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1 décembre 2012 6 01 /12 /décembre /2012 17:05

La peur au ventre


Par Élise Ternat

Les Trois Coups.com


C’est en 2001 que la compagnie Les Yeux gourmands fait une entrée remarquée dans le domaine des spectacles jeune public avec « les Yeux de Lilith ». Dans cette nouvelle version montée à l’occasion d’un projet d’échange entre la compagnie de Véronique Chatard et le Theaterwerkstatt Pilkentafel, c’est toute l’esthétique d’un mythe qui se dévoile et occasionne sur son passage quelques douces frayeurs.

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« les Yeux de Lilith » | © Francis Helgorsky

Personnage aux multiples visages, Lilith est régulièrement associée au mal. Parfois évoquée comme la première compagne d’Adam, elle revêt dans bien des traditions les traits d’un succube dévorant, d’une goule insatiable, d’un personnage nocturne et maléfique. C’est ici sous les traits d’une ogresse solitaire et aphone qu’elle apparaît. Rêvant de devenir chanteuse d’opéra, cette dernière décide d’engager une jeune fille au pair, qui sache chanter…

Plongée peu à peu dans le silence du noir, la grande salle du T.N.G. devient dès les premiers moments du spectacle une oreille attentive aux chuchotements, venant de tous côtés, qui évoquent quantité de raisons d’avoir peur : peur du noir, peur de mourir, peur de ne plus être aimé… Dans une seconde phase, suit l’arrivée sur le plateau de Herr Lichtoni, qui, par un soir de mauvais temps, vient frapper à la porte de la demeure de Lilith en réponse à l’annonce déposée par celle‑ci. Malgré un accueil pour le moins étrange, le protagoniste présente curriculum vitae et multitude de diplômes de garde d’enfants. Il a deux mains curieuses et effrayantes, rappelant le personnage de « la Chose » dans la série télévisée de David Levy, la Famille Addams.

Rien ne semble trop beau pour les Yeux de Lilith

Véritable bijou, la scénographie montre par son habileté que rien n’a été laissé au hasard. Le décor, très esthétisé, repose sur une mise en abyme, procédé qui met en avant les scènes de vie des personnages tout en créant une distance. En effet, le dispositif scénique consiste en un cadre doré, qui, à la manière de l’œuvre d’art, ouvre une fenêtre sur un monde, celui de Lilith avec toute une série de tableaux allant de la scène du repas à celle des vocalises, jusqu’au coucher. À chacun de ces moments, Tosten Schütte, incarnant Herr Lichtoni, respire la patience et la peine retenue tandis que Véronique Chatard, dans le rôle de l’ogresse, se fait effrayante, drôle et terriblement cruelle.

Par ailleurs, c’est un vrai théâtre des sens qui se joue sous les yeux des jeunes spectateurs : des bruits d’orage et de pluie aux odeurs de papier consumé, difficile de ne pas être happé par cette ambiance étrange et inquiétante. Les éclairages également, particulièrement soignés, jouent un rôle prépondérant dans le déroulement de l’histoire et la mise en avant de certains personnages ou objets.

Au-delà de la dimension esthétique de la pièce, qui constitue en soi une véritable réussite, le tour de force de Véronique Chatard avec les Yeux de Lilith est d’avoir su créer une pièce où l’on prend un malin plaisir à avoir peur. Rares sont les créations et notamment celles destinées au jeune public qui réussissent à susciter aussi finement la frayeur. À travers cette pièce, la compagnie Les Yeux gourmands offre une formidable occasion d’apprendre à dompter ses peurs, ses monstres intérieurs, en somme de grandir un peu. 

Élise Ternat


Les Yeux de Lilith, de Philippe Rousseau

Cie Les Yeux gourmands • 67, rue Saint-François-de-Sales • 73000 Bassens

Conception, adaptation, mise en scène : Véronique Chatard

Avec : Véronique Chatard, Tosten Schütte

Création sonore : Bruno Moreigne

Création lumières : Romain de Lagarde

Costumes : Anna Karin et Philippe Rousseau

Retouches décors 2012 : Frède Vidal

Régie scène : Jérôme Châtelain

Régie son et lumière : Romain Lagarde / Jean Camilleri

Regard extérieur et traduction allemande : Élisabeth Bohde, metteuse en scène du Theaterwerkstatt Pilkentafel

http://www.pilkentafel.de/

Théâtre Nouvelle Génération • 23, rue de Bourgogne • 69257 Lyon cedex 9

Site du théâtre : www.tng-lyon.fr

Réservations : 04 72 53 15 15

Vendredi 23 novembre 2012 à 14 h 30, samedi 24 novembre  à 20 heures, dimanche 25 novembre à 16 heures, lundi 26 novembre à 14 h 30, mardi 27 novembre à 14 h 30, jeudi 29 novembre à 14 h 30, vendredi 30 novembre à 14 h 30, vendredi 30 novembre à 20 heures

Durée : 1 h 10

17 € | 14 € | 13 € | 9 € | 8 €

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Publié par Les Trois Coups - dans France-Étranger 1998-2014
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