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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
Des tentations auxquelles on ne cède pas
Le petit Théâtre du Funambule à Montmartre accueille la reprise des « Tentations électives », une comédie qui déçoit principalement par son amateurisme navrant. Son jeune auteur, Benjamin Oppert, méritait assurément d’être mieux servi.
La pièce raconte les retrouvailles, de longues années plus tard, entre un comédien et son amour de jeunesse : il vient de recevoir un molière, elle est devenue ministre de la Culture. Cette bonne idée de départ semble propice, a priori, à une comédie contemporaine originale. Et si la cérémonie des molières se déroulait justement ce soir-là au Théâtre du Funambule ? C’est ce que nous propose la première partie de la pièce. On sourit de l’audace. Mais on n’y croit pas un instant. À cause de la grande pauvreté de l’ensemble (salle, costumes, accessoires, absence de décor) ? Sans doute. Mais peut-être encore plus parce que le présentateur lui-même n’y croit pas (Michel Pilorge). Horripilant et faux, il n’est même pas sûr qu’on veuille de lui pour l’animation d’une kermesse paroissiale.
Le pire est qu’il donne l’impression de s’ennuyer en jouant : a-t-il oublié qu’on le voit sur scène et qu’il est censé rester dans son personnage même quand il ne dit rien ? Cette première partie s’étire affreusement en longueur. C’est dommage, car la situation est bonne : le comédien primé s’embarque dans un long discours sur sa carrière et sa conception du théâtre, sans faire attention aux conditions de temps limitées d’un prétendu direct, et finit par exiger que la ministre de la Culture en personne vienne lui remettre son molière, qu’il refusera finalement. Avec ce scandale, il prend ainsi sa retraite. On retrouve ensuite les protagonistes au ministère : il va travailler pour elle, puis ils se marient. Vite fait, bien fait.
« les Tentations électives », de Benjamin Oppert
Le texte fourmille de bons mots
Même s’il ne déclenche jamais de vrais rires, il faut reconnaître que le texte fourmille de bons mots et de bonnes idées. On sent chez ce jeune auteur à la fois sa connaissance du sujet et la maturité de sa plume. L’idée de cette mise en parallèle du monde de la politique et de celui du théâtre est bien trouvée. Les similitudes mises en avant sont intéressantes, et certaines belles vérités sont dites au sujet du théâtre, de l’amour et de la politique. Malheureusement pour lui, Benjamin Oppert a remis son texte entre de mauvaises mains. Philippe Brigaud est-il réellement metteur en scène ? On ne saurait trop dire en voyant ce qu’il a fait ici… ou plutôt ce qu’il n’a pas fait. La mise en scène, en effet, se contente à peine d’être une mise en espace, et ses seules idées sont insupportablement banales (faire venir des comédiens de la salle) ou ridicules (déplacement d’éléments du décor par un comédien qui essaye d’esquisser des pas de danse).
Peut-on faire confiance à une troupe qui ne prend pas même la peine de passer un coup d’aspirateur sur la moquette de la scène avant de jouer ? L’amateurisme de l’ensemble force notre pitié. Le mobilier sur scène, en plus d’être laid et inadapté, est complètement hétéroclite. Le rythme fait cruellement défaut, et les comédiens jouent faux. Un seul d’entre eux sort du lot : M. Escabeau, alias Rémy Oppert. On sent enfin en lui une expérience de la scène, ses cheveux grisonnants et son visage plein de sagesse inspirent le respect. C’est le seul crédible. Il compose un personnage d’acteur en fin de carrière, entièrement dévoué à sa passion du théâtre. Le seul qui nous touche, aussi. Et lorsqu’il nous parle des nombreux rôles classiques que son personnage a joués, on se prend à l’imaginer parfaitement à l’aise dans ces rôles-là, sur une autre scène, où il serait plus à sa place.
L’ensemble est trop poussif pour que l’on passe une bonne soirée. Espérons cependant que Benjamin Oppert continuera d’écrire et qu’il confirmera son nouveau talent à l’avenir dans de meilleures conditions. Quant au public, la seule tentation à laquelle il cède pendant la pièce est sans doute celle de lorgner vers sa montre. ¶
Emmanuel Arnault
Les Trois Coups
Les Tentations électives, de Benjamin Oppert
http://benjamin-oppert.blogspirit.com/
Mise en scène : Philippe Brigaud
Assistante à la mise en scène : Barbara Bergonnier
Avec : Aurélien Charle, Christine Melcer, Rémy Oppert, Michel Pilorge
Mobilier : Anne-France Bergonier
Lumières : Élise Rouby
Théâtre du Funambule-Montmartre • 53, rue des Saules • 75018 Paris
Réservations : 01 42 23 88 83
Du 19 septembre au 6 décembre 2009, samedi à 18 heures, dimanche à 19 h 30
Durée : 1 h 25
20 € | 13 € | 10 €
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