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13 novembre 2012 2 13 /11 /novembre /2012 16:35

Show express,

mais magnétisme intact


Par Aurore Krol

Les Trois Coups.com


Coincé entre The Cast of Cheers et Alt‑J, au cours de l’avant-dernière soirée du festival lorientais Les Indisciplinées, Lescop avait quarante‑cinq minutes, chrono en main, pour assurer en format mini. Plateau partagé et contingences techniques obligent. Bien élevé, le garçon s’est plié à l’exercice sans même négocier un rappel, distillant une pop vénéneuse aux uppercuts traîtres bien qu’un peu trop rigides. Belle et cruelle démonstration de style.

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Lescop en concert | © Aurore Krol

Il nous avait interpellés à la rentrée avec un premier album solo parfait, textes ciselés pour onze titres visionnaires et précieux, venant apporter un sang neuf plus que bénéfique à une pop française souvent anémiée. Mais on sait comme une portée aux nues soudaine, un encensement unanime de tout un pan de la presse spécialisée, peut avoir de conséquences à double tranchant. On attend au tournant avec d’autant plus d’exigence et de regard critique la formation live de celui qui a été annoncé comme le nouveau petit prodige hexagonal. Cependant, la scène n’est pas une nouveauté pour l’artiste, et on sent vite qu’il n’y aura pas d’écueil, qu’aucune contingence extérieure ne le fera se dérober à la ligne de conduite qu’il s’impose.

Silhouette élégante et sage, chemise boutonnée jusqu’au col, Lescop, c’est un peu le feu sous la glace. Des lignes strictes et racées sur un corps reptilien, comme pour calmer le jeu et mieux renverser les cœurs. Tout va très vite dès les premières notes : le débit de voix, les transitions, les lignes de basse en pulsations nerveuses. Visage émacié et perfectionnisme palpable, il produit un set anguleux avec un mélange de passion butée et de rigueur, sans s’autoriser la moindre distraction. Ainsi, dès les premières notes, tout semble obéir à l’implacable logique que le chanteur fait ressurgir de chacun de ses mouvements, maîtrisant l’espace au millimètre près. Maxillaires serrés, regard ombrageux et gestes saccadés, Lescop effectue une prestation parfois victime de ses intentions, copie de premier de classe n’osant pas prendre tous les risques, tous les enfièvrements dont on le sentirait pourtant capable.

Trop court

C’est un concert court. Trop court. Cela constituera le principal regret de la soirée. On aura droit en tout et pour tout à une petite dizaine de chansons, toutes tirées de l’album, enchaînées comme un combat intense, mais pourtant un peu trop vite gagné. On aurait pu attendre Slow Disco en final vénéneux, on aurait pu espérer Marlène en rescapée d’un très bel E.P., mais on reste sur sa faim, avec un goût de frustration en bouche.

Qu’importe, le trouble s’immiscera malgré tout, mais telle une bombe à retardement. Ainsi la Forêt marquera le tournant vers plus d’aspérité, moitié de concert déjà bien entamée. Ce morceau de bravoure tubesque, où un garçon à la voix blanche débite sa mise à mort sans résistance, est un parfait terrain de jeu pour le timbre grave et le phrasé étrange de l’artiste. De là jusqu’au derniers morceau, l’interprétation gagnera en intuition, s’éloignant des versions studio pour s’offrir quelques montées incandescentes et donner à des textes magnétiques tout leur potentiel d’insolence. Tokyo la nuit se transforme en hymne sulfureux, sexuel et violent, quand la Nuit américaine fait chavirer la foule.

Il y a quelque chose d’hypnotique et d’intransigeant dans ce son hors normes, cette façon un peu froide de garder les distances. Quelque chose qui fait oublier les fragilités du concert. Dans une danse nerveuse et spasmodique qui rappelle évidemment Ian Curtis, Lescop attise la braise et ravive la cold wave. Mais à aucun moment le chanteur ne devient le fantôme pâle d’une légende d’un autre siècle. Cet écho qui s’impose malgré lui ne semble ni voulu ni rejeté, mais simple élément factuel qu’il serait malvenu de ne pas accueillir comme une chance. Cependant, réduire ce chanteur juste à une évocation serait rester sourd à l’étrangeté qu’il incarne, ce talent bizarre et implosif avec lequel il faudra désormais compter. 

Aurore Krol


Lescop, festival Les Indisciplinées

http://www.lesindisciplinees.com/

www.popnoire.com

Espace Cosmao-Dumanoir • 56 100 Lorient

Samedi 10 novembre 2012 à 21 h 35

25 € | 22 € | 19 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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