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« Au théâtre, il n’y a rien à comprendre, mais tout à sentir. » Louis Jouvet
La souffrance en pâture
« Le livre de Job » figure parmi les textes canoniques de la tradition hébraïque : l’histoire d’un homme rassasié d’une vie emplie de luxe… jusqu’à ce que le sort, le divin mal s’acharne sur lui avec la plus durable et pathétique souffrance qui soit. L’écrivain israélien Hanokh Levin a repris et détourné ce mythe pour en faire un texte puissant et magnifique adapté à la scène, mais pourtant réputé impossible à monter. Après « Reine de salle de bain » et « Popper », Laurent Brethome nous prouve ici le contraire en s’attelant une troisième fois à l’œuvre de Hanokh Levin avec un talent plus que certain.
La pièce obéit à une composition en huit chapitres, comme autant de marches dégringolées par le personnage. Ici, le sublime côtoie l’humiliation. Dans ce texte aussi génial qu’impertinent, les questions relatives à l’épreuve de la foi et à la souffrance sont transcendées par la question de la remise en cause par le mal de l’ordre universel. Job est empalé et mené à la mort. Ici, la métaphore de cette souffrance continuelle donne lieu à une véritable tragédie où le mal revêt une dimension proprement cosmogonique.
Admirable Philippe Sire
Seulement neuf acteurs sur scène composent une galerie de trente personnages, menant le pauvre homme (admirable Philippe Sire) vers la décrépitude de son supplice. Ils incarnent tour à tour messagers cagoulés, enfants chéris, bourreaux, dieu militaire, amis. La diction est d’une précision et d’une justesse telles que l’on ne perd pas un seul instant, une seule miette de ce texte si riche, où Hanokh Levin convoque le cynisme pour le pousser à son paroxysme, le tout sous les traits d’un humour grinçant.
« les Souffrances de Job »
La mise en scène est remarquable, notamment le découpage de divers espaces de jeu en début de pièce, attestant une nouvelle fois de l’inventivité de Laurent Brethome. Il en va de même quant à la présence d’objets faussement anodins mais savamment choisis, comme la remarquable collection de bouteilles. Ensuite, le choix de donner à un tableau de souffrances si noir des couleurs primaires peut surprendre. Cependant, une fois « habillés » de peinture, les corps sont magnifiés, ils luisent. Cet ingénieux système renvoie à leur sensualité, mais également à la texture d’une fange boueuse dans laquelle le pauvre Job s’enfonce toujours davantage.
Somptueux éclairages
Enfin, la dimension musicale de la pièce lui donne parfois des allures d’opéra rock, qui, associées à de somptueux éclairages ne cessent d’en mettre plein la vue aux spectateurs. Tout est là pour surprendre et bousculer : cascades de mots, impertinence du texte, prestation des comédiens, inventivité de mise en scène, souffrance donnée en pâture…
Pourtant et malgré tout le talent que génère ce spectacle, des éléments semblent manquer. Une question de rythme peut-être ? Une souffrance dont les couleurs seraient trop criardes ? Quelque chose semble rater de peu l’émotion qui devrait être suscitée par une telle alchimie. Là où le spectateur se situe dans la perspective d’une secousse viscérale, une certaine distance remplace ce qui pourrait s’apparenter à une catharsis partagée. Et le spectateur en attente d’un bouleversement profond passe finalement à côté de l’intensité de cette passion. ¶
Élise Ternat
Les Trois Coups
Les Souffrances de Job, de Hadokh Levin
Texte français : Jacqueline Carnaud et Laurence Sendrowicz
Le texte est publié aux éditions Théâtrales dans le volume « Théâtre choisi II, pièces mythologiques »
Cie Le Menteur volontaire • 40, rue René-Loué • 85000 La Roche-sur-Yon
06 66 26 14 82
menteurvolontaire@numericable.fr
Metteur en scène : Laurent Brethome
Comédiens : Antoine Herniotte, François Jaulin, Hélène Marchand, Céline Milliat-Baumgartner, Geoffroy Pouchot-Rouge-Blanc et Philippe Sire
Musiciens-comédiens : Fabien Albanese (clarinette), Denis Lejeune (guitare) et Anne Rauturier (accordéon)
Assistante mise en scène : Anne-Lise Redais
Stagiaire mise en scène : Carole Melzac
Conseiller dramaturgique : Daniel Hanivel
Scénographie et costumes : Steen Halbro
Lumière : David Debrinay assisté de Rosemonde Arrambourg
Musique : Sébastien Jaudon
Le Toboggan • 14, avenue Jean-Macé • BP 274 • 69152 Décines cedex
Réservations : 04 72 93 30 00
Les 11 et 12 mars 2010 à 20 heures
Durée : 1 h 45
20 € | 17 € | 8 €
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