 02:04

Lettre à Richard Martin

 

Paris, ce 12 octobre 2009,

 

Monsieur,

 

Pardonne-moi de t’appeler « Monsieur », toi qui préférerais sûrement « Frère » ou « Camarade ». Mais, vois-tu, ce vocable n’est pas poli, ni révérencieux, ni machinal, ni conservateur. Non. Mon « Monsieur » à moi, c’est le titre rendu au courage qui fait lever les fronts, c’est le bouquet de myosotis à la boutonnière, si tu vois ce que je veux dire.

 

Tu m’as rencontrée, Monsieur (puisque, profondément, « Monsieur » il y a), au Festival d’Avignon, sous mon identité civile : Lise Facchin, rédactrice au Trois Coups. Tu y jouais ce très beau texte d’Henri-Fédéric Blanc au Théâtre du Chêne-Noir, que j’étais venue voir. Mais, aujourd’hui, ce n’est pas sous ce nom que je t’écris, c’est sous celui du combat pour l’art. Tu as remis tes peintures de guerre, et tu les portes fièrement. Dire qu’à l’autre bout de la France nous les voyons qui scintillent et qu’elles nous recouvrent les épaules me semblait important.

 

D’aucuns te diront que le combat contre les forces de l’argent et pour la poésie est perdu d’avance. Que ce n’est qu’une vaine et folle utopie. Et quand bien même cela serait vrai ? Je ne sais pas pour toi, Monsieur, mais quand j’entends caqueter les oies, lâches et méchantes, je ne peux pas m’empêcher d’entendre ces vers de Cyrano le révolté :

« Que dites-vous ?… C’est inutile ?… Je le sais !

Mais on ne se bat pas dans l’espoir du succès ! »

 

Se battre, comme l’a dit Ferré, c’est « la méthode ». C’est être. C’est vivre. « Tu as deux poings, frappe sur la table ! » Le bruit que font sur la table tes poings à toi, Monsieur, avec cet écho mat de bois révolté, sonne comme une fête à nos oreilles de jeunes artistes, dans ces temps de mépris où la Poésie est foulée aux pieds par les dollars de nos chars d’assaut, avec l’abject sceau de l’« improductivité » sur sa poitrine.

 

Alors, merci. Le courage et l’amour sont des flammes qui se transmettent et dont le feu ne blesse jamais. Hélas, on les traque comme les pires des meurtriers. Parce qu’elles font les hommes libres, et conscients. Merci à toi, Monsieur, d’être le relais de ce qui nous fait hommes, et debout. Je bois à ta santé, à celle de ton poète d’ami, à celle de tous ceux qui ont pris ce combat dans leurs bras.

 

Lise Facchin

Publié dans : PACA | 2009-2010 - Par Les Trois Coups - Réagir ? - Voir les 2 commentaires - Partager    
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